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En Dordogne, à Beynac, il occupe une grue depuis six jours contre un projet de béton

22 novembre 2018 / Mila Ta Ninga et François Canar (Reporterre)

Jérémy est installé depuis vendredi dernier sur une grue du chantier de la déviation de Beynac, en Dordogne. Et des dizaines de militants le soutiennent en bas. Ils protestent contre ce projet qui, selon eux, va défigurer ce village.

  • Actualisation - Jeudi 22 novembre, 14 h 00 - Jérémy a été interpellé jeudi matin, par les gendarmes. Selon un communiqué de la préfecture de la Dordogne, "un dispositif a été mis en place afin de faire descendre la personne occupant la grue sur le chantier. A 10H20, l’intéressé était à nouveau au sol et a été interpellé.".- Source France Bleu.

- Bordeaux, correspondance et Beynac (Dordogne), reportage photo

Jérémy est installé depuis vendredi 16 novembre sur une des grues du chantier de la déviation de Beynac, en Dordogne, à Saint-Vincent-de-Cosse, près du pont du Pech. Elle est située au milieu de la rivière. Un autre zadiste, Arnold, a été interpellé mercredi matin 21 novembre, quand il est descendu se soulager. Il est entendu en auditeur libre à la gendarmerie du Bugue. « Il a fait l’erreur de quitter sa base. Au moins, l’interpellation s’est faite en douceur », dit Abi, sa mère. Elle soutient son fils dans le combat depuis le début. « Le moral reste très bon, mais on attend de voir la suite ».

Cela fait sept mois que les opposants sont installés dans la Zad de Beynac à quelques mètres des travaux de la déviation. La construction comporte une route de 3,5 km avec deux ponts qui enjambent la rivière, un tunnel sous une voie ferrée, un nouveau rond-point d’un côté et un nouveau carrefour de l’autre. Plusieurs actions « 100 % non-violente » ont été menées depuis le début du combat : banderoles monumentales « Non au massacre de la vallée » affichées sur les murs des châteaux et les murs du village, manifestations ponctuelles, occupations du chantier suivies d’expulsions... Mais le ton s’est durci depuis vendredi, avec l’occupation sans limite de la zone de travaux.

De l’autre côté du pont du Pech, Jérémy reste quant à lui enchaîné à une grue, à une quinzaine de mètres. Il vient de passer six nuits dans des températures avoisinant les -5°C au petit matin. Après l’arrestation d’Arnold, il est « attristé, mais plus déterminé que jamais. Ça va, je suis bien installé, il fait beau, j’ai une vue magnifique sur la Dordogne et Beynac. J’irai jusqu’au bout et je resterai là le temps qu’il faudra », dit-il à Reporterre. Selon ses camarades de lutte, il peut tenir au moins une semaine avec les nouveaux ravitaillements apportés mardi. Il a d’ailleurs « passé une excellente nuit » alors que la veille, son corps commençait à lâcher après deux jours de jeun.

Si jamais une tentative d’évacuation de Jérémy est ordonné par les forces de l’ordre, il annonce qu’il montera plus haut sur la grue.

Ils sont une cinquantaine sur place à vouloir stopper le « massacre de la vallée ». La Zad de Beynac est installée depuis avril 2018 à quelques mètres du chantier. Les lanceurs d’alerte voient en ce projet la destruction de l’écosystème de la vallée. « L’impact écologique est évident et colossal. Le dragage de la Dordogne n’était pas prévu dans les documents que nous avons eu et pourtant il est en cours dans le lit de la rivière, dit Alix, une zadiste présente depuis quelques semaines. Des arbres centenaires ont été rasés. Ils sont en train de détruire l’écosystème spécifique de la rivière ».

Les zadistes connaissent précisément le dossier. « Nous demandons aussi à ce qu’un architecte viennent vérifier la conformité de la plateforme installée au milieu de la Dordogne au niveau du pont du Pech », dit l’un d’entre eux, avant de rappeler qu’un site gallo-romain a été détruit pour faire passer la nouvelle route.

Cette zone Natura 2000, classée Réserve de biosphère par l’Unesco est aujourd’hui souillée. 9 hectares vont disparaître, compromettant l’activité agricole. L’eau de la Dordogne est désormais grise, des déchets flottent à la surface. L’écologue Bernard Bousquet et d’autres spécialises assurent que les poissons ne peuvent plus frayer : « Les poissons migrateurs (anguilles, saumons) ne peuvent plus migrer. La rivière est trop dérangée et les polluants constituent pour eux deux barrières infranchissables. Le béton est constitué de produits très toxiques pour la faune aquatique », dit l’écologue.

Outre son obstination à mener ce projet, un reproche est fait à Germinal Peiro, député (PS) et président du département de la Dordogne : il porte la double casquette de président du département et de l’établissement public chargé de la politique de gestion de l’eau et de l’environnement (Epidor). Les opposants le soupçonnent d’avoir privilégié le projet de déviation, malgré des consultations négatives prouvant que le projet n’est pas le seul viable pour désengorger le village de Beynac.

Après plusieurs revers judiciaires, les opposants sont dans l’attente d’une réponse en Cassation sur la suspension de l’arrêté préfectoral de janvier autorisant les travaux du contournement de Beynac. Les opposants réclament en attendant le gel des travaux et la médiation de Stéphane Bern. L’animateur de télévision s’est déjà positionné en septembre dernier : « Je ne supporte pas qu’on porte des atteintes marquées contre le patrimoine ».

C’est « un ignare, répond Germinal Peiro à France 3. Il répète bêtement ce que lui disent ses amis châtelains ! On n’a pas de leçons à recevoir de monsieur Bern ».

Du coup, la discussion est rompue. « On nous promet des réunions et des concertations, mais on n’a toujours aucun dialogue ouvert et aucune réponse à nos sollicitations » se désole Alix.

La récente nouvelle qu’Anne-Gaëlle Baudoin-Clerc, l’actuelle préfète de la Dordogne allait quitter le département pour celui du Puy-de-Dôme, relance un espoir de nouvelles négociations avec les pouvoirs publics. En attendant, l’occupation continue.

Jeudi soir, une réunion d’information publique de projection et de débats aura lieu à Sarlat, salle Pierre Denoix, près du centre culturel. Elle est organisée par Isabelle Petit, élue d’un village voisin. « Il s’agit d’informer la population de ce qu’il se passe réellement. Il y a un manque d’information, voire de la désinformation. Il faut sensibiliser le public, et notamment celui qui ne s’engage pas, mais qui doit être mis au courant des conséquences du chantier sur la biosphère de la Dordogne. Ce projet est incongru ».



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Source : Mila Ta Ninga pour Reporterre

Photos : © François Canar/Reporterre

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