Il n’y a pas que Google dans la vie. Et si l’on changeait de moteur de recherche ?

20 septembre 2016 / Estelle Pereira (Reporterre)



Google, Yahoo, Bing… les principaux moteurs de recherche sur internet valorisent grâce à la publicité l’activité en ligne des internautes. Et si une partie de cette manne considérable servait à des projets écolos et de développement ? C’est le pari fait par plusieurs « métamoteurs » de recherche.

Naviguer sur le Web, via les moteurs de recherche, est une pratique quotidienne pour la majorité des internautes. Face à une quantité de plus en plus importante de données numériques et les exigences de rapidité des utilisateurs, ces outils sont devenus des médiateurs indispensables. Leur objectif est de faciliter l’accès aux pages les plus pertinentes dans un flux massif et permanent d’informations. En 2016, ce sont quelque 95 milliards de gigaoctets (Go) (soit 3.000 Go par seconde) de données qui ont été publiées via internet.

Comment les moteurs de recherche, Google en tête, arrivent-ils à faire fortune alors que leur utilisation est gratuite ? La réponse est simple : les recettes publicitaires. ils récupèrent la valeur que produisent les internautes lorsqu’ils visionnent ou cliquent sur les réclames. Google, Yahoo et Bing, qui représentent respectivement 90 %, 3,7 % et 2,9 % des utilisations des moteurs de recherche en France, se positionnent comme intermédiaires entre les annonceurs et les « clients-internautes ». Leur modèle économique est fondé sur la publicité en ligne, qui, selon le Boston Consulting Group, a rapporté plus de 315 milliards d’euros dans le monde en 2011 [1].

« L’univers hégémonique de Google peut provoquer la disparition de nombreux sites » 

Différentes méthodes permettent à Google d’augmenter ses revenus publicitaires. Par exemple, une publicité pour une paire de chaussures envahit vos pages internet après que vous êtes allé consulter les prix des modèles existants. Cette pratique, nommée « retarketing », suscite des réticences et symbolise la traque de l’internaute.

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Les moteurs de recherche récupèrent la valeur que produisent les internautes lorsqu’ils visionnent ou cliquent sur de la publicité.

Le géant Google, présent à tous les étages du marché de la publicité en ligne, suscite des craintes par son manque de transparence quant au fonctionnement de ses algorithmes. Ceux-ci sont les opérations logicielles qui permettent à la requête de l’utilisateur d’obtenir un résultat lorsqu’il effectue une recherche. Ces algorithmes évaluent la pertinence et l’accessibilité d’un site Web selon différents critères réactualisés en permanence (nombre de visites, temps passé en moyenne par les visiteurs sur cette page, vitesse de chargement de la page, nombre de partages, etc.). Leur programmation détermine l’agencement des pages sur Google. Mais certains soupçonnent la firme de ne pas distinguer ses activités publicitaires de celles de son moteur dans son référencement : Google privilégierait ses sites et ses partenaires commerciaux au détriment des sites libres de la publicité — comme Reporterre — ou en présentant peu.

Éric Léandir, cofondateur du moteur de recherche français Qwant alerte sur le besoin de solutions de rechange : « L’univers hégémonique de Google peut provoquer la disparition de nombreux sites. Plus on met en avant les mêmes résultats et plus on détruit de la valeur. Alors que la force d’internet réside dans la pluralité de ses émetteurs. »

Qwant, respect de la vie privée et référencement « naturel » 

Et si les citoyens d’internet se réappropriaient la richesse qu’ils généraient ? C’est un défi pour de nombreux moteurs dits « alternatifs » ou métamoteurs. Beaucoup ont fait le pari ambitieux de s’inspirer du fonctionnement des grands moteurs de recherche pour créer une économie solidaire en utilisant la publicité sans y enfermer leurs utilisateurs.

Ainsi, en fondant sa promotion sur le respect de la vie privée et sur un référencement « naturel », Qwant assure que la hiérarchie des pages de son moteur dépend uniquement de l’usage des utilisateurs. Mais, posséder son propre algorithme n’est pas une mince affaire, cela nécessite des personnes qualifiées et les moyens financiers adéquats. Aujourd’hui Qwant regroupe une soixantaine d’employés et représente 1 % des recherches dans l’Hexagone, avec 21 millions de visiteurs en mai 2016.

Le métamoteur Lilo a une autre approche : « On permet à chacun de capter cette valeur et de la redistribuer à des associations, comme le ferait une plateforme de crownfunding », dit Clément Le Bras, son cofondateur. L’entreprise s’appuie sur les algorithmes de Google, Bing et Yahoo pour garantir l’efficacité de la navigation. Chaque recherche produit une « goutte d’eau » virtuelle. Plus l’internaute fait des recherches, plus il accumule de ces gouttes d’eau. Et il pourra choisir à quelle association seront versés les profits générés via la publicité associée à ses recherches. Actuellement, 908.537 gouttes d’eau représentent plus de 2.000 euros pour l’association Autremonde. « On collabore avec une trentaine d’organismes qui mettent en place des choses concrètes, en leur laissant la possibilité de mettre en lumière leur projet, de communiquer, et d’ici peu d’échanger avec leurs donateurs. C’est une manière de donner du pouvoir à l’utilisateur », dit M. Le Bras, qui assure reverser aux associations partenaires 50 % des bénéfices engendrés par les requêtes.

Ecosia est un métamoteur qui finance la plantation d’arbres au Burkina Faso. Grâce à l’argent récolté par les annonces, il participe à la création de la « Grande Muraille verte », en partenariat avec OZG (les « Entrepreneurs sans frontière »), une ONG présente sur le terrain. En 2015, 80 % des revenus de la plateforme ont été réservés au financement des arbres. « Aujourd’hui, il faut environ 50 recherches pour pouvoir planter un arbre, ce qui fait une plantation toutes les 11 secondes ! » se réjouit Fatima Gonzalez-Torres, responsable de la communauté Ecosia. En se fondant sur l’algorithme de Bing, Ecosia avoue se concentrer uniquement sur son projet associatif : « Nous n’avons pas l’ambition de créer notre propre programme de recherche. Cela prend du temps et coûte cher. Notre métier, c’est de permettre la plantation des arbres pour le bénéfice que ça apporte tant au niveau environnemental que social. C’est une manière de se servir d’une technologie qui existe déjà et de la rendre utile pour la bonne cause. »

« Faire un petit geste concret est une façon d’avancer » 

L’environnement est également le cheval de bataille de l’association Ecogine. Créée il y a huit ans par trois étudiants nantais à la « fibre environnementale », la plateforme s’appuie sur Google pour les recherches et laisse les visiteurs décider à quelle association de défense de l’environnement redistribuer les bénéfices. « C’est surtout une manière de faire en sorte que l’argent ne tombe pas uniquement dans les poches de Google », dit Jean-Baptiste Demodel, l’un des créateurs.

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Qwant, qui fonde sa promotion sur le respect de la vie privée des internautes, assure que la hiérarchie des pages de son moteur dépend uniquement de l’usage des utilisateurs.

« Nous sommes fiers de soutenir des organismes non connus par le grand public. Nous soutenons la thèse que faire un petit geste concret est une façon d’avancer. Nous essayons à notre humble place de faire ces pas quotidiens en y entrainant les internautes », renchérit Jean-Luc Bémol, actuel président d’Ecogine. En 2014, Ecogine a versé au total 3.000 euros, répartis entre quatre associations. Une goutte d’eau par rapport au géant Google, dont le chiffre d’affaires avoisine les 75 milliards de dollars en 2015.




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[1Lire Marie Bénilde, « La traque méthodique de l’internaute », Le Monde diplomatique, novembre 2013.


Source : Estelle Pereira pour Reporterre

Dessin : © Red ! /Reporterre

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