Il y a trop d’aéroports en France, jugent les professionnels de l’aérien

Durée de lecture : 4 minutes

7 mars 2014 / L’écho touristique

Beaucoup d’aéroports français ne sont pas rentables. Les écologistes dénoncent un gaspillage des ressources. Mais les critiques viennent aujourd’hui du secteur aérien lui-même.


Les quarante plus petits aéroports de France métropolitaine ont un trafic moyen de moins de dix mille passagers par an et ne sont donc pas rentables. La France compte près de cent soixante aéroports.

Le Board of Airlines Represantatives (Bar) en France dénonçait récemment le « nombre pléthorique d’aéroports en France dont les coûts sont finalement supportés par les compagnies aériennes opérant en France sans bénéfice pour le transport aérien dans son ensemble ».

« Il y a 84 aéroports en France métropolitaine qui ont des passagers commerciaux. 66 se répartissent environ 4,3% du trafic français. Et 40 aéroports représentent moins de 0,3% du trafic soit environ 300 000 passagers », remarque Jean-Pierre Sauvage, président du Bar France.

La Normandie, moins de deux millions d’habitants, cinq aéroports

Ainsi, la Normandie, pour moins de deux millions d’habitants, compte cinq aéroports, dont trois dans un rayon de cinquante kilomètres. L’Oise (800 000 habitants) abrite, comme la Corse (300 000 habitants), quatre aéroports. D’autres structures sont situées à moins d’une heure de route l’une de l’autre comme Annecy et Chambery, Nîmes et Montpellier ou Nancy et Metz.

Ces aéroports, sous-utilisés, coûtent cher. Une partie de la taxe d’aéroport payée par les compagnies est redistribuée vers les plus petites plates-formes. « 100 millions d’euros sont redistribués au titre de la péréquation en fonction des besoins pour la sécurité et la sûreté », explique Jean Pierre Sauvage. Ainsi, l’aéroport de La Môle aurait reçu environ un million d’euros à ce titre pour un trafic qui tourne autour de 6 000 à 7 000 passagers.

Cent euros de subvention par passager

Le contribuable est également mis à contribution. « Malgré certaines exceptions notables, en deçà d’un certain seuil de trafic, aucun des aéroports décentralisés n’équilibre son exploitation sans subvention » rappelle la Cour des comptes. Au-dessous d’un million de passagers (soit pour 138 des 155 aéroports français), il est en effet presque impossible pour un aéroport d’être rentable.

Ainsi, « dans plusieurs cas, les subventions d’exploitation ont représenté chaque année des montants supérieurs à 100 € par passager en moyenne entre 2000 et 2006 », précise la Cour.

A Montluçon-Guéret, la subvention a même atteint 272 000 € en 2005, soit plus de 3 500 € par passager. A ces subventions s’ajoutent des prêts non remboursés et des aides au lancement de lignes, souvent plus de 300 000 € par compagnie payés par les Chambres de commerce.

Des retombées très faibles

Certains fonctionnaires se sont étonnés qu’aucune étude sur les retombées économiques liées à ces subventions, et leur intérêt, n’ait été menée jusqu’au bout : « il serait des plus instructifs qu’un bilan coûts/avantages précis soit conduit pour certains aéroports de province dont les activités, bien que subventionnées de façon importante, génèrent des retombées fiscales et économiques dont l’ampleur est souvent très faible ». D’autres regrettent que les études d’impact, sur la réalisation d’aéroports ou le lancement de nouvelles lignes, soient systématiquement surestimées et menés par les offreurs.

Les collectivités s’accrochent à leurs aéroports

Mais pour l’instant, les collectivités s’accrochent à leurs aéroports. A l’origine, ce sont les impératifs militaires et le développement de petits aérodromes qui ont conduit à ce maillage surdimensionné. Mais la multiplication des aéroports est également liée à « la montée en puissance des collectivités territoriales », explique la Cour des comptes. « Il y a 40 ans, tous les députés voulaient leur aéroport », ajoute Jean-Pierre Sauvage. Et aujourd’hui, peu d’entre eux veulent les lâcher.

« Il y a certaines régions de France où il y a beaucoup d’aéroports au mètre carré. Tous appartenaient auparavant à l’Etat, qui n’a pas fait le ménage. Le problème c’est que les collectivités sont parfois en concurrence. Et chacune estime avoir besoin de cet aéroport pour son développement économique », précise Jean-Michel Vernhes, président de l’UAF (Union des Aéroports Français).

Une vingtaine d’aéroports en trop

Plusieurs spécialistes s’accordent pour dire qu’une vingtaine d’aéroports de France métropolitaine pourraient être supprimés. « Les collectivités et leurs finances vont être de plus en plus surveillées. On a vu des manifestations. Certaines collectivités hésitent à investir dans les aéroports et se posent des questions sur les aides marketing. Mais ces aéroports resteront même si le trafic commercial disparaît ».

Un problème français que l’on retrouve aussi dans certains pays européens. Les géants du béton, qui ont alimenté la crise immobilière en Espagne, ont accouché de projets insensés. Ciudad Real est l’exemple le plus flagrant, car le plus absurde. La plate-forme, mise en service en 2008, devait accueillir quatre millions de passagers par an. Mais après près de quatre ans d’exploitation, et moins de 100 000 passagers, l’aéroport est désormais fermé.


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Source : L’écho touristique

Photo : Blog voyages bergeron

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