Incendie « hypnotisant et terrifiant » : dans l’Aude, les habitants serrent les rangs
L'incendie n'était toujours pas maîtrisé dans l'après-midi du 6 août 2025. - © Antoine Berlioz / Reporterre
L'incendie n'était toujours pas maîtrisé dans l'après-midi du 6 août 2025. - © Antoine Berlioz / Reporterre
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Le violent incendie dans l’Aude, qui a déjà brûlé 16 000 hectares en 24 heures, n’est toujours pas maîtrisé. Le monde rural s’organise pour faire face collectivement à cette catastrophe.
Fabrezan (Aude), reportage
« J’ai les larmes aux yeux en regardant les flammes autour du village. Nous n’avons jamais vu un incendie d’une telle ampleur dans les Corbières. » Dans la commune de Fabrezan, entre Narbonne et Carcassonne, dans l’Aude, le ballet incessant des Canadair ne parvient pas à calmer les flammes. La maire du village, Isabelle Géa, est à pied d’œuvre dans la salle des fêtes, réquisitionnée comme cellule de crise et en lieu d’accueil pour les personnes sinistrées par l’incendie déclaré le 5 août.
« On espère que le feu ne va pas continuer à se déplacer vers Fabrezan et nous contraindre, nous aussi, à prendre la fuite », ajoute cet habitant. L’impressionnant feu, qui s’est déclaré à Ribaute, a déjà grignoté 16 000 hectares de garrigue dans le massif des Corbières en une seule journée, et n’est toujours pas maîtrisé par les 1 900 pompiers mobilisés. L’épais panache de fumée qui s’élève dans le ciel est visible dans un rayon de 100 km. Selon la préfecture de l’Aude, c’est le plus gros incendie en France depuis 2016.
Le premier bilan humain est lourd : une femme de 65 ans a été tuée dans son domicile à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse et au moins neuf personnes, dont des pompiers, ont été blessées. Une autre personne est toujours portée disparue à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse.
« La solidarité coule de source »
À Fabrezan, où les flammes étaient toujours menaçantes mercredi, à quelques kilomètres seulement du cœur du village, la mairie a déclenché le plan communal de sauvegarde et a ouvert la salle des fêtes. Dans la matinée, le camion communal de Fontcouverte, village voisin, s’est arrêté devant les portes grandes ouvertes pour décharger des packs d’eau.
« La solidarité avec nos voisins de Fabrezan coule de source. On ne s’est pas posé la question une minute. Il y a quelques années, c’est notre commune qui était touchée, et la solidarité qui s’était manifestée nous avait fait chaud au cœur », raconte Jacques Contiès, maire de Fontcouverte, à proximité du camion communal.
Une dizaine de personnes sinistrées des villages alentour — notamment de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, durement touché — ont pu dormir dans la salle des fêtes. Une vingtaine d’autres ont été hébergées chez des habitants de Fabrezan, qui se sont spontanément proposés pour les accueillir.
« On a une culture du feu dans notre région : on a déjà été touchés par des incendies en 2019 et 2021, et c’était encore le cas il y a quelques semaines. On sait comment réagir, même si cette fois-ci l’incendie est d’une ampleur inédite pour nous », raconte l’édile de Fabrezan, Isabelle Géa.
Et d’ajouter : « Nous avons lancé un appel aux dons sur nos réseaux, et quelques heures après, nous avons été submergés de gâteaux, de boissons et de personnes venues aider spontanément. »
« C’était à la fois hypnotisant et terrifiant »
À côté d’elle, des sapeurs-pompiers viennent également se ravitailler en croissants et en eau, avant de rejoindre le front et de combattre les flammes.
À quelques mètres de là, Éric, un vacancier venu de Touraine, suit le passage des Canadair. « On n’a pas dormi de la nuit, et je pense que personne dans le village non plus. Les flammes orange tout autour de Fabrezan illuminaient le village. C’était à la fois hypnotisant et terrifiant », raconte l’homme, qui a participé à l’élan de solidarité en apportant des biscuits et des boissons à la salle des fêtes ce matin.
L’incendie se déplace à une vitesse préoccupante de 5 km/h, selon les secours. L’important déficit hydrique dans la région, qui a subi une baisse de ses précipitations de 60 % depuis 2022, et les rafales de vent rendent les opérations extrêmement délicates, malgré la mobilisation de 9 Canadair, 5 Dash et 1 900 pompiers.