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L’aquaponie, oui, mais en élevant des truites !

26 juillet 2017 / François Petitet-Gosgnach



L’aquaponie est un moyen remarquable de produire durablement de la nourriture en associant pisciculture et production légumière. Dans son guide, François Petitet-Gosgnach explique en particulier que le meilleur poisson d’aquaponie en France est la truite, et non pas des espèces exotiques non adaptées au climat tempéré promues par beaucoup.

  • Présentation du livre par son auteur :

En France, on arrive à nous faire croire que le but de l’aquaponie est de faire des légumes. Le vrai but de l’aquaponie est de faire du poisson, alors, on a les légumes. Et en France, partout où le regard porte, le bon poisson est la truite. Lequel des deux est le plus cher au kilo ? La salade ou la truite ? Quelle est la meilleure valeur nutritive ? Mais, avec l’information portée par les professionnels du web, on finit par croire que ce qui est important, c’est la salade… Alors, que faire des poissons comestibles, mais immangeables lorsqu’ils grossissent ?

En aquaponie, ne pas manger le poisson, c’est comme si vous éleviez des poules pour ne récupérer que les fientes afin d’amender votre potager, et que vous ne mangiez ni œufs ni poules. Jusqu’à confondre parfois carassin et perche, des spécialistes autoproclamés proposeraient peut-être de mettre quelques perroquets ou pies ?… à relâcher dans la nature lorsque la biomasse du poulailler est trop forte ? En aquaponie, on voit proposer partout, sous nos latitudes, le tropical et introuvable tilapia, la carpe koï ou du lac Amour, le poisson rouge et même la dangereuse écrevisse américaine… ; et pourquoi pas le frelon asiatique en apiculture ? Ainsi, loin d’être rentable et écologique, ce sont concept et intérêt mêmes de l’aquaponie qui sont galvaudés, pour devenir business ou façade d’hydroculture, au risque de malmener la nature. Il n’est finalement pas étonnant qu’avec cette communication, l’aquaponie soit en retard en France, en tous cas, par rapport au continent africain, car là, on a simplement le bon sens d’élever en aquaponie un poisson local bon et adapté.

Il faut d’abord faire du bon poisson

Une truite.

40 ans que je traine mes bottes au bord des rivières, lacs et piscicultures. 25 ans que j’ai de la truite chez moi. J’ai mangé et mange tout ce qui mord à l’hameçon, et je puis vous dire que les arrêtes fourchues des filets de carpes, carpes koïs, rotengles, chevesnes, brèmes… il faut vraiment avoir eu le plaisir de les pêcher pour avoir envie de les trier dans l’assiette. Et vous pouvez bien présenter d’autres cyprinidés tels que des carpes amour ou autres, désolé de rappeler qu’en France, sous notre climat, c’est la truite, et ceci pour tous ceux qui connaissent un minimum le poisson, ce qui est quand même la base de l’aquaponie. C’est des poissons que tout part, il faut donc d’abord faire du bon poisson, qui va fournir des nutriments pour les légumes, en circuit fermé. Prétendre le contraire est ignorance, même si on arrive à la vendre. On n’aime pas la nature du jour au lendemain par intérêt personnel ou une mode, on la respecte avant, il faut d’abord la connaitre et s’y être intéressé, pour elle-même et telle qu’elle est en France. Et on ne trompe pas ses « disciples » ni les lois de la nature, dans les deux cas, c’est une affaire de confiance. En aquaponie en France, le poisson phare est la truite, simplement, aussi, parce que c’est le poisson phare en pisciculture.

La seule question à poser en aquaponie tempérée est : l’installation fonctionne-t-elle pour la truite toute l’année ?

En effet, il faut adapter l’aquaponie tropicale (celle du tilapia), qui est la source d’inspiration majeure du web, à notre propre nature et latitude.

Aquaponie, le guide de référence publié par Rustica n’a rien à voir avec du web-business : il propose la truite, pas le poisson rouge ! chez un amateur, de la truite maison fumée maison chez soi, dans un petit jardin, et des légumes bien sûr : c’est autre chose que du poisson rouge, non ? C’est la première fois !

La truite est excellente (meunière, et certainement pas à la plancha), facile à trouver et à nourrir, et mythique. C’est un poisson d’eau froide, robuste à des températures comprises en gros entre 4 °C et 24 °C. Ce livre n’élude pas ce problème de la gestion de la température et de l’oxygène d’une installation aquaponique, puisqu’il le résout. Il explique comment, pour l’hiver (sans serre), et aussi pour l’été. Alors, vous pourrez démarrer avec quelques centaines des truitelles de quelques grammes pour les amener à la truite portion ; et même jusqu’au kilogramme, si vous avez un petit bassin. La solution est détaillée, et elle se fonde sur du « fait toi-même » (DIY) et de la « récup’ », puisqu’à ce jour aucun web-commerce ne peut la proposer.

La découverte de lois thermiques de base 

De même qu’un livre sur les poulaillers ne détaille pas les élevages industriels tropicaux de pintades, et sans vous perdre dans des généralités et la description de systèmes qui surchauffent en été (tours, colonnes, marée, simple cuve plastique, ou aquarium… sont tous de véritables radiateurs), l’ouvrage vous prend par la main à la découverte de lois thermiques de base, ainsi que celle d’une installation optimisée, modulable, polyvalente, viable pour la truite tout au long de l’année, ou tout autre poisson d’ailleurs. Il guide donc le lecteur vers une aquaponie de jardin ou de ville réfléchie et adaptée à notre climat tempéré. Outre l’immense plaisir et l’enrichissement que procure l’observation de ce mini-écosystème, il devient productif à l’échelle d’un particulier sur un espace de quelques 5 ou 6 m2, et produit en continu des dizaines de kilos de légumes et de truites, gage de rentabilité.

Vous y trouverez bien sûr toutes les composantes de l’aquaponie, et au détour du chemin ses lois scientifiques présentées de manière surprenante et accessible à tous. C’est aussi un guide qui accompagne le lecteur dans la gestion de son cheptel de truites, leur préparation, la plantation et récolte des légumes, en passant par l’eau et ses propriétés exceptionnelles, son écoulement, son oxygénation, sa purification, mais aussi l’entretien d’une installation, son observation, et tout le petit matériel, et les gestes et astuces utiles.

C’est aussi et enfin la possibilité et l’assurance de pouvoir transformer vos déchets de cuisine, vos nuisibles du jardin, ou, amis pêcheurs, vos prises de poisson blanc, en de savoureuses salades… de truite fumée !


  • Aquaponie : le guide de référence, de François Petitet-Gosgnach, Rustica éditions, avril 2017, 304 p., 35 €.

Source : courriel à Reporterre




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