L’échec du missile atomique M 51 rappelle que la France viole le Traité de non-prolifération

7 mai 2013 / ACDN // Coordination Anti-nucléaire Sud-Est

Le 5 mai, un missile M 51destiné à porter l’arme nucléaire française a explosé en plein vol au large de la Bretagne.


ACDN, le 6 mai

Hourra pour la France !

120 millions d’Euros partis en fumée, c’est le bilan du tir de missile M51 opéré dimanche 5 mai à partir d’un Sous-marin Nucléaire Lance-Engins de Nouvelle Génération (SNLE-NG) au large de la côte bretonne, vers la pointe de Penmarch.

Le Président de la République avait voulu fêter dignement la première année de son quinquennat, vouée tout entière, comme on sait, aux économies budgétaires, et faire par la même occasion un bras d’honneur aux manifestants de gauche qui, ayant contribué à son élection voici un an, se retrouvaient, quelle impudence, à battre le pavé parisien.

Las ! Admirez le bouquet ! Quel beau pétard qui fisse !

Dans les hautes sphères, on s’interroge : s’agit-il d’un nouveau prodige de la pyrotechnie française, ou d’un mauvais coup des services secrets nord-coréens ?

Le pire reste à venir : tandis que Bercy redoute les sanctions de Bruxelles après cet étalage de laxisme budgétaire, le quai d’Orsay s’attend à ce que Pyongyang exige une réunion d’urgence du Conseil de sécurité et la mise en place de sanctions contre la France, pour prolifération (plus ou moins) verticale, non–respect de l’article 6 du TNP, infraction à la législation sur les armes à feu, atteinte à l’environnement, menace sur la paix mondiale.

Qu’on se rassure toutefois : ce feu d’artifice improvisé laisse pratiquement intacte l’enveloppe budgétaire prévue pour la modernisation de nos armes atomiques, puisque celle-ci s’élève pour la seule année 2013 à 3,1 milliards d’Euros. Au regard des quelque 300 milliards d’Euros que ces armes destinées à ne jamais servir nous ont déjà coûtés, ce n’est même pas une broutille. C’est peanuts.

Le bon peuple peut même s’esbaudir : grâce aux missiles M45 d’ancienne génération toujours en place, Flanby peut encore faire en notre nom un milliard de morts, nous compris (mais pas lui, car il restera planqué sous l’Elysée, dans son bunker dénommé Jupiter).

Hourra, hourra, hourra, et vive la Royale !


Coordination antinucléaire Sud-Est, le 3 mai

En violation caractérisée du TNP (Traité de Non Prolifération), la France développe le missile nucléaire M51. Sous couvert d’une prétendue "modernisation" de l’arsenal existant, c’est à une véritable relance de l’armement nucléaire que l’on assiste. Un nouveau tir de missile M51 devrait avoir lieu le 4 mai 2013 (*), entre 6h20 et 9h40, à partir d’un sous-marin nucléaire au large de Penmarc’h (Bretagne).

Un nouveau tir de missile M51 devrait avoir lieu le 4 mai 2013 (*), entre 6h 20 et 9h 40, à partir d’un sous-marin nucléaire au large de Penmarc’h. Le dernier tir remonte au 27 janvier 2010 (4e essai) et beaucoup de bigoudens, et notamment les marins-pêcheurs langoustiniers, avaient entendu et suivi le décollage du missile.

Alors que la Corée du Nord continue d’exercer un chantage à l’arme nucléaire et de procéder à des essais de missiles, ce nouvel essai d’un missile français est une véritable provocation et marque la volonté de François Hollande de relancer l’armement nucléaire, et ce dans la droite ligne de ses prédécesseurs Sarkozy, Chirac…

Le missile M51 est en effet constitutif d’un changement radical de doctrine : il s’agit d’une arme conçue pour être utilisée sur le champ de bataille. C’est là un renversement complet de la doctrine de la dissuasion nucléaire, renversement assumé par Jacques Chirac le 19 janvier 2006 dans son discours de l’Ile Longue et non remis en cause depuis.

Avec le missile M51, plus précis et donc permettant l’utilisation de bombes nucléaires de puissance réduite, le gouvernement français poursuit un objectif de banalisation des armes nucléaires et radioactives, et de leur usage. La Fédération anti-nucléaire Bretagne rappelle que toute arme nucléaire ou radioactive est dévastatrice, et entraîne de graves conséquences sanitaires à moyen et long terme. L’usage d’armes à l’uranium appauvri employées en Irak, et probablement encore très récemment au Mali, le démontrent. D’une portée de 6000 km, le missile M51 menace jusqu’à la Chine.

Cette nouvelle violation du TNP vient malheureusement confirmer le mépris du gouvernement français pour le droit international. En contradiction totale avec les dispositions du TNP, François Hollande a une nouvelle fois tenté le 15 février 2013 de vendre des réacteurs nucléaire à l’Inde, un des 3 seuls pays au monde non signataires du traité. Le Sénat a même été saisi d’un projet de loi « relatif à la répartition des droits de propriété intellectuelle dans les accords de développement des utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire ».

La France contribue ainsi à saboter purement et simplement le TNP, dans le seul but de vendre à l’étranger les réacteurs nucléaires d’Areva. La Fédération anti-nucléaire Bretagne rappelle les liens indissociables entre nucléaire civil et nucléaire militaire, la technologie du nucléaire civile étant une passerelle directe vers la fabrication d’armes nucléaires.

La Fédération anti-nucléaire Bretagne appelle tous les Français à exiger du Président Hollande et du gouvernement qu’il respecte enfin le Traité de Non-prolifération, en engageant la France dans la voie du désarmement nucléaire. Elle demande d’urgence le désarmement de tous les sous-marins nucléaires français et le démantèlement de leurs réacteurs nucléaires avant la catastrophe !



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Sources :
- Courriel à Reporterre de ACDN
- communiqué du 3 mai et 2e photo : Coordination antinucléaire Sud-Est

Photo de l’essai raté : Le Point

Lire aussi : L’incroyable histoire de l’accident secret du transport de missile nucléaire



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