La construction du GCO, n’en déplaise à Vinci, est un désastre écologique

Durée de lecture : 8 minutes

26 août 2020 / Bruno Dalpra



Le groupe Vinci défend régulièrement dans les médias l’attention qu’il porte aux enjeux sociaux et environnementaux. Les propos tenus par le patron de la société de BTP début juin ont fait réagir l’auteur de cette tribune, qui démontre que le chantier du grand contournement ouest de Strasbourg n’a rien d’une autoroute verte.

Bruno Dalpra est membre de l’association GCO Non merci.


L’entreprise Vinci est souvent dénoncée sur ses méthodes d’obtention des marchés du BTP. Position partisane ou non, il existe des récits qui mettent le groupe devant ses contradictions comme : « Les dix casseroles de Vinci, bétonneur de Notre-Dame-des-Landes » (Reporterre) — ou encore « Le soleil ne se couche jamais sur l’empire Vinci » (Le Monde diplomatique).

Pour défendre son entreprise, Xavier Huillard, son PDG, comme d’autres dirigeants des filiales du groupe dans lesquelles on retrouve Vinci Autoroute, use de la communication au travers des médias afin de la « verdir » et la présenter comme vertueuse, soucieuse des enjeux sociaux et environnementaux. Du greenwashing [écoblanchiment] avec comme vitrine morale au grand public : la fondation Vinci.

Début juin 2020, dans le Journal du dimanche (JDD), à l’occasion de la reprise économique post Covid-19, le patron de Vinci a expliqué pourquoi cette reprise passe par le respect de l’environnement. À la question « Vous pouvez aussi construire des routes plus vertes ? » il a répondu : « Nous avons exposé nos idées à des responsables politiques. Tout ce qui touche aux pistes cyclables leur plaît bien. Nos idées sur l’infrastructure routière, beaucoup moins. Pourtant, la route n’est pas le diable. Elle a autant sa place que le ferroviaire dans un plan de relance et sera utilisée demain par des voitures électriques et des camions à hydrogène. Prenez notre chantier du contournement ouest de Strasbourg, qui porte sur 24 kilomètres. Nous avons recréé sur une zone de 1.300 hectares les habitats naturels des 47 espèces protégées du site, dont le grand hamster d’Alsace. C’est la première fois en France que l’on compense quatre fois la surface utilisée pour une nouvelle infrastructure. » 

Ce n’est pas vrai. Le GCO n’a rien d’une autoroute verte !

La vérité est toute autre 

Aux propos de Xavier Huillard dans le JDD et plus globalement, à ceux qui présentent les vertus de la multinationale, les opposants au projet de contournement ouest de Strasbourg (dit GCO, ou encore Acos), regroupés notamment autour du collectif GCO Non merci, opposent la réalité du terrain, malgré de jolis panneaux d’information à proximité des chantiers où l’entreprise dit être soucieuse de l’environnement et de la biodiversité.

La vérité est toute autre :
• destruction d’habitat d’espèces protégées ou non ;
• des compensations en deçà des propos qu’avancent les dirigeants : à peine dix fois moins de surfaces compensées sur les 1.300 hectares évoqués ;
• un remembrement sur plus de 11.000 hectares (le projet du GCO = 350 ha) qui favorise l’agriculture intensive. Pour mémoire, la FDSEA [section départementale de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire, productiviste] d’abord contre, s’est couchée avec l’argent de Vinci ;
• pollutions diverses (boue sur des portions de route, huiles, hydrocarbures…) ;
• non-respect de la tranquillité des riverains avec une amplitude des horaires de chantier de 4h à minuit entre juin et septembre (5h / 23h en-dehors de la période estivale) ;
• vitesse des engins ou des véhicules de services sur les pistes où les conducteurs s’imaginent être sur le Paris-Dakar ;
• non-respect des routes pouvant être empruntées par les camions, notamment dans les villages ;
• gaspillage de l’eau pour arroser la terre afin de prétendument limiter les poussières. Des prélèvements pompés dans les cours d’eau à proximité des chantiers, notamment dans la Bruche à Kolbsheim et dans le canal de la Marne au Rhin à Vendenheim. Des millions de litres gaspillés en pleine alerte sécheresse sans que la préfecture intervienne ;
• pollution sonore à venir pour les riverains de la future autoroute, malgré des protections antibruit installées ci et là. Vinci finance l’obligation légale du cahier des charges sur des prévisions d’une autoroute qui n’existe pas ;
• augmentation de la pollution due au trafic routier prévisible, du fait que l’autoroute a pour objectif de favoriser les flux de marchandises entre le nord de l’Europe et le sud, transformant l’Alsace en couloir à camions ;
• … mise bout à bout, la liste est longue.

Sur le chantier du « grand contournement ouest » de Strasbourg.

À cette réalité, il est important de rappeler que le projet a été validé en 2018 par l’État contre toute logique environnementale. Sept avis défavorables — deux enquêtes publiques « loi sur l’eau » et cinq organismes d’État — soulignent les insuffisances du dossier sur les compensations qui ne permettent pas de réparer les destructions que l’autoroute occasionne. Un dossier bâclé dans lequel les avis soulignent la faiblesse des mesures pour réduire les effets des nuisances sonores, de prévenir des risques d’inondations dues au ruissellement des eaux de pluie.

 Doit-on se taire pour autant ? La réponse est « non ! »

Du côté de la préfecture et des services censés surveiller les chantiers : « circuler, il n’y a rien à reprocher aux entreprises qui interviennent »… N’oublions pas non plus la participation de la gendarmerie pour éloigner les « nuisibles » et autres défenseurs de la nature, notamment entre 2016 et 2019, lors des nombreuses actions, d’abord sur les chantiers préparatoires, puis ensuite sur les chantiers définitifs. Une répression policière forte les mois qui ont suivi l’évacuation de la Zad du moulin en septembre 2018, comme ici en avril 2019, suivie d’une pression judiciaire pour faire plier les plus radicaux.

Dans sa relation avec l’administration, Vinci dicte et impose ses cadences. Tout est fait pour faciliter l’avancement des travaux. Par exemple, le département du Bas-Rhin ferme des routes sans aucune consultation préalable avec les maires et quand ceux-ci tentent d’infléchir les périodes de fermeture vis-à-vis de leurs administrés et du fait des conséquences sur la circulation dans leurs secteurs (saturation des axes secondaires, aggravée par les travaux), ils/elles ne sont pas entendu(e)s, juste de jolies formules toutes belles pour aller se faire voir ailleurs… Vinci est roi !

Prouver tout ce qui est constaté (témoignages de nombreux d’habitants proches des chantiers que reçoit GCO Non merci, par exemple) est difficile. Vinci a l’argent et utilise son monde pour défendre son univers.

Doit-on se taire pour autant ? La réponse est « non ! »

Même si la parole citoyenne est dure à faire entendre, que les travaux avancent et font mal aux yeux, l’opposition n’est pas vaincue. Quoi qu’il advienne, il y aura toujours à redire sur la route de Vinci, directement ou pas : le dérèglement climatique, la pollution, notamment celle des gaz à effet de serre, le déni de démocratie, les projets annexes ou connectés comme la liaison GCO-Entzheim ou encore le projet d’entrepôts Amazon à Dambach-la-Ville, seront autant de sujets qui feront parler de l’opposition au GCO.

Les dirigeants de Vinci savent peut-être influencer l’opinion publique, mais ils ne prennent pas moins de grandes libertés avec la réalité. Non, Vinci n’est pas une entreprise soucieuse des enjeux climatiques et sociaux. Non, l’entreprise n’est pas vertueuse… et non, nous opposant à l’autoroute à péage de contournement ouest de Strasbourg, voulue et imposée par quelques élus, nous ne nous résignerons jamais !


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Lire aussi : Les dix casseroles de Vinci, bétonneur de Notre-Dame-des-Landes

Source : Courriel à Reporterre

Photos : © GCO Non merci
. chapô : Sur le chantier du « grand contournement ouest » de Strasbourg.

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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