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La nature, l’alliée à ne pas oublier dans la lutte contre le changement climatique

8 décembre 2015 / Charlotte Flechet



Forêts qui piègent le dioxyde de carbone, mangroves qui protègent les côtes, résilience des milieux riches de leur biodiversité... les écosystèmes offrent naturellement une protection contre le changement climatique, justifiant leur préservation et leur restauration, explique l’auteure de cette tribune.

Charlotte Flechet fait partie de l’équipe de « Climate Trackers », du réseau Global Call for Climate Action, qui rassemble près de 450 ONG du monde entier.


Quand on pense à la lutte contre le changement climatique, les premières solutions qui viennent en tête sont la réduction de la consommation des énergies fossiles, la transition vers les énergies renouvelables et le changement de nos modes de vie. On pense moins souvent à la protection de la nature. Pourtant, si elles ne peuvent se substituer à des réductions fermes des émissions de gaz à effet de serre (GES), la protection et la restauration des espaces naturels dégradés offrent une opportunité relativement peu coûteuse et facile à appliquer pour réduire les émissions de GES. Une étude récemment publiée dans Science a démontré qu’entre 1990 et 2007, les forêts ont permis d’absorber un sixième des émissions de CO2 produites par les énergies fossiles entre 1990 et 2007.

Lors d’un événement organisé à l’occasion de la COP 21, à Paris, la semaine dernière, Jane Alice Razanamiharisoa, du Bureau national de coordination du changement climatique de Madagascar, a présenté son expérience en matière d’intégration des politiques climatiques et de protection de la nature. La restauration des mangroves et des forêts a permis à l’île, en plus de renforcer ses puits de carbone et sa biodiversité, de diversifier les activités génératrices de revenus pour les populations locales. Ces approches fondées sur la protection et le renforcement des écosystèmes procurent de nombreux bénéfices tout en étant avantageuses financièrement.

« L’hypothèse de l’assurance »

Des estimations récentes évaluent aux alentours de 20 % les émissions de gaz à effet de serre liées à la déforestation et à la dégradation des forêts dans le monde. Il y a donc un énorme potentiel au niveau de l’intégration des actions en matière de biodiversité et de climat. Selon Ricardo Tejada, directeur de la communication à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), « nous savons que des forêts en bonne santé absorbent le carbone, mais nous les détruisons à un rythme considérable. Il y a dans le monde deux milliards d’hectares de forêts qui pourraient être restaurées, et cette restauration pourrait être un énorme allié dans la lutte contre le changement climatique. Restaurer 350 millions d’hectares sur ces 2 milliards, absorberait l’équivalent des émissions de toutes les voitures dans le monde. On parle ici de gros chiffres ».

Forêt primaire dans la Sierra Nevada de Santa Marta, en Colombie.

Une étude parue récemment dans le journal Nature fournit de solides preuves qu’une biodiversité abondante renforce les écosystèmes face aux événements climatiques extrêmes. Cela est dû notamment à ce que les scientifiques appellent « l’hypothèse de l’assurance » selon laquelle un nombre d’espèces élevé au sein d’un écosystème permet que ses fonctions ne soient pas affectées par le déclin ou la disparition d’une espèce isolée. De plus, investir dans des milieux naturels tels que les mangroves ou les zones humides, permet de réduire la vulnérabilité des populations aux impacts du changement climatique, en protégeant les côtes, ou en régulant le niveaux des eaux en cas d’inondation dans le second.

Des « solutions fondées sur la nature »

Au sein de la Convention des Nations unies sur le climat, le programme Redd+, qui fait référence à la réduction des émissions liées la déforestation et à la dégradation des forêts, est le principal exemple d’intégration de la nature et du climat au niveau national. Pourtant, davantage de solutions existent.

L’idée n’est pas de favoriser la plantation d’arbres à tout va, ce qui risquerait d’encourager l’accaparement des terres et de mettre à mal la sécurité alimentaire, mais bien de restaurer des zones actuellement dégradées afin de maximiser leur potentiel en matière d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.

Depuis 2009, l’Union internationale pour la conservation de la nature a contribué au développement du concept de « solution fondée sur la nature ». Ces solutions reposent sur l’idée que des écosystèmes sains, résilients, fonctionnels et diversifiés permettent le développement de solutions au bénéfice de nos sociétés et de la biodiversité confrontées aux changements globaux [1].

En septembre 2011, le « défi de Bonn » a été lancé lors d’un événement réunissant des dirigeants du monde entier. Son objectif est de restaurer 150 millions d’hectares de terres et forêts dégradées d’ici à 2020. Plus de 20 pays se sont déjà engagés à réhabiliter 60 millions d’hectares de terre et les promesses continuent d’affluer. Si l’objectif était atteint, il nous permettrait de séquestrer 47 gigatonnes de CO2, soit environ l’équivalent d’une année entière d’émissions de CO2 dans le monde.

Aujourd’hui, les forêts absorbent environ 11 % des émissions de GES, mais un rapport préparé pour The Centre for Global Development, suggère que ce pourcentage pourrait grimper jusqu’à 24 – 30 % si l’on inversait les tendances actuelles à la déforestation dans les pays tropicaux.

Il ne s’agit pas seulement des forêts, mais de toute une série d’écosystèmes marins et terrestres. Contrairement aux infrastructures grises, la nature peut largement prendre soin d’elle-même si on la laisse tranquille.




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Lire aussi : « On accorde trop d’attention au climat par rapport aux autres questions environnementales »

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photos :
. Chapô : mangrove sur l’île de Bornéo. Wikimedia (© CEphoto, Uwe Aranas / CC-BY-SA-3.0)
. Forêt : Wikimedia (Daisy Tarrier/CC-BY-SA-3.0)
. Corail : Pixabay (CC0 Creative commons)

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