Le PS ne s’intéresse toujours pas à l’écologie

Durée de lecture : 4 minutes

27 septembre 2010 / Géraud Guibert - Rue 89

Le responsable du Pôle Ecologique du Parti socialiste, Géraud Guibert, exhorte son parti à ne pas laisser l’écologie aux Verts.


« Mon message est un cri d’alerte. » Dans son livre qui vient de paraître, Tous écolos… et alors (éd. Lignes de repères), le socialiste Géraud Guibert décrypte « les enjeux de la nouvelle scène écologiste  » et explique pourquoi l’écologie politique tarde à s’imposer, notamment au Parti socialiste où il bataille au sein du Pôle écologique.

« La sous-traitance, par le PS, des questions écologiques aux Verts » lui paraît le principal fléau à combattre, tant pour les socialistes que pour les Verts, bientôt fondus au sein d’Europe écologie. Afin de faire avancer son combat, il a proposé à Martine Aubry de créer « un forum permanent sur le développement durable ». En attendant une réponse de la première secrétaire du PS, Rue89 l’a interrogé.

Rue89 : Dans votre livre, vous expliquez que l’écologie est dans une impasse au Parti socialiste. Quelle est cette impasse ?

Géraud Guibert : A gauche, nous vivons encore trop selon la logique de sous-traitance, la sous-traitance des questions écologiques aux Verts de la part du Parti socialiste. Cette logique est ancienne. […] En témoigne, le fait qu’il n’y ait eu qu’une seule ministre socialiste de l’Environnement depuis 1981 et pendant un an : Ségolène Royal.

Cette logique de sous-traitance est confortable pour les deux partenaires. Elle est confortable pour le Parti socialiste, parce que ça permet que son modèle de référence ne soit pas trop interpellé par les questions écologiques.

Et elle est confortable pour les Verts, parce que ce sont des questions sur lesquelles ils peuvent considérer qu’ils ont une voix prédominante.

Cette impasse est en effet déjà ancienne. Pourquoi la dénoncer aujourd’hui et comment enfin y remédier ?

Cette attitude de sous-traitance n’est plus possible, au moins pour deux raisons. La première, c’est que les questions écologiques sont devenues des questions majeures et qu’on ne peut bien les traiter qu’en les intégrant avec les questions économiques et les questions sociales. […] On ne peut bien traiter, par exemple, l’isolation des logements, que si on prend en compte la situation différente des ménages.

La deuxième raison, c’est que la droite aujourd’hui a compris l’importance des sujets écologiques. Même si ce qu’elle fait est très décevant en matière d’application du Grenelle de l’environnement, elle peut continuer à se repeindre en vert et montrer qu’elle a elle-même une pensée écologique. […] Ce n’est plus simplement un problème de premier tour, mais un problème de deuxième tour.

N’est-ce pas ce que le PS vient de faire en adoptant un texte sur « le nouveau modèle économique, social et écologique », le 27 avril 2010 ?

Il est vrai que ce texte est un progrès. Je m’en félicite et j’y ai d’ailleurs moi-même participé, ainsi que toute une série de responsables du Pôle écologique. Mais entre un texte général et son application concrète, il y a évidemment encore beaucoup de travail à faire. Surtout que la pesanteur de la sous-traitance est encore très grande.

Donc mon message est un message de cri d’alerte : nous ne devons pas retomber dans cette logique de sous-traitance qui nous a tant fait de mal dans le passé et qui explique assez largement, parmi d’autres facteurs, l’échec dramatique de 2002.

Qu’est-ce qui vous fait penser que le PS pourrait retomber dans cette logique de sous-traitance ?

Il y a toute une série d’indices. Ne serait-ce que de voir les communes gérées par la gauche, les départements, les régions, où l’immense majorité des sujets ayant trait au développement durable sont encore traités par des responsables écologiques, et qui ne traitent que ça.

En plus, cette évolution est indispensable parce que les écologistes de Cécile Duflot et de Daniel Cohn-Bendit ont compris, eux aussi, qu’il fallait qu’ils sortent de cette logique pour traiter d’autres sujets et avoir une vision plus large de la société.

Pourquoi ne pas partir à Europe écologie, comme votre ex-camarade du Pôle écologique, Eric Loiselet ?

L’écologie n’est pas une idéologie unifiante : il y a une écologie réactionnaire, bien montrée dans le régime de Vichy ; il y a une écologie conservatrice, où il s’agit simplement de conserver l’existant ; il y a une écologie radicale, où la seule question est de sauver la nature sans s’intéresser aux hommes ; et puis il y a l’écologie progressiste, la nôtre à gauche, qui essaye de concilier l’écologie, l’économie et le social.

La vraie efficacité pour porter les thèmes écologiques est de faire en sorte que l’écologie soit la principale porte d’entrée de la rénovation de la social-démocratie, qui en a bien besoin.

On essaye, nous, de faire travailler tout le monde ensemble, donc ça passe par une bonne formule qui permette de rassembler la gauche. Je ne pose pas la question en termes de rivalités entre le Parti socialiste et Europe écologie.




Source : http://www.rue89.com/2010/09/21/gui...

Contact : http://geraud.guibert.over-blog.com

Ecouter aussi : Pourquoi avez-vous quitté le parti socialiste ? http://www.reporterre.net/spip.php?...

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