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TribuneSports

« Le Tour de France 2026 va sacrifier un joyau des Alpes »

Lors du Tour de France 2025 entre Vif et Courchevel, dans les Alpes, le 24 juillet 2025.

L’étape reine du Tour de France 2026 devrait avoir lieu dans une merveilleuse région alpine préservée, le col de Sarenne. Au mépris de la vie sauvage et des écosystèmes, dénonce l’auteur de cette tribune.

Culminant à 1 999 mètres d’altitude, la route pastorale menant au col de Sarenne est belle et sauvage. C’est une route pastorale, destinée aux bergers ; la vitesse y est limitée à 20 km/h et elle est fermée 8 mois sur 12. Le GR 54 (sentier du parc national des Écrins) longe cette route — il se confond même avec elle par endroits. Pour le randonneur ou le cyclotouriste, c’est un de ces beaux et rares espaces où l’on peut respirer de l’air pur.

C’est dans cet espace préservé que les organisateurs du Tour de France veulent faire passer l’étape reine du Tour 2026 — du 4 au 26 juillet 2026 —, la plus décisive et la plus montagneuse. Elle devrait se déployer au col de Sarenne, avant de descendre un peu plus bas dans la station de l’Alpe d’Huez, pour passer la ligne d’arrivée.

Vue de la vallée alpine du Ferrand depuis le col de Sarenne, dans l’Oisans, à presque 2 000 mètres d’altitude. C’est là, sur la route pastorale très peu fréquentée, que les organisateurs du Tour de France 2026 ont prévu d’organiser le final de la dernière étape de montagne. © Matthieu Stelvio

La foule est attendue sur le versant le plus sauvage de la route. Ainsi placée en fin d’étape, l’ascension de Sarenne pourrait réunir plusieurs milliers de spectateurs, s’entassant dans la vallée du Ferrand, habituellement peuplée de marmottes, de renards, de chamois, de gypaètes, de circaètes, d’hermines... ainsi que de fragiles tétras lyres, oiseaux emblématiques des Alpes, et lagopèdes (galliformes nichant au sol dont les petits naissent en juillet, c’est-à-dire pendant le Tour de France). Sans oublier les aigles royaux, qui pourraient être dérangés par les hélicoptères de la télévision si ceux-ci survolaient les zones où ces oiseaux nichent.

Comment ne pas être interloqué par cette mise en danger d’un site écologique si précieux pour une seule journée de spectacle sportif ?

Des travaux pour une seule journée de course ?

Dans un rapport diffusé en décembre 2003, le Conservatoire botanique national alpin estimait que « la diversité faunistique du site est remarquable » et que « l’excellent état de conservation de la plupart des habitats naturels ou semi-naturels, peu perturbés, ainsi que les vastes étendues permettent le maintien d’espèces animales rares à peu fréquentes et nécessitant des territoires importants ».

Selon ce même document, la vallée du Ferrand est l’une des « plus riches régions de France sur le plan botanique ». C’est donc une flore rare et fragile qui sera piétinée par la foule, peut-être même écrasée par des véhicules, des tentes.

Au même titre que l’hermine ou le lagopède, la marmotte fait partie de ces animaux fragiles qui sont inévitablement dérangés par les véhicules et la foule accompagnant le passage du tour de France, d’autant plus que l’été elle constitue ses réserves pour affronter l’hiver. © Matthieu Stelvio

Ce n’est pas tout. À proximité du col de Sarenne, la route passe à quelques mètres d’une zone humide fragile faisant l’objet d’un arrêté préfectoral de potection de biotope. Cet arrêté atteste que « le biotope d’une espèce résulte des interactions entre la faune, la flore et les caractéristiques physiques et chimiques du milieu, et qu’une perturbation ou une atteinte portée à l’un de ces éléments peut engendrer un déséquilibre préjudiciable ». Il y a donc lieu, poursuit-il, de « réglementer les activités sur le périmètre [de la zone humide] afin d’assurer la préservation et la tranquillité de certains biotopes nécessaires à la survie de plusieurs espèces animales protégées ». C’est pourquoi cet arrêté interdit toute manifestation sportive sur un périmètre qui pourrait être piétiné par la foule du Tour de France.

Est-ce donc vraiment le lieu pour organiser une manifestation qui pourrait réunir autant de spectateurs que dix stades de France ?

« La nature est plus importante que ce spectacle-business »

En 2013, le Tour avait déjà fait une étape, contestée, au col de Sarenne, et des petits passages à gué avaient été recouverts de bitume pour faciliter l’accès aux voitures. Pour 2026, des travaux seront vraisemblablement réalisés aussi. Et ce, non pas à la demande de la population locale, mais à celle des organisateurs du Tour de France, rien que pour une journée de course !

Total, partenaire officiel

La nature est plus importante que ce spectacle-business. Mais les organisateurs du Tour de France se moquent bien de la nature. Ils l’ont prouvé en 2013 en restant muets face à une pétition signée par plus de 12 000 personnes. Et cette année en faisant de TotalEnergies leur partenaire officiel pour le Tour 2026.

Par ailleurs, beaucoup de financiers aimeraient agrandir le domaine skiable de l’Alpe d’Huez, et lorgnent vers Sarenne. À long terme, ce passage du Tour dans un lieu jusque-là si bien préservé sera peut-être le deuxième pas vers une bétonisation massive.

En 1952, lorsque le cycliste Fausto Coppi s’est imposé à l’Alpe d’Huez, c’était au milieu des marmottes et de quelques paysans, dans une toute petite station de ski. Soixante-dix ans plus tard, l’Alpe d’Huez a étendu ses tentacules d’acier sur l’un des plus beaux massifs de France et veut s’agrandir encore et toujours, sans se soucier de la quiétude de la nature — allant jusqu’à organiser des festivals de musique techno au cœur des montagnes.

Que voulons-nous laisser aux générations futures ? Une planète d’acier et de béton ? Ne serait-il pas temps de dire stop à ceux qui veulent souiller ce que nous avons de plus cher ? Même si le tracé du Tour 2026 a été dévoilé le 23 octobre, espérons que la pétition ci-dessous mobilise suffisamment de personnes pour inciter les organisateurs du Tour à modifier le tracé de leur « étape reine ». Car des alternatives existent.

En signant cette pétition, je m’oppose au passage du Tour de France 2026 au col de Sarenne et aux travaux qui en découleraient.

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