Le jeûne pour le climat prend de l’ampleur

1er décembre 2014 / Olivia Desmoines

L’initiative internationale Jeûne pour le climat démarre une année de mobilisation en vue de la Conférence de Paris (COP21).

Le jeûne pour le climat est né il y a exactement un an, lors de la conférence des Nations unis sur le changement climatique de Varsovie. Un typhon d’une ampleur sans précédent frappait les Philippines et Yeb Sano, le délégué de ce pays, personnalité à la fois sensible et charismatique, annonçait alors qu’il jeûnerait tant que la négociation n’avancerait pas. Son discours a touché les cœurs et a provoqué une vague de solidarité. Plus de vingt représentants d’ONG internationales (Réseau action climat, Amis de la terre) et de confessions diverses (hindous, bouddhistes, chrétiens, juifs et musulmans) l’ont ainsi accompagné durant les dix jours de la conférence.

Durant les mois suivants, le Jeûne pour le climat s’est étendu à plus de vingt pays, où, du groupe militant à la communauté villageoise ou paroissiale, des personnes se sont engagées, tous les 1er du mois, à sauter leurs repas pour faire monter la pression jusqu’à la Conférence de Paris sur le climat de décembre 2015.

Depuis juin 2014 où le Jeûne a été lancé en France, une vingtaine de groupes de jeûneurs se retrouvent sur des places, au pied de statues de Gandhi, devant des églises pour exprimer de façon forte et non-violente, leur solidarité avec les victimes (déjà nombreuses) du dérèglement climatique et pour pousser, à leur manière, ces négociations dont la lenteur provoque de plus en plus de désespérance.

La majorité d’entre eux n’est pas coutumière de cette forme d’action mais souscrit à cette maxime : « Pour changer le monde, il faut aussi se changer soi-même », paroles proches de l’esprit de l’un de leurs soutiens, Pierre Rabhi.

D’autres voient surtout dans ce jeûne une façon de mettre en avant la nécessaire non-violence des luttes écologiques. Les Bayonnais de Bizi ! ou Agir pour l’environnement y ont vu un moyen d’action intéressant et ont été parmi les premiers à soutenir la mobilisation en France.

L’an dernier, lors d’une tribune publiée dans Le Monde qui a frappé les autorités religieuses, Nicolas Hulot en appelait à leur responsabilité afin que l’enjeu climatique soit présent dans leurs discours et dans leurs actes. Selon lui, les religieux ne sont pas tenus par les calendriers de court terme politiques et seraient donc bien placés pour prendre des initiatives fortes et un discours éthique. Le jeûne pour le climat va dans ce sens puisque diverses traditions spirituelles s’y sont regroupées.

Jusqu’ici, en effet, chaque confession avait ses démarches propres. Dans le monde protestant, par exemple, un réseau suisse de trois cents paroisses mutualise les compétences et propose des méthodologies pour réduire l’empreinte énergétique des bâtiments. Chez les orthodoxes, la « théologie de la création » propose une relation à la nature très profonde. Le patriarche Dimitrios a tenu des discours explicitement écolos et a été à l’origine, il y a plus de 20 ans, d’une « journée de la création » (comprendre l’environnement) qui est devenue œcuménique... mais dont la pratique reste minoritaire en France. Dans le monde catholique enfin, les initiatives sont nombreuses mais méconnues, par exemple l’État du Vatican a atteint la « neutralité carbone », les réseaux jésuites et franciscains sont très actifs en Amérique et la Conférence épiscopale a publié un livre de réflexions en 2012 intitulé Enjeux écologiques pour l’avenir. Mais le sujet reste absent des préoccupations quotidiennes et des homélies.

L’initiative du jeûne a reçu le soutien officiel des trois instances chrétiennes et celui de personnalités issues d’autres grandes religions (comme l’imam Tareq Oubrou pour l’islam, Matthieu Ricard pour le bouddhisme ou Gabriel Hagaï pour le judaïsme). En effet, cette pratique est plus ou moins commune à toutes les traditions et suscite aussi un intérêt croissant dans la société, indépendamment de toute référence religieuse.

A Paris, jusqu’ici, on dénombre cinq lieux de jeûne : l’association Pax christi et la Fédération protestante proposent un temps de jeûne durant la pause méridienne et trois autres rassemblements, dans le 20e, 14e et 4e se retrouvent plutôt le soir. On ne cherche pas la performance, les personnes qui ont une petite santé, peuvent juste sauter un repas, ne pas manger de viande ou faire un « jeûne carbone ». Certains ont profité pour améliorer leur bilan carbone en changeant de moyens de transports, de fournisseur d’énergie, de banque ou en interpellant leur député.

Le 1er décembre, à un an de la Conférence de Paris (COP21), une soirée « Le climat et moi » regroupera des groupes de jeûneurs parisiens et sera ouverte au grand public. Célébration, débat, rupture de jeûne, ateliers pratiques animés par diverses associations et séance d’Ecolo-coaching par Loulou Jedi.




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Lire aussi : DOSSIER : Ecologie, spiritualité et sens de la vie

Source : Olivia Desmoines pour Reporterre.

Infos :
. mouvement Jeûne pour le climat
. sur la soirée du 1 décembre : Chrétiens unis pour la terre.

Lire aussi le DOSSIER : Ecologie, spiritualité et sens de la vie.

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