Un jeûne international est lancé pour alerter sur le changement climatique

2 juillet 2014 / Flora Chauveau (Reporterre)



Mardi, des centaines de personnes, croyantes et laïques, ont participé au premier jour de jeûne mensuel pour lutter contre l’injustice climatique.


Dans la petite salle du siège parisien du mouvement Pax Christi, cinq personnes se sont rassemblées autour d’une table ronde. Il est midi, l’heure du repas, mais personne ne semble avoir faim. Tous les cinq sont catholiques et sensibles à la dégradation de l’environnement. Ils discutent, tranquillement, parfois picorent quelques fruits secs. En ce 1e juillet 2014, comme des centaines d’autres personnes, toutes confessions confondues, ils ont commencé le jeûne pour le climat. Ils le pratiqueront chaque premier jour du mois jusqu’aux négociations climatiques de décembre 2015, qui auront lieu à Paris.

Treize autres rassemblements ont eu lieu en France ce 1e juillet, dans des lieux tels qu’un temple protestant à Orléans, un presbytère à Sautron, près de Nantes ou chez un particulier à Bordeaux. Les rassemblements se veulent interreligieux. A Arras, il aura lieu le 3 juillet et réunira dans un temple protestant l’évêque du diocèse, des personnes de confession musulmane, des élus locaux, un député européen, etc.

A l’origine de ce mouvement : le geste symbolique de Yeb Saño, chef de la délégation des Philippines lors de la conférence mondiale sur le changement climatique de Varsovie (Pologne), en novembre 2013. Alors qu’un typhon venait de frapper son pays, tuant plus de sept mille personnes, il avait décidé de jeûner jusqu’à ce que les négociations conduisent à des avancées concrètes. Catholique pratiquant, il avait ensuite lancé le mouvement Fast for Climate (Jeûne pour le climat), actuellement suivi par vingt-deux pays.

Le 4 juin dernier, Yeb Saño a donné une conférence de presse à Paris pour lancer l’initiative en France. La Fédération protestante de France, la Conférence des évêques de France, l’Assemblée des évêques orthodoxes étaient représentées et ont accepté de suivre le mouvement. Des organisations laïques étaient aussi présentes, telles que le réseau action climat-France.

« Les mouvements musulmans, juifs ou bouddhistes ne se sont pas encore associés au jeûne », dit Laura Morosini, de l’association Chrétiens unis pour la terre. Mais des personnalités comme Tareq Oubrou, imam de Bordeaux ou Matthieu Ricard, moine bouddhiste, ont répondu à l’appel.

Le but du jeûne, c’est d’abord de faire bouger les décideurs sur les questions du changement climatique. « Nous voulons nous faire entendre. Les négociateurs doivent sentir que les gens sont prêts à changer », explique Laura Morosini. Les enjeux sont immenses : en avril dernier, le Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur le climat) rendait un nouveau rapport, annonçant que le seuil de 2°C sera franchi dès 2030. « Un rendez-vous mensuel jusqu’en décembre 2015 nous laisse du temps pour construire quelque chose », ajoute la juriste de l’environnement.

Pour le moment, le collectif n’a présentée aucune réclamation écrite aux négociateurs. « Ce n’est pas encore très précis, ça va s’organiser dans les prochains mois. Ce que nous demandons pour l’instant, ce sont des accords ambitieux permettant de limiter le réchauffement au seuil des 2°C ».

« Par le jeûne, nous voulons responsabiliser les gens, que chacun puisse prendre conscience de son rôle dans la société », dit Catherine Billet, de Pax Christi. « Et puis jeûner, c’est aussi une façon d’être solidaire avec ceux qui le vivent sans l’avoir choisi », c’est-à-dire les victimes du changement climatique qui souffrent de famine, partout dans le monde.

Mais le jeûne est aussi un acte spirituel individuel, qui permet de faire appel à autre chose que les forces physiques. « Faire un jeûne ne laisse pas indifférent, indique Laura Morosini. En sautant un, deux ou trois repas, on se sent plus engagé. »




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Source et photos : Flora Chauveau pour Reporterre

Ecouter aussi : Qu’est-ce que va être le jeûne pour la justice climatique ?


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