Le nouveau visage d’Alternatiba pour relancer la bataille du climat

22 février 2016 / par Baptiste Giraud (Reporterre)



Après deux ans d’une belle dynamique jusqu’à la COP21, le mouvement Alternatiba s’est retrouvé à Bordeaux. Renouvellement de l’équipe et débat stratégique ont marqué ce nouveau départ.

- Bordeaux, reportage

Un nouveau chapitre s’ouvre pour Alternatiba. Pour ses militants, c’est la fin d’une « séquence » qui s’est déroulée de la remise du rapport du GIEC, en octobre 2013, à la COP 21 de décembre 2015 – soit du premier village des alternatives à Bayonne, jusqu’au rassemblement du 12 décembre au Champ de Mars, à Paris. Une séquence pensée et utilisée par les stratèges d’Alternatiba afin de « construire une mobilisation » pour le climat.

Les 20 et 21 février, 175 représentants des groupes locaux d’Alternatiba se sont réunis en « coordination européenne » à Bordeaux, afin de préparer la suite du mouvement. Au menu – outre les bons plats vegan préparés par l’association L’Assiette en transition – le renouvellement de l’« équipe d’animation », et des discussions sur la démocratie interne à l’organisation ainsi que l’action non violente.

L’urgence du week-end consistait à remplacer une partie des militants engagés de manière permanente dans le collectif depuis deux ans. « Dès le début, on avait dit qu’on serait dans l’équipe jusqu’à la COP21. Le pari c’était de faire émerger une nouvelle génération puis de lui laisser le champ libre  » explique Txetx Etcheverry à Reporterre. Il s’agit de l’« équipe d’animation », l’organe central de gestion du mouvement au niveau national (et même européen en comptant les six autres pays où ont pris place des villages des alternatives) et de mise en relation des groupes locaux. D’abord composé des initiateurs bayonnais, ce groupe s’est élargi au fil de l’élargissement du mouvement, jusqu’à compter 55 membres. « Pendant la COP21 c’était l’urgence, il fallait tenir le rythme. J’en ai souffert et aujourd’hui j’ai besoin de me retirer pour me reposer », explique Margot Neyton, Nantaise de 26 ans impliquée au QG de l’Ile-Saint-Denis (93) durant la COP 21.

Restait une question : par quel mécanisme assurer ce renouvellement ? Car le mouvement s’est construit dans l’action avant de concevoir sa structure interne. « Les gens se sont mis à organiser les choses tout de suite, sans théoriser, et ça a été la force d’Alternatiba », rappelle Jon Palais, autre pilier bayonnais d’Alternatiba. Mais cette construction empirique n’avait jamais été débattue.

Les discussions ont ainsi porté sur la manière de désigner la nouvelle équipe d’animation afin qu’elle soit la plus légitime et représentative. Une tension s’est faite sentir entre la volonté de démocratie la plus parfaite possible, et la nécessité d’être efficace. Le tout dans une assemblée de presque 200 personnes ne se connaissant pas toutes et n’ayant que deux jours de discussions devant elles.

Faire émerger de jeunes militants

« Le groupe initiateur a eu un souci d’efficacité presque militaire, qui a été bénéfique à Alternatiba », explique Georges Menahem, militant de Cean et présent à Bayonne dès 2013. À Bordeaux aussi, ce souci s’est fait sentir, et la démocratie n’a pas été parfaite. « Plus on utilise le temps à notre fonctionnement, moins on en a pour l’action », a répété Txetx.

Résultat : l’élaboration d’une motion de synthèse, et d’un système de désignation de l’équipe d’animation consensuel, sans qu’il y ait besoin de procéder à un vote. Dans la nouvelle équipe d’animation, les Bayonnais ne prédomineront plus. Sur la soixantaine d’ « animateurs », environ la moitié sont des nouveaux venus, et beaucoup ont moins de quarante ans.

« On a réussi à gérer cette grande assemblée, avec des débats bien clivants, alors qu’on ne l’avait jamais fait », se satisfait Mathieu Doray, militant nantais. « Aujourd’hui, c’est un moment fort d’apprentissage de méthodes de travail, et c’est une manière de nous consolider », poursuit Jon.

Il semblerait donc que le pari de la formation d’une nouvelle génération soit en passe d’être gagné. « Je sors d’ici complètement rassuré de voir qu’il y a des nouveaux militants enthousiastes et formés qui vont prendre le relais … et moi je vais pouvoir faire autre chose », dit Mathieu.

Antoine Chardonny, Toulousain de 27 ans, avait l’habitude de militer dans des mouvements étudiants : « En un an et demi à Alternatiba, je suis passé de simple bénévole à responsable qui impulse des dynamiques », raconte-t-il. « Les méthodes d’Alternatiba permettent de donner des responsabilités aux bénévoles qui se bougent, de leur laisser de la place, et à partir de là ça peut aller très vite. C’est un accélérateur des parcours d’engagement. » « Le fait de compter sur les jeunes donne un dynamisme qu’il n’y a pas dans beaucoup d’associations » , selon Georges. Reste à trouver un mode de fonctionnement qui n’épuise pas trop vite les troupes, comme cela a été le cas en 2015.

Le débat stratégique : continuer seulement les villages ou s’engager dans l’action ?

Parmi les piliers du mouvement, seuls les Bayonnais Jon et Yannick restent dans l’équipe d’animation. Ils espèrent que de nouveaux leaders émergeront bientôt. Surtout, des groupes de travail vont être constitués, et le principal chantier qui s’annonce consistera à élaborer une nouvelle stratégie. « Aujourd’hui il n’y a pas d’évidence sur ce qu’il faut faire stratégiquement », même si « les gens sentent que c’est un moment décisif, que l’après COP est plus important que la COP », explique Jon.

Tout le week-end, la pertinence d’une fusion entre Alternatiba et Action non-violente COP21 (http://anv-cop21.org/), connu pour ses réquisitions de chaises dans les banques, a aussi animé les discussions. L’essentiel des militants d’ANV sont également militants Alternatiba. Il est donc question qu’ANV devienne la branche action d’Alternatiba.

Si la quasi-totalité des délégués présents y étaient favorables, des groupes locaux se sont montrés réticents. « À Toulouse, le groupe a eu peur que la fusion fasse fuir les gens. Il y a la crainte que si Alternatiba était un repère d’activistes, cela n’attirerait pas autant de monde. ’Militant’, ’activiste’, ça fait peur. Alors que quand on a réquisitionné des chaises, beaucoup de gens qui n’avaient jamais fait d’actions sont venus », dit Antoine. « La stratégie non violente est très mal connue en France, or c’est le point commun de l’éventail le plus large des modes d’actions, depuis le boycott jusqu’à la désobéissance », assure Jon.

Le débat n’a pas été tranché, ne semblant pas « mûr ». Toujours est-il que pour beaucoup de militants, Alternatiba ne pourra pas se passer de l’action non-violente, pour les raisons qu’indique Jon Palais : «  Les villages vont continuer, mais pas avec la même dynamique. Notre étendard, ce doit être l’action non-violente ». « La fusion, c’est le pari ambitieux. On part un peu dans l’inconnu, mais on n’a pas d’autre choix pour avancer. On ne va pas rester les bisounours des alternatives », a affirmé Adrien Kempf, membre de l’équipe d’animation, à l’assemblée.

La coordination européenne a acté dans son texte final qu’Alternatiba devait marcher « sur deux jambes, celles des alternatives et des propositions d’une part, et de la non-coopération et de l’action non-violente d’autre part ». Les militants insistent également pour parler de « processus Alternatiba », plutôt que d’un mouvement en soi : « On est là pour gagner la bataille climatique, on évolue en rapport à cette urgence » explique Margot.

Mais pour ce qui est des actions concrètes, beaucoup reste à décider, à partir de la nouvelle équipe et des groupes de travail qui vont être mis en place. Les propositions ne manquent pas : maisons, universités, annuaires des alternatives par exemple. « Il y a un consensus pour se diversifier, s’ouvrir aux autres mouvements, aborder les questions de justice climatique et des alternatives pour les milieux populaires ou les immigrés » explique Mathieu. Pour Antoine, la question sociale demeure le grand défi : « Le changement climatique impacte d’abord les plus défavorisés, qui ne sont pas bien représentés ici à Alternatiba. Comment atteindre la mixité sociale ? Pour moi c’est une question prioritaire. »




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Source : Baptiste Giraud pour Reporterre

Photos : © Baptiste Giraud/Reporterre