« Il faut apporter de l’espoir » : Alternatiba repart pour un Tour de France
À Nantes, le 1ᵉʳ juin 2024. - © Quentin Hulo / Reporterre
À Nantes, le 1ᵉʳ juin 2024. - © Quentin Hulo / Reporterre
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Un nouveau Tour de France d’Alternatiba vient de s’élancer de Nantes. À vélo, les militantes et militants du mouvement veulent rallier de nouvelles personnes en imaginant des actions de transformation.
Nantes (Loire-Atlantique), reportage
Dans un grand parc au pied des immeubles du quartier Dervallières à Nantes, l’ambiance est à la fête ce samedi. Il fait beau. Un concert de musique orientale vient de débuter devant des familles assises sur la pelouse. Des enfants du quartier, tout sourire, s’essaient à la quadriplette au milieu d’une foule bigarrée. Bar, plats végé à prix libre, stands associatifs, conférences... Des militantes et militants d’Alternatiba, reconnaissables à leurs vêtements verts ou jaunes, s’activent un peu partout. Le mouvement pour le climat est rodé à ce type d’événement. C’est même sa première raison d’être. Alternatiba a été créé en 2013 dans le but de proposer des « villages des alternatives » partout en France.
Après avoir organisé deux Tours des alternatives à vélo en 2015 et 2018, l’organisation remet le couvert. Treize cyclistes vont se relayer sur deux triplettes et une quadriplette pour parcourir la France en dix-huit semaines, avec un final à Marseille le 4 octobre. À chaque étape sont prévus une « action de transformation » avec un groupe local, une présentation de la stratégie d’Alternatiba et une formation à l’action non-violente.
Lors de certaines étapes, la programmation sera étoffée avec des villages des alternatives, des tables rondes, des concerts… « Dans les mobilisations actuelles liées au climat, en ce moment, il y a beaucoup de résistances. Résister, c’est bien, mais il faut aussi proposer, apporter un message d’espoir... et faire la fête ! » dit Silene Parisse, salariée du mouvement et participante au Tour.
Neuf ans après son premier Tour, Alternatiba souhaite garder le même esprit. « Certains disent que ça ne sert à rien d’alerter sur le climat, que tout le monde est déjà au courant. Ce n’est pas ce que nous pensons », affirme Anthony Yaba, militant à Alternatiba Nantes.
« Ne pas faire que de l’écologie de centre-ville »
Contrairement aux éditions précédentes organisées en centre-ville, l’organisation a délibérément choisi, cette fois, un quartier plus excentré et populaire. Les Dervallières, « l’une des premières cités de France », 5 000 habitants. Même s’il n’a pas été simple de mobiliser — « des habitants nous ont dit que leur priorité n’était pas le climat mais le pouvoir d’achat » —, le militant revendique ce « choix fort » qui contribue à « démystifier » les mouvements écolos.
« Nous avons organisé plusieurs réunions publiques. Nous avons sollicité des associations du quartier pour participer à la programmation de l’événement », explique-t-il. « Il faut veiller à ne pas faire que de l’écologie de centre-ville », abonde Silene Parisse.
Au centre du « village des alternatives », des habitants de tous âges clouent des planches autour de bacs de culture. D’autres s’affairent à monter une structure en bois. Ces installations préfigurent une grande ferme urbaine, portée par la métropole et l’association Océan, régie de quartier.
Irina, 17 ans, vient rejoindre le chantier après sa journée de travail en centre de loisirs. La jeune femme a créé le collectif « JDD », « Jeunes des Dervallières ». Elle partage volontiers son point de vue sur l’événement : « Ça nous a fait plaisir d’être contactés par Alternatiba, car d’habitude, nous, les jeunes, on n’est jamais consultés pour rien. C’est vrai qu’avant de les rencontrer, on avait pas mal de clichés sur l’écologie. On pensait que c’était surtout trier ses déchets. Alors qu’en fait, c’est plus complexe que ça ». Et d’ajouter, en jetant un regard complice à Mathilde, salariée de l’association Océan : « On avait peur que les militants soient des extrémistes. Mais, en vrai, ils sont comme nous ! »
« Cet événement de lancement donne le ton et annonce ce qu’il va se passer durant les quatre prochains mois. Notre objectif est de rallier de nouvelles personnes à cette mobilisation et d’imaginer des actions de transformation en fonction des besoins des habitantes et habitants, explique Zoé Pelegry, porte-parole d’Alternatiba. Le Tour Alternatiba donne envie à des collectifs d’intégrer notre mouvement. »
Des collectifs locaux continuent de se créer, comme récemment à Concarneau ou Saint-Brieuc. Il y a actuellement 110 groupes locaux Alternatiba en France. Mais il y a en aussi à l’étranger. « Nous avons 37 groupes locaux à Haïti », rapporte la militante.
Alternatiba garde son cap. Non sans quelques à-coups. Récemment, Alternatiba Paris, Lyon et Montpellier ont fait scission en raison de désaccords stratégiques. « Mais nous allons continuer à travailler ensemble », affirme Zoé Pélegry.
Selon elle, Alternatiba et ANV-COP21, son mouvement de désobéissance civile, ont su développer des modes d’actions « organisés et efficaces ». « Il faut montrer que notre stratégie fonctionne partout », dit-elle. Dans sa « conférence du Tour Alternatiba », l’organisation insiste sur ses « victoires » : abandon de l’agrandissement du centre commercial Rosny 2 en Île-de-France, instauration de menus végétariens dans les cantines scolaires de l’agglomération de Bayonne... À Nantes, elle a obtenu l’engagement des joueurs du FC Nantes de ne plus prendre l’avion pour aller à Paris.
« Tous ceux qui veulent nous rejoindre pour pédaler avec nous sur un bout de chemin sont les bienvenus ! » annonce Silene Parisse. Direction la Bretagne, avec de prochaines étapes à Arzon, Lorient et Concarneau.
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