Fans de cosplay, ils résistent à la fast-fashion
Ichi-Nyu dans son costume de Xavier, du jeu « Love and Deepspace », lors de la Japan Party à Paris, le 23 mai 2026. - © Mathieu Génon / Reporterre
Ichi-Nyu dans son costume de Xavier, du jeu « Love and Deepspace », lors de la Japan Party à Paris, le 23 mai 2026. - © Mathieu Génon / Reporterre
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Le cosplay, qui consiste à incarner un personnage de fiction en imitant son costume, n’échappe pas à la fast-fashion. Grâce aux friperies et à la récup’, ils et elles démontrent qu’un cosplay écologique est possible.
Paris, reportage
Robes à froufrous, costumes de super-héros, ailes colorées... Des centaines de personnes habillées tout en couleurs marchent à la queue leu leu sous le soleil brûlant au milieu du parc floral, à Paris, le 23 mai. Ces personnes, ce sont des cosplayers, des fans qui incarnent leur personnage de fiction préféré en revêtant son apparence physique et vestimentaire. La ligne avance jusqu’au grand hall où se tient la Japan Party, convention dédiée à la pop culture japonaise, très fréquentée des cosplayers. Ici, les tenues faites à la main se font une place parmi les costumes issus de la fast-fashion.
« Avant, les gens faisaient leur cosplay entièrement à la main, parce qu’ils n’avaient pas le choix », nous explique Ichi-Nyu, comme elle se surnomme, l’une des cofondatrices de la boutique française de cosplay en ligne Cosplay Smart, qui nous attend à son stand. Pratiquant le cosplay depuis quinze ans, elle observe un changement depuis l’arrivée des réseaux sociaux et des plateformes de cosplay en ligne de prêt-à-porter comme DokiDoki et Miccostumes.
« Le fait que ces plateformes soient relativement peu chères, combiné aux réseaux sociaux qui demandent constamment de porter de la nouveauté, ça pousse les gens à acheter un costume, à le porter trois fois pour prendre des photos, puis à le revendre », dénonce-t-elle.
« Ce genre de plateforme, ça fait qu’on ne se rend pas compte du coût réel des matières nécessaires pour faire le cosplay, confirme Thouni, membre de l’association de cosplay Cosstar, située juste à quelques mètres. Ça finit par créer des logiques similaires à celles de la fast-fashion. »
Vieux jeans et boîtes à œufs
Cette critique de la surconsommation pousse certains cosplayers à avoir une démarche plus écologique. C’est le cas de Stellou, créatrice de la marque d’accessoires de cosplay de prêt-à-porter Inkossu. « Tous mes tissus viennent d’Europe et je les commande sur un site où ils récupèrent les fins de stock des maisons de couture », explique-t-elle.
Sur son stand, près des porte-clés et des fioles colorées, on peut voir une étiquette zéro gaspillage. « Mes porte-clés sont faits à base de chutes de tissu, explique Stellou, quant aux fioles, je réutilise des morceaux de boîtes à œufs ou de filets pour les remplir. Ils sont inspirés de l’anime “Gachiakuta”, dans lequel les personnages récupèrent des déchets pour en faire une arme. »
Certains cosplayers continuent quant à eux de faire tout ou une partie de leur cosplay à la main. C’est le cas de Thouni, qui nous emmène voir son costume de Jinx (personnage de League of Legends et Arcane), accroché sur un mannequin. « Pour le fabriquer, j’ai utilisé des jeans, une minijupe en cuir que j’ai trouvée en friperie, un t-shirt que mon père ne portait plus, un châle, de la mousse Eva et du tissu que je possédais déjà », énumère-t-il.
Les membres de son association de cosplay font-ils de même ? « Ça dépend des gens, répond-il. C’est un hobby que beaucoup utilisent comme échappatoire, on ne peut pas les obliger à tout faire à la main. Et certains n’ont tout simplement pas le temps. »
Ne pas participer à la surconsommation
Certains cosplayers adoptent toutefois des pratiques plus écologiques, sans forcément s’en rendre compte. « En dessous de ma vidéo sur le “slow cosplay”, postée il y a plusieurs mois déjà sur les réseaux, je continue de recevoir des commentaires me disant “Ah, mais c’est déjà ce que je fais tous les jours en fait” », témoigne Stellou.
Seconde main, friperies, réutilisation de matériaux ou encore cosplay « placard » (le fait d’utiliser ce que l’on a déjà chez soi), ces pratiques sont de plus en plus répandues dans le monde du cosplay. « Faire ses cosplays en seconde main ou en friperie, c’est forcément moins cher, nous explique Thouni. Les gens veulent faire du cosplay à moindre coût, donc ils choisissent cette solution qui est écologique. »
Et d’ajouter : « Les gens n’ont pas encore franchi le pas de se dire qu’ils sont écolos, mais on parle beaucoup d’empêcher la surconsommation. Beaucoup de gens disent : “Je n’ai pas envie de participer à ça”. »