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ReportageAlternatives

Alternatiba, dix ans d’alternatives face au capitalisme

8 000 personnes ont assisté au festival « Euskal Herria Burujabe » à Bayonne, les 7 et 8 octobre 2023.

Dix ans après avoir lancé le mouvement Alternatiba, l’association Bizi ! a organisé un festival à Bayonne. De quoi montrer la vivacité des alternatives au modèle capitaliste et productiviste au Pays basque.

Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), reportage

« La transformation sera subie ou choisie mais elle se fera, alors autant qu’elle soit choisie plutôt que subie. » C’est avec ces mots que Christophe Cassou, géophysicien et climatologue, coauteur du dernier rapport du Giec [1], a conclu l’une des conférences du dimanche 8 octobre. Tout le week-end des 7 et 8 octobre, la ville de Bayonne a accueilli le festival « Euskal Herria Burujabe », organisé par l’association Bizi !. Objectif : montrer les alternatives à l’échelle du territoire « pour un Pays basque soutenable, solidaire et souverain ».

Dix ans après avoir lancé le mouvement Alternatiba qui était parti depuis le « village des alternatives » organisé là aussi à Bayonne en 2013, les militants souhaitaient de nouveau faire la démonstration que les alternatives au modèle capitaliste et productiviste existent et doivent configurer le monde de demain en prenant cette fois-ci un territoire comme témoin, celui du Pays basque.

8 000 personnes sont venus au festival «  Euskal Herria Burujabe  ». Ici, des bénévoles. © Bizi !

Dix ans après, le sentiment d’urgence s’est amplifié

En dix ans, le contexte a changé : alors qu’Alternatiba se lançait en 2013, le mouvement climat n’en était qu’à ses balbutiements, comme le rappelle Jon Palais, l’un de ses fondateurs : « Ce que disaient déjà les scientifiques à l’époque sur le changement climatique n’avait pas de traduction dans la société. Le mouvement social ne s’était pas emparé de ces questions. Notre volonté était d’être une étincelle pour lancer un mouvement de mobilisation citoyenne et collective. »

Depuis, d’autres organisations se sont créées et la prise de conscience des enjeux climatiques a largement progressé dans la société, en même temps que les événements climatiques extrêmes se sont multipliés. Une reconfiguration du mouvement que Jon Palais accueille de manière positive : « Les nouveaux mouvements ne parlent pas aux mêmes publics. Par exemple, la fresque du climat fait de l’éducation populaire — comme nous —, mais se revendique comme complètement apolitique et se contente de traduire les rapports du Giec, ça leur permet d’aller dans des entreprises, là où Alternatiba est moins présent. »

Le public présent a soutenu les grévistes de la faim contre le projet d’A69 entre Toulouse et Castres. © Bizi !

Mais à l’heure où le sentiment d’urgence n’a jamais été aussi présent, l’écoanxiété gagne aussi du terrain et le mouvement climat « est dans une phase de doute sur sa stratégie », estime-t-il. Face à cela, Alternatiba entend élargir et approfondir le mouvement, notamment vers de nouveaux secteurs « pour être plus représentatif de la population française ». Un nouveau tour à vélo — après ceux de 2015 et 2018 — a été annoncé lors du festival pour l’été 2024. Jon Palais y voit l’occasion d’aller « dans les banlieues, les zones périphériques des grandes villes ou les zones rurales ».

Œuvrer pour la justice sociale

« Pour créer et approfondir » les alternatives, Bizi ! a organisé des conférences et tables rondes et a invité des acteurs du changement dans un nouveau village des alternatives.

Au stand sur la Sécurité sociale de l’alimentation, Véronique Oliveros et Cécile Calmes discutent avec entrain. Les deux amies bordelaises ont fait le déplacement à Bayonne pour assister au festival et ont un intérêt particulier pour les questions agricoles et alimentaires. « Il faut reprendre le pouvoir citoyen, car c’est un problème politique multidimensionnel. J’étais atterrée de voir pendant le confinement que les étudiants à Bordeaux mouraient de faim », dit Cécile Calmes. Créer une sécurité sociale, sur le modèle de la santé mais pour l’alimentaire, leur semble une excellente idée. Au Pays basque, une expérimentation de cette idée est en cours d’élaboration sur la commune d’Urrugne.

Christophe Cassou : «  La transformation est nécessaire.  » © Bizi !

Christophe Cassou, lui, est venu des Landes voisines : « En tant que scientifique, c’est notre rôle d’apporter la connaissance, les chiffres et les faits qui posent le cadre des discussions. Je suis là pour rappeler que la transformation est nécessaire. La neutralité carbone est une contrainte géophysique, pas un choix politique. » Lui qui voit les scientifiques comme « la première brique du changement » assume la dimension politique de l’inlassable travail de vulgarisation qu’il mène : « Dans le dernier rapport du Giec, la question de la justice climatique est partout. C’est nouveau. »

Il a signé l’appel des scientifiques contre le projet de construction de l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres. La lutte actuellement menée contre ce projet s’est invitée lors de la clôture de l’événement par la voix d’un militant toulousain. Sa prise de parole a été acclamée par les participants. Lutter contre des projets climaticides fait sens, comme le rappelle Jon Palais : « Alternatiba et ANV-COP21 marchent toujours sur deux jambes : s’opposer, s’interposer, résister et proposer des alternatives pour faire avancer les choses sur les territoires. L’un ne va pas sans l’autre. »

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