À quoi sert l’Ademe, l’agence de la transition écologique ?
Vélo-école adultes. Voici un exemple d'initiative soutenue par Les Boîtes à vélo, elles-même soutenues par l'Ademe. - La Fabrique des cyclistes
Vélo-école adultes. Voici un exemple d'initiative soutenue par Les Boîtes à vélo, elles-même soutenues par l'Ademe. - La Fabrique des cyclistes
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Nouvelle attaque contre l’Ademe : un projet de loi propose de la fondre dans des services régionaux. Tour d’horizons de 6 initiatives écologiques, dans toute la France, qui n’auraient pas vu le jour sans le soutien de l’agence.
Un pas de plus vers sa disparition. Sous le feu des critiques de la droite et de l’extrême droite, l’Ademe, l’agence de la transition écologique est désormais visée par un projet de loi, présenté mercredi 20 mai en Conseil des ministres.
Le texte « visant à renforcer l’État local » entend en effet rattacher les antennes locales de l’agence aux directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) et placées sous l’autorité du préfet. Objectif, selon le ministre de la Transition écologique Mathieu Lefèvre : « Moins de bureaucratie, plus d’efficacité. »
Un propos qui a fait hurler une bonne partie des administrateurs de l’agence. « L’Ademe est une machine à apporter de l’expertise et des financements pour la transition écologique, qui agit de façon efficace, affirme à Reporterre Benoît Leguet, directeur de l’institut de l’économie pour le climat. Pourquoi changer une équipe qui gagne ? »
En 2025, 2,8 milliards d’euros de subventions ont été mobilisés au bénéfice des collectivités et des entreprises — soit 8 000 projets portés dans les territoires. Petit tour d’horizon de ces initiatives écologiques qui n’auraient jamais vu le jour sans l’Ademe et ses antennes régionales.
- Nathalie Villemet : « On a créé un réseau pour lutter contre le gaspillage alimentaire »
En Normandie, le Réseau pour éviter le gaspillage alimentaire (Regal) fédère près de 500 partenaires — entreprises, associations, collectivités — avec un objectif : limiter la mise au rebut de tonnes de nourriture.
Trophées antigaspi, défi assiettes vides dans les cantines, annuaire des acteurs normands du secteur, rencontres locales… Grâce au réseau, la banque alimentaire du Calvados, débordée par trop d’invendus, travaille désormais avec l’association euroise Les petites louches, qui transforme ces résidus en délicieuses conserves.
Une démarche remarquable, lancée il y a douze ans… avec le soutien de l’Ademe. « Sans l’agence, qui fait partie de notre comité de pilotage, ce projet n’aurait jamais pris », affirme Nathalie Villemet, salariée de France Nature Environnement Normandie, membre du réseau. Aujourd’hui encore, les subventions de l’organisme représentent près de la moitié des financements du Regal.
« Si l’Ademe est sacrifiée, ce sera vraiment catastrophique »
Pour elle, pas de doute : « Si on noie les agents de l’Ademe au sein des Dreal [directions régionales de l’environnement et de l’aménagement], la transition écologique va y perdre. » Elle se dit donc « sidérée » par le projet du gouvernement « parce que si l’Ademe est sacrifiée, ce sera vraiment catastrophique, pour tous les acteurs de la transition ».
- Lucas Zufic : « On accompagne les entreprises vers la sobriété »
Comment relocaliser l’industrie sans dommage pour l’environnement ? C’est à ce défi colossal que s’est attelée l’association Amerma, « qui essaye de favoriser le retour d’une production locale et utile au territoire, à travers d’une approche low tech », selon son cofondateur Lucas Zufic.
Dans le cadre du parcours Sobre industrie de l’Ademe, ils accompagnent une dizaine d’entreprises dans leur bifurcation ou leur déploiement écologiques. Entre autres, une boîte qui entend décontaminer la laine sans eau — ce matériau étant aujourd’hui lavé en engloutissant des mètres cubes du précieux liquide.
Toujours en lien avec l’agence de la transition écologique, l’association a œuvré à la création d’une plateforme à destination des professionnels de la rénovation. « Plutôt que chaque artisan paye son local, son camion, ses équipements, son assurance, on cherche à mutualiser », explique Lucas Zufic.
« Nous sommes un peu pionniers sur ces sujets, et sans le soutien de l’Ademe, on ne pourrait pas les faire émerger, observe-il. Si l’agence disparaît ou se retrouve affaiblie, c’est tout l’écosystème d’une réindustrialisation “responsable” qui disparaît. »
- Sébastien Magnan : « On a développé une monnaie pour valoriser les bénévoles »
Dans la région de Marseille, l’association Sauvage Méditerranée revalorise les déchets sauvages ramassés sur les plages — bouchons, bidons, filets de pêche, verre poli. Un projet rendu possible grâce à l’Ademe, qui a financé certaines machines de recyclage. Autre action également soutenue par l’agence, la « monnaie sauvage » qui permet aux bénévoles d’obtenir des avantages (produits offerts ou réductions) dans des cafés associatifs, des recycleries, des friperies…
« Pour notre association, l’Ademe est cruciale », indique Sébastien Magnan, l’un des fondateurs. Et il l’assure : « Casser le thermomètre, ça ne permettra pas de faire baisser la température. »
- Amélie Deloche : « On a publié un guide pour rendre les influenceurs plus responsables »
« Comment améliorer la qualité de l’air chez soi ? » ; « Comment passer des vacances plus écologiques ? » ; « Tout comprendre : la santé des sols »… Au rayon sensibilisation, l’Ademe a produit une multitude de guides, tutos et autres fiches pratiques.
Dernièrement, elle a publié un guide de l’influence responsable, avec Amélie Deloche, cofondatrice de Paye ton influence. « Les influenceurs peuvent être des vecteurs de changement et des acteurs de mobilisation écologique, explique l’autrice. L’idée, c’est de leur donner des outils clé en main pour écologiser leurs pratiques. » Mieux choisir les partenariats, décrypter les infox sur le climat…
L’experte en com’ responsable se dit donc « très inquiète » du projet de loi. « La transition écologique n’est pas un parti pris, elle est indispensable, insiste-t-elle. Il faut lui donner les moyens d’advenir. »
- Valérie Décot : « On a monté une filière de réemploi des matériaux de construction »
En 2016, après trente ans dans une agence d’architecture, Valérie Décot a frappé à la porte de l’Ademe, avec un projet : réutiliser les matériaux de construction. « Beaucoup de bâtiments sont démolis sans que les matériaux soient récupérés, précise-t-elle. On voulait créer une filière, massifier le réemploi. »
Grâce à un appel à projet de l’Ademe et de la Région Sud, l’association Raedificare a pu réaliser des recherches sur le réemploi donnant ensuite naissance à un bureau d’études, qui a déjà à son actif plusieurs projets d’envergure. Dans le cadre de l’opération Euroméditerrannée à Marseille — plus gros quartier d’Europe en transformation — ils ont ainsi travaillé à réutiliser les morceaux de briques, tomettes et vieilles pierres issues de la démolition — dont certaines se sont finalement retrouvées à Notre-Dame de la garde.
« Le soutien de l’Ademe a été un énorme accélérateur, ça nous a permis de défricher mais aussi d’initier quelque chose à grande échelle », insiste Valérie Décot.
- Yolaine Urvoy : « On favorise l’entrepreneuriat à vélo »
L’association Les boîtes à vélo réunit les professionnels qui ont fait le choix du deux-roues pour leur activité. Artisans, restaurateurs, transporteurs… « On veut contribuer à notre échelle à ce que ce mode de transport se généralise », résume Yolaine Urvoy, la directrice.
Une mission impossible sans l’Ademe. « Avec eux, on a produit des guides et des panoramas sur la cyclologistique, et on impulse des dynamiques sur les territoires », détaille-t-elle. En région Sud, l’association a ainsi fait tester le vélo cargo à une dizaine d’entreprises, pendant un mois. Résultat, 80 % des structures l’ont finalement adopté. À Lyon, Grenoble ou Nantes, les annuaires des pros à vélos ont également rencontré un franc succès.
Lire aussi : Vélos cargos : la livraison écologique a besoin du soutien de l’État
Si les financements de l’Ademe représentent moins d’un cinquième du budget de l’association, « l’agence est un partenaire incontournable pour nous », selon Yolaine Urvoy. « C’est une structure hyperpertinente, très experte, exigeante vis-à-vis de ses partenaires et qui les accompagne de manière efficace. »
Réunis le 19 mai en conseil d’administration extraordinaire, une majorité des membres de l’Ademe ont adopté une délibération, inédite, défavorable au projet de réforme de l’établissement public voulu par le gouvernement. Le document a été voté par 15 administrateurs, et 10 contre, sur 28 membres au total, à la veille de la présentation en Conseil des ministres du projet de loi.