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Politique

« Une attaque contre l’écologie » : l’agence chargée de la transition en sursis

Sylvain Waserman, le président de l’Ademe, ici à l'Assemblée nationale en 2019.

Le gouvernement prépare un projet de loi pour rattacher des antennes locales de l’Ademe aux préfets. Une « destruction de l’agence » pour les syndicats, et une nouvelle attaque contre la transition écologique.

Peut-on encore sauver le soldat Ademe ? Régulièrement visée par la droite et l’extrême droite, l’agence — bras armé de la transition écologique en France — se trouve de nouveau en péril. Cette fois-ci, la menace prend la forme d’un projet de loi, porté par le gouvernement et examiné jeudi 7 mai par le Conseil d’État.

Lire aussi : Budget : la droite et le RN veulent la peau de l’OFB et l’Ademe

Le texte « visant à renforcer l’État local » entend en effet revenir sur le fonctionnement des antennes locales de l’Ademe. D’après l’article 7, ces dernières seraient désormais rattachées aux directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) et placées sous l’autorité du préfet.

« Un dispositif qui détruit l’Ademe sans le dire »

Une simple fusion ? « C’est un démantèlement qui ne dit pas son nom », accuse Véronique Caraco-Giordano, secrétaire générale du syndicat SNE-FSU. Car aujourd’hui, l’Ademe s’appuie sur son réseau régional pour identifier et soutenir des milliers de projets locaux en faveur de l’écologie. Réseaux de chaleur, décarbonation, lutte contre le gaspillage alimentaire… En 2025, 2,8 milliards d’euros de subventions ont été mobilisés au bénéfice des collectivités et des entreprises.

Une organisation « qui nous permet d’agir concrètement, pour le compte de l’État, aux côtés des élus et des chefs d’entreprise qui prennent le chemin de la transition écologique », selon le président de l’Ademe, Sylvain Waserman, interrogé par Les Échos.

« Un contexte de dénigrement incessant de l’Ademe »

Or, avec le projet de Sébastien Lecornu, les salariés de l’Ademe se trouveraient directement soumis au pouvoir hiérarchique des préfets. Avec un risque : que leurs missions soient dictées non plus par l’urgence écologique mais par les priorités du ministère de l’Intérieur.

En complément, le texte de loi prévoit la possibilité d’une « mis[e] à disposition d’office » des personnels, « pendant une durée de trois ans, renouvelable ». Autrement dit, « une mutation imposée sans leur consentement », selon Véronique Caraco-Giordano. Un tiers des effectifs serait concerné. Face à cette attaque en règle, les six organisations syndicales de l’établissement ont dénoncé unanimement « un dispositif qui détruit l’Ademe sans le dire ».

De son côté, le gouvernement parle d’« améliorer les synergies et la fluidité ». Interrogée le 5 mai à l’Assemblée, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a nié toute volonté de destruction : « Nous considérons que l’Ademe doit agir plus clairement au sein du giron de l’État », « tout en conservant l’intégrité et l’identité de l’opérateur ».

Sans parler de suppression, le texte sonne plutôt comme une reprise en main d’une agence — et de ses fonds — jugée trop indépendante par l’exécutif. Il y a une semaine à peine, le Premier ministre faisait dépublier un guide de l’Ademe et de l’Office français de la biodiversité (OFB) sur la transition écologique.

Accusations mensongères

Le malaise est d’autant plus palpable que ce projet de loi surgit « dans un contexte de dénigrement incessant de l’Ademe », souligne Gabrielle Piot, formatrice écolo au sein de l’entreprise Hability. À la manœuvre, le Rassemblement national mais également plusieurs membres des Républicains, qui réclament régulièrement la disparition de l’agence — à l’instar de Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France. Non sans violence.

Le média Bon Pote a ainsi recensé une dizaine d’accusations mensongères à l’encontre de l’organisme, dont la sortie de l’avocat Charles Consigny sur RMC : « Supprimons l’Ademe [...] où le temps de travail doit avoisiner les deux heures par semaine », lançait-il en janvier. Le même chroniqueur a récemment demandé l’incarcération des salariés de l’établissement. « Au lieu de vomir vos inepties, venez plutôt passer une journée à mes côtés, a réagi Sylvain Waserman. Vous verrez que la transition écologique apporte des solutions à ceux qui n’en ont plus. »

Pour Gabrielle Piot, cette offensive contre l’Ademe fait partie « d’une attaque plus globale contre l’écologie ». Avec d’autres, elle a donc lancé une mobilisation citoyenne pour « sauver l’agence ». Tribune signée par plus de 350 personnalités, kit pour interpeller ses élus… Après l’avis du Conseil d’État, le projet de loi doit être présenté le 20 mai en Conseil des ministres, puis débattu par les parlementaires. Le début d’une longue (et énième) bataille pour préserver les acquis écologiques.

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