Budget : la droite et le RN veulent la peau de l’OFB et l’Ademe
Une agente de l'OFB lors d'un contrôle du niveau d'eau à Corbère-les-Cabanes (Pyrénées-Orientales), le 26 mai 2025. - © JC Milhet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Une agente de l'OFB lors d'un contrôle du niveau d'eau à Corbère-les-Cabanes (Pyrénées-Orientales), le 26 mai 2025. - © JC Milhet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Les agences de protection de l’environnement comme l’OFB et l’Ademe pourraient être supprimées par la droite et le RN dans le budget 2026, dont une partie est examinée le 12 novembre. Une nouvelle étape du « backlash écolo ».
Pas de répit pour les établissements publics dédiés à la protection de l’environnement. Incendié en 2023, bouc émissaire de la crise agricole en 2024, l’Office français de la biodiversité (OFB) est de nouveau la cible d’attaques, cette fois à l’Assemblée nationale. Dans le cadre du projet de loi de finances 2026, des parlementaires de droite proposent de supprimer cette police de l’environnement, chargée de faire respecter les lois relatives aux pesticides, à la pollution de l’eau et au respect des arrêtés sécheresse. Deux autres maillons essentiels de la politique environnementale nationale sont visés : l’Agence de la transition écologique (Ademe) et la Commission nationale du débat public.
Les parlementaires de groupe droite républicaine, dirigé par l’ancien président de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez, ont déposé trois amendements visant à faire disparaître ces instances. Ils doivent être examinés le 12 novembre, dans le cadre de l’examen de la seconde partie (sur les dépenses) du projet de loi en commission des finances. Le groupe n’est pas seul à rêver de sonner l’hallali : le député Rassemblement national Matthias Renault a déposé des amendements dans la même veine, relève le média spécialisé Contexte.
Les élus du groupe droite républicaine justifient leur projet en arguant que l’OFB se « superpose[rait] à d’autres opérateurs agissant dans le domaine environnemental », comme l’Office national des forêts ; c’est dans un souci de « lisibilité de l’action publique et d’économies budgétaires » qu’ils disent vouloir supprimer ses crédits de fonctionnement.
Moins de 1 % des exploitations agricoles contrôlées…
Des termes politiquement plus corrects que ceux utilisés par Laurent Wauquiez en 2024, dans une lettre envoyée aux agriculteurs d’Auvergne-Rhône-Alpes et consultée par Reporterre. Le président de la région taxait alors l’OFB de « coalition d’idéologues », qui accablerait les agriculteurs de « contrôles absurdes ». Un vocable proche de celui utilisé par le Rassemblement national dans son amendement : l’OFB y est décrit comme une « police verte déconnectée du terrain », « mue par une idéologie écologiste punitive » et « harcel[ant] les agriculteurs ».
L’OFB n’effectue pourtant chaque année que 3 000 contrôles administratifs pour 400 000 exploitations agricoles… soit moins de 1 % d’entre elles, d’après Isabelle Heba, cosécrétaire de la branche biodiversité du syndicat SNE-FSU.
« Taper sur l’écologie »
Le groupe droite républicaine propose également de supprimer la Commission nationale du débat public. Créée en 1995, cette autorité publique veille à ce que les citoyens soient concertés dans l’élaboration des projets ayant des conséquences sur l’environnement (mines de lithium, usines de batteries, sites éoliens, etc.). Ses recommandations ne sont pas contraignantes, mais peuvent mener à un ajustement des projets.
Qu’importe l’apport de cette instance au débat démocratique : Laurent Wauquiez la dépeint comme « une source de procédures inutiles et redondantes qui ralentissent la mise en œuvre d’investissements structurants et nuisent à l’attractivité de notre pays », et devrait donc disparaître.
Autre institution dans le viseur de la droite : l’Agence de la transition écologique (Ademe). Dotée de 1 300 équivalents temps plein, l’Ademe fournit un travail d’expertise et conduit de nombreuses politiques publiques de sortie des énergies fossiles. Elle est notamment à l’origine de Transition(s) 2050, une étude prospective de référence imaginant quatre chemins pour conduire la France vers la neutralité carbone, notamment grâce à la sobriété.
L’Ademe était déjà sortie essorée du budget 2025, avec une baisse de 39 % des fonds dits « incitatifs », qu’elle distribue à travers une multitude d’appels à projets. C’est désormais son existence même qui est remise en question, le Rassemblement national estimant que la multiplication de ce type d’organismes « peut nuire à la lisibilité de l’action publique ». D’après le groupe droite républicaine, son utilité ne serait pas « démontrée », ce qui justifierait la suppression de ses crédits de fonctionnement.
Dans la presse, Laurent Wauquiez est allé plus loin. Mi-octobre, il estimait que les experts de l’Agence ne seraient pas des experts, mais des individus « portés par une idéologie d’extrême gauche ». Ces attaques « [dépassent] le cadre normal du débat démocratique », regrettait à l’époque Sylvain Waserman, le patron de l’Ademe.
« Cela s’inscrit de manière plus générale dans le backlash écolo, analysait récemment dans Reporterre Pierre Condamine, chargé de campagne surproduction aux Amis de la Terre. Il faut taper sur l’écologie qui semble devenue superflue dans le contexte de dette budgétaire. »