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Politique

Budget 2026 : l’Agence de la transition écologique risque gros

Panneau de l'Ademe et la région Auvergne-Rhône-Alpes devant une station de rechargement de voitures électriques à Valence (Drôme), en novembre 2024.

L’Agence de la transition écologique, prise pour cible par la droite et l’extrême droite, a beaucoup à perdre dans la nouvelle cure d’austérité annoncée pour 2026, dont le budget est présenté à partir du 14 octobre.

Dans la cacophonie politique démarre une séquence qui sera déterminante pour la transition écologique : l’examen du projet de loi de finances 2026. 70 jours chrono de discussions parlementaires à haut risque, placées sous le signe de l’austérité par le précédent gouvernement.

Parmi les principaux enjeux figure le sort réservé à l’Agence de la transition écologique (Ademe), qui gère 3,4 milliards d’euros de crédits pour le compte de l’État et embauche 1 300 équivalents temps plein. Elle a déjà été mise à contribution sur le budget 2025, avec une baisse de 39 % des fonds dits « incitatifs », qu’elle distribue à travers une multitude d’appels à projets. Et reste la cible de tirs nourris par la droite et l’extrême droite.

Contacté le 13 octobre par Reporterre, son président, Sylvain Waserman, temporise : « Nous travaillerons sur le budget quand il sera voté. Nous avons de très forts enjeux sur beaucoup de choses, mais le gouvernement vient d’arriver, ce n’est pas l’heure de prendre position. Nous continuons d’avancer. »

L’Ademe fournit un travail d’expertise et conduit de nombreuses politiques publiques de sortie des énergies fossiles. Ses prérogatives ont fortement augmenté ces dernières années. « Il s’agit d’un acteur essentiel à la structure et au financement de la transition écologique, notamment dans les territoires. Les menaces qui pèsent sur lui sont incompréhensibles au regard des engagements de la France pour réduire les émissions de gaz à effet de serre », explique Yves Marignac, porte-parole de l’association Négawatt.

L’agence pilote notamment le programme de décarbonation de l’industrie, que le gouvernement Bayrou a souhaité renflouer pour aider la filière hydrogène et alimenter le programme France 2030. Un rétropédalage, en 2026, serait un mauvais signal, estime le président de l’Ademe : « Nous faisons un tour de France, à chaque étape, entre 150 et 200 entreprises échangent avec nous sur les aides à la décarbonation. Les entreprises, plus que jamais, ont besoin de l’État pour se décarboner. »

Il s’agit d’un enjeu de stabilité, insiste le dirigeant. « Personne ne sait combien cela coûtera, dans cinq ans, de produire de l’énergie fossile. Alors que les énergies renouvelables ont un prix beaucoup plus stable et prévisible », soulignait Sylvain Waserman le 1er octobre devant la presse, au cours d’un exercice de transparence qui devait couper court aux polémiques visant l’agence.

La consommation d’énergie fossile, en France, représente 64 milliards d’euros par an. « C’est une hémorragie financière, à laquelle je ne peux pas me résoudre. J’aimerais qu’on se rende compte que la transition écologique protège notre pays et nos concitoyens », insistait Sylvain Waserman.

Des polémiques contre l’agence

Le travail réalisé par l’Ademe a fait l’objet de critiques en début d’année. En janvier, le président du Sénat, Gérard Larcher, s’en prenait à l’établissement public dans les colonnes du Parisien. « Quand vous avez [...] l’Ademe qui a plus de 4 milliards de budget et près de 1 100 équivalents temps pleins, la question de l’efficacité de la dépense publique se pose. »

Quelques jours plus tard, Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, avait suggéré de supprimer l’agence et de transférer son budget aux régions, « parce qu’[elles] ont déjà les services pour faire les instructions ».

« Étouffer les organisations qui œuvrent pour la transition écologique »

Dans L’Express, l’Association des maires de France (AMF) dénonçait la « rigidité » de cet opérateur d’État « qui finit par déposséder les responsables politiques de leurs décisions ». Guillaume de Bodard, président de la commission environnement et développement durable de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), critiquait « une gouvernance erratique. Chaque président apporte une nouvelle stratégie, mais sans réel suivi ».

Mais c’est la déclaration de Laurent Wauquiez qui a fait déborder le vase. L’ancien président de la région Auvergne-Rhône-Alpes est allé jusqu’à déclarer que les experts qui travaillent à l’Ademe « ne sont pas des experts, mais sont portés par une idéologie d’extrême gauche ».

En réaction à cette accusation, Sylvain Waserman, le patron de l’Ademe, s’était fendu d’un entretien dans Ouest-France, estimant que « ce genre d’attaques [dépassait] le cadre normal du débat démocratique ». Il avait également publié une lettre ouverte où il détaillait le rôle de l’agence : offrir une expertise et gérer plusieurs dispositifs, allant de la gestion des déchets à la décarbonation des transports, en passant par la qualité de l’air.

Le syndicat CFDT avait également publié un communiqué pour défendre l’organisme. « Le budget de l’Ademe, qui s’élève à 3,4 milliards d’euros, est à 92 % de l’argent public que l’on redistribue pour financer des projets d’accompagnement des collectivités et des entreprises dans la transition écologique. Ce n’est en aucun cas notre budget de fonctionnement, qui est de 135 millions d’euros », écrivait Rachel Baudry, administratrice au conseil d’administration de l’Agence.

Toutes ces critiques s’inscrivent dans un climat général d’offensive à l’encontre des agences environnementales, de l’Office français de la biodiversité (OFB) en passant par les directions régionales de l’environnement (Dreal) et les agences de l’eau.

« L’idée est d’essayer d’étouffer les organisations qui œuvrent pour la transition écologique. Cela s’inscrit de manière plus générale dans le backlash écolo. Il faut taper sur l’écologie qui semble devenue superflue dans le contexte de dette budgétaire », estime Pierre Condamine, chargé de campagne surproduction aux Amis de la terre.

« Il y a beaucoup de polémiques et ça fait deux ans que j’explique sans relâche notre action, dit Sylvain Waserman. C’est normal qu’on soit dans le radar en période budgétaire compliquée. Mais un rapport de la commission d’enquête sénatoriale [rendu public le 3 juillet] a montré qu’il n’y a pas de milliards cachés. Si l’Ademe faisait des dépenses somptuaires, l’inspection générale des finances les aurait trouvées, lorsqu’elle nous a inspectés, pendant quatre mois au printemps 2024, sur 4 de nos sites, avec 11 inspecteurs des finances. »

« C’est rentable »

L’Ademe espère également convaincre avec des arguments de rationalité économique. Exemple, avec l’un de ses principaux programmes, le fonds chaleur, qui finance des grands travaux pour décarboner les réseaux de chauffage urbain : pour 1 milliard d’euros d’argent public investi, l’Ademe enregistre 2,8 milliards de fonds privés induits, générant 1,8 milliard d’euros de richesse supplémentaire (PIB), qui rapporte à l’État en impôts perçus, in fine, 900 millions d’euros. « Les réseaux de chaleur construits depuis quinze ans représentent 50 térawattheures de gaz en moins, c’est-à-dire au moins 2,5 milliards d’euros par an de déficit de la balance commerciale en moins. Le fonds chaleur, c’est rentable économiquement », ajoutait le président de l’Ademe le 1er octobre.

Selon le journal Les Échos, qui a pris connaissance du projet de loi de finances 2026 préparé par François Bayrou et transmis au Conseil d’État et au Haut Conseil des finances publiques, sur les 30 milliards d’euros de baisse des dépenses publiques prévues, 10 milliards d’euros d’économies devraient être ciblés sur l’État et ses opérateurs.

Ce texte de loi doit être présenté en Conseil des ministres le 14 octobre, avant d’entamer un débat en commissions et en séance plénière à l’Assemblée et au Sénat.

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