Le pape François prépare son encyclique sur l’écologie et le changement climatique

Durée de lecture : 6 minutes

29 avril 2015 / Emilie Massemin (Reporterre)

Un symposium sur le lien entre pauvreté et changement climatique s’est déroulé mardi 28 avril à l’Académie pontificale des sciences. Il précède la publication de la première encyclique papale jamais consacrée à la question environnementale. Le pape François la publiera en juin ou en juillet.


Programme chargé mardi 28 avril à la Villa Pia, chef-d’oeuvre d’architecture maniériste niché au cœur des jardins du Vatican. Une soixantaine de scientifiques et de représentants des religions du monde étaient rassemblés pour un symposium sur la dimension morale du changement climatique et du développement durable, organisé par l’Académie pontificale des sciences et le Conseil pontifical Justice et Paix. Intitulée « Protéger la planète, rendre digne l’humanité », cette réunion s’est déroulée en présence du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon, du chef d’État italien Sergio Mattarella et de Laurence Tubiana, ambassadrice française chargée des négociations sur le changement climatique.

Cour de l’Académie pontificale des sciences

L’objectif du symposium était de souligner « l’importance des dimensions morales de la protection de l’environnement (...) et de construire un mouvement mondial pour prendre en main le changement climatique et le développement durable en 2015 et au-delà ». Elle a abouti tard dans la soirée à une déclaration, indiquant entre autres que les participants étaient « rassemblés à l’Académie pontificale des sciences et des sciences sociales pour relever les défis du changement climatique induit par l’homme, l’extrême pauvreté et la marginalisation sociale, y compris la traite des personnes, dans le cadre du développement durable. Issus de nombreuses confessions et horizons de vie, nous nous unissons, reflétant le désir partagé de l’humanité pour la paix, le bonheur, la prospérité, la justice et la durabilité environnementale. Nous avons considéré les éléments de preuve scientifiques écrasants concernant le changement climatique induit par l’homme, la perte de la biodiversité, et la vulnérabilité des pauvres aux chocs économiques, sociaux et environnementaux ».

Cette réunion a été précédée d’un entretien d’une demi-heure entre le Pape François et Ban Ki-Moon. Ce dernier a estimé que « la science et la religion ne sont pas opposées sur le changement climatique », et a salué les efforts du souverain pontife pour « attirer l’attention sur le besoin urgent de faire la promotion d’un développement durable ».

- Voir la video de l’entrevue entre le Pape François et Ban Ki-Moon (vidéo ONU) :

Bientôt, la première encyclique papale sur l’écologie

Ce symposium est une étape préparant l’encyclique sur l’écologie que le pape François devrait publier en juin ou juillet. Son écriture est achevée, et elle est actuellement en cours de traduction. Interrogé à ce propos le 15 janvier dernier, le chef de l’Église a confié son souhait qu’elle sorte avant la conférence de Paris sur le climat, pour être prise en compte dans les travaux préparatoires. Estimant que le sommet de Lima avait échoué, il a espéré qu’« à Paris les représentants soient plus courageux ».

Cette lettre d’autorité aux évêques du monde est d’une importance capitale pour la mobilisation des chrétiens, qui restent relativement peu sensibles à la question climatique. « Il s’agira de la toute première encyclique papale intégralement consacrée à la question environnementale », indique à Reporterre Dominique Lang, prêtre assomptionniste, scientifique et journaliste au Pélerin. « Même si l’encyclique Caritas in Veritate (2009) du Pape Benoît XVI évoquait déjà le lien entre mondialisation économique et problèmes environnementaux. »

Un pape écolo au profil atypique

Le pape François est-il le premier pontife à ce point préoccupé par le changement climatique ? « Depuis Paul VI [pape de 1963 à 1978, NDLR], les papes ont réagi aux grandes conférences internationales, rappelle Dominique Lang. Le Vatican est un État, un représentant du Saint-Siège est donc systématiquement présent aux négociations onusiennes. Mais c’est la première fois qu’un pape témoigne d’une volonté si forte qu’elle donne lieu à une encyclique. » De fait, le pape François a mis la question environnementale en tête des nouvelles priorités de l’Église. La destruction de la planète est un « péché moderne », martèle-t-il régulièrement, en rappelant que « la Création a été confiée aux hommes pour qu’ils la protègent et pas pour qu’ils en deviennent les prédateurs ».

Pour Dominique Lang, cet intérêt du pape pour l’environnement n’est pas sans lien avec son profil assez atypique. « Il est le premier pape sud-américain, venu d’un continent frappé par les problèmes liés aux cultures OGM. Contrairement à ses prédécesseurs, il n’a pas connu la Seconde guerre mondiale : il n’est donc pas mû par une nécessité de reconstruction rapide. Enfin, il vient de la ville, ce qui l’amène aussi à poser un regard différent sur le monde. » Son choix de s’appeler François, en référence à Saint François d’Assise, célébré pour son vœu de pauvreté et son amour de la nature, est en ce sens révélateur.

La place Saint Pierre, au Vatican

Cet effort de mobilisation est louable. Car les chrétiens, clairs et fermes sur les questions de bioéthique et de famille, gardent un rapport plus lointain et compliqué à l’écologie. Le courant de l’« écologie humaine », promue par Tugdual Derville, ex-porte-parole de la Manif pour tous, n’est pas représentatif de la nébuleuse hétérogène que forment les chrétiens écolos.

La question de la nature est présente dès les origines dans la pensée chrétienne. « La Bible raconte que le monde a été créé par Dieu, par amour. Il est caractérisé par sa beauté et son harmonie propre, qui doivent être respectés », dit Dominique Lang. Ce n’est que suite à des siècles de conflits avec la science que l’Église choisit peu à peu de ne plus s’exprimer sur le fonctionnement de la nature et de l’univers. « En conséquence, elle a pris du retard sur ces questions, reconnaît le journaliste. Finalement, ce n’est que très récemment et en se basant sur sa doctrine sociale, qu’elle a introduit l’idée que protéger les plus vulnérables c’est également protéger la terre sur laquelle ils vivent. »


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Lire aussi : Des chrétiens s’engagent dans le combat contre le réchauffement climatique

Source : Emilie Massemin pour Reporterre

Photos :
. Chapô : Wikipedia (CC)
. Académie pontificale des sciences : Gabriella C. Marino, via Wikimedia Commons
. pape François : Korea.net-Korean Culture and Information Service, via Wikimedia Commons
. place Saint Pierre : Wikipédia

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