Le sud-est de la France subit une sécheresse exceptionnelle

27 octobre 2017 / Marie Astier (Reporterre)



Déficits pluviométriques majeurs et températures élevées : la sécheresse que connaît le sud-est de la France est la plus importante jamais mesurée. De plus, sous l’effet du réchauffement climatique, ce phénomène deviendra la norme d’ici à 2050, selon les climatologues. Il est urgent de s’adapter.

Les fourrages ? « La production a chuté de 80 %, les éleveurs doivent en acheter. » La vigne ? « Les fruits sont beaux, mais il y en a 30 à 40 % de moins que prévu. » Les châtaignes ? « Les fruits sont tombés avant d’être mûrs. Ils sont très petits et secs. » Les agrumes ? « Il y a une perte de volume, et ce malgré l’irrigation. » Sébastien Cabot, animateur de la Via Campagnola — branche corse de la Confédération paysanne —, fait les comptes. Sur l’île de Beauté, « il n’a quasiment pas plu depuis le mois de mars », raconte le salarié syndical. « L’an dernier était déjà une année marquée par la sécheresse et un réchauffement des températures… Cette année, ça a commencé encore plus tôt ! Les hivers et les printemps sont secs. Les précipitations se concentrent sur l’automne, elles sont brutales et provoquent d’autres calamités ».

Même scénario sur le continent, en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. « Depuis fin avril, on n’a pas dû avoir plus de 10 millimètres de pluie, gémit Jean-Pierre Grosso, agriculteur à Puyricard, dans les Bouches-du-Rhône. On a aussi eu des températures hautes, surtout en août, et du vent qui dessèche les cultures. Dans les vignes, la sève n’arrivait pas à monter jusqu’aux feuilles ! » Cet adhérent de la FRSEA (Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles) rapporte une baisse de production allant de 30 à 60 % selon les cépages. Sur les oliviers, « on ne ramassera pas grand-chose pour ceux qui ne sont pas irrigués », poursuit-il. Concernant les grandes cultures, « en ce moment, on doit planter le colza. On n’y arrive pas, la terre est trop dure ! »

« Ces records de chaleur pourraient désormais se produire tous les 10 à 15 ans » 

Depuis plusieurs mois, en particulier dans le sud-est de la France, les agriculteurs ont beau scruter le ciel à la recherche de la moindre goutte de pluie, elle ne vient pas. « Les déficits pluviométriques ont été absolument exceptionnels », constate Frédéric Nathant, prévisionniste à Météo France. Le météorologue égrène les derniers chiffres :

  • Nîmes (Gard) : 281 mm de pluie entre le 1er janvier et le 24 octobre, soit 52 % de moins que la valeur de référence ; le record de la sécheresse de 1952 est battu ;
  • Carpentras (Vaucluse) : 59 % de pluie de moins sur la même période ; là, c’est le record de 1989 qui est dépassé ;
  • Calvi (Haute-Corse) : 62 % de déficit ; même en 1960, précédent record, ce n’était pas autant.

Ajoutez à cela des températures élevées — en moyenne 1°C de plus ces six derniers mois sur la région sud-est d’après Météo France, la situation devient critique. « Au 1er octobre 2017, les indices de sécheresse des sols (...) sur le Gard, l’Hérault, le Var, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes, les Alpes-de-Haute-Provence et la Haute-Corse sont à un niveau record pour cette période de l’année. Il s’agit de la sécheresse la plus importante jamais mesurée à cette date en au moins 60 années de mesures », note encore sobrement Météo France.

Ailleurs en France, la situation est moins critique. Mais les restrictions d’usage de l’eau continuent de sévir dans de nombreux départements. Reporterre vous l’avait déjà rapporté au printemps : la Bretagne et la côte ouest étaient notamment concernés. C’est encore le cas en cette fin octobre.

« On a eu un été très sec en Gironde, confirme Claire Laval. Cela suit un printemps, un hiver, et un automne secs… Cela fait un an que nous sommes en déficit hydrique. Pour l’instant, les vignes n’ont pas trop souffert de la sécheresse, mais on n’a pas de réserves d’eau, c’est inquiétant pour l’an prochain, raconte la vigneronne, porte-parole de la Confédération paysanne dans le département. On est pourtant en Aquitaine, donc, d’après son nom, le pays de l’eau ! »

Cette situation inhabituelle n’a pas manqué d’attirer l’attention des climatologues. D’autant que le phénomène ne s’est pas limité à la France. « Sur l’ensemble de l’été 2017, les températures maximales en Méditerranée ont atteint des records, note Robert Vautard, climatologue au Laboratoire des sciences, du climat et de l’environnement (LSCE). Sur le sud de la France, l’Espagne, l’Italie, et le nord de l’Afrique. On a donc voulu voir si le changement climatique favorisait l’apparition de telles températures. »

Climate Central, une ONG centrée sur la recherche et la communication sur le climat, a ainsi réuni plusieurs chercheurs afin de déterminer si cet épisode de chaleur n’était dû qu’à la variabilité naturelle du climat, ou si la probabilité qu’un tel événement se reproduise avait augmenté en raison du changement climatique. Le rapport, publié fin septembre, est formel : « La probabilité qu’une vague de chaleur similaire se reproduise est aujourd’hui dix fois plus importante que s’il n’y avait pas de changement climatique, indique Robert Vautard. On estime que ces records de chaleur pourraient désormais se produire tous les 10 à 15 ans. »

« Cela aura un impact sur la ressource en eau, l’agriculture, la santé, le risque incendie » 

Les scientifiques ont utilisé et comparé plusieurs modèles de simulation climatique pour arriver à ce résultat. Ils ont aussi projeté l’impact d’ici 2050. « Des températures telles que celles de cet été ou supérieures se produiront une année sur deux. Au milieu du siècle, ce sera donc un été normal, dans la moyenne, pour le sud de la France », explique-t-il.

L’été 2017 ne serait donc qu’un avant-goût de ce qui nous attend d’ici peu… Côté température, même dans un scénario global de 2°C de réchauffement sur la planète (très probable), le sud de l’Europe connaîtrait lui une augmentation des températures allant jusqu’à 3 à 4°C l’été. Le futur des précipitations est plus difficile à prévoir, la France étant sur la ligne de séparation des climats nord et sud, que l’on ne sait pas exactement situer. « Pour le sud de la France, il pourrait y avoir moins de pluies en été. Et même s’il continue de pleuvoir autant, avec des températures plus élevées les sécheresses seront plus fortes », poursuit le climatologue.

Il faut donc penser à s’adapter dès maintenant : « Cela aura un impact sur la ressource en eau, l’agriculture, la santé, le risque incendie », avertit-il. Les paysans s’en rendent bien compte. « Météo France est venu nous faire une présentation. À Ajaccio, en 2050, on aura le climat de Tunis », indique Sébastien Cabot.

« Mais on ne sait déjà pas comment on va faire aujourd’hui, reprend-il. Autant l’État que les collectivités territoriales n’ont pas réussi à faire face à l’urgence. On a organisé une action de solidarité syndicale pour pouvoir acheter du fourrage. On est loin de pouvoir se préparer à ce qui risque d’arriver demain… »

« Le problème du changement climatique est en train de s’accélérer. Il est dommage que l’on n’en ait pas pris la mesure il y a dix ou quinze ans », regrette de son côté la vigneronne Claire Laval.




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Lire aussi : La sécheresse se profile en France, un phénomène que va multiplier le changement climatique

Source : Marie Astier pour Reporterre

Photo :
. chapô : Un alpage de la montagne de Boules, dans les Alpes-de-Haute-Provence, le 21 octobre 2017. © Jean-Philippe Renault/Alberix

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