Les électrosensibles se rebellent contre le wifi dans les trains

16 mai 2017 / Margaux Desdet (Reporterre)



Depuis décembre 2016, 19 rames de TGV proposent la connexion internet sur la ligne Paris-Lyon. Mais cette installation est jugée dangereuse par les personnes électrosensibles. Elles revendiquent « le droit de voyager dans des wagons sans wifi et sans ondes ».

Les radiofréquences sont un objet de préoccupations sanitaires et environnementales depuis plusieurs années, en France et à l’étranger. « Développer le wifi se traduit par une augmentation de notre exposition aux radiofréquences », dénonce le collectif Pour le droit de voyager en train sans wifi et sans ondes, soutenu par Priartem (l’association des électrosensibles de France), Réseau environnement santé, WECF et Agir pour l’environnement. Il a mis en ligne une pétition depuis le 10 avril contre le projet de la SNCF de déployer le wifi dans ses TGV. L’inauguration de cette technologie sans fil, depuis un train lancé à 300 km/h, remonte au 15 décembre 2016 et concerne, pour le moment, dix-neuf rames de la ligne Paris-Lyon. Cette nouveauté intervient après le tweet d’Axelle Lemaire, secrétaire d’État au numérique, pressant le transporteur d’offrir ce service aux usagers des TGV : « Toc toc toc, la SNCF : on peut se voir pour discuter wifi dans le train ? » Ce à quoi le transporteur a répondu : « Rendez-vous est pris, Madame la secrétaire d’État. »

Ce n’est pas la première fois que la SNCF tente de connecter ses trains au haut débit. En 2007, une première expérimentation avait été lancée en s’appuyant sur le réseau Edge. Trois ans plus tard, elle s’était essayée au satellite, mais, une nouvelle fois, les services n’étaient pas de qualité. Et jusqu’à récemment, le groupe avançait des raisons économiques pour ne pas mettre en place le wifi, soit 350.000 € par rame. Ce n’est désormais plus un obstacle. Ainsi, Orange et la SNCF ont travaillé de concert afin de mixer 4 G sur les voies et wifis à bord. Et ce n’est pas fini, puisque la société de transport annonce sur son site que d’ici à la fin de l’année 2017, 300 rames seront équipées d’un système permettant de capter les réseaux opérateurs pour proposer un service internet sur tout le réseau. « Ce dispositif prévoit la mise en place d’antennes relais sur les voitures, de bornes wifi dans chaque wagon, et l’installation de 124 km de fibre optique. 18.000 antennes relais 3G/4G seront ainsi installées tous les trois kilomètres environ le long des voies, ce qui permettrait à des centaines de personnes de se connecter en même temps », explique un porte-parole de la SNCF à Reporterre. Le coût global est estimé à 100 millions d’euros.

« L’omission de la dimension sanitaire » 

Selon le transporteur, le lancement du portail TGV Connect « répond à une forte attente des voyageurs » qui souhaitent « rester connectés pendant leur voyage pour surfer sur internet ou les réseaux sociaux ». Cependant, ce n’est pas une bonne nouvelle pour tout le monde. Selon le collectif Pour le droit de voyager dans des wagons sans wifi, les effets de ces ondes sont néfastes pour la santé. Il souligne la difficulté que cela représenterait pour les électrosensibles, c’est-à-dire les personnes ayant une sensibilité ou une intolérance électromagnétique, ou même pour les enfants.

Priartem, qui porte depuis 2013 une revendication relative à la régulation des communications sans fil dans les transports et la mise en place de wagons sans wifi et sans portable, a d’ailleurs interpellé la SNCF sur ce point. Mais, dit Janine Le Calvez, présidente de Priartem, « avant de lancer la pétition, des courriers ont été échangés entre nous, mais sans parvenir à rien de concluant ». Dans une lettre du 15 février 2017 adressée au PDG de la SNCF, Guillaume Pépy, l’association dénonce « l’omission de la dimension sanitaire » dans le projet d’installation du wifi dans les TGV et demande des « wagons blancs », c’est-à-dire sans onde. Sans quoi, les trains pourraient devenir inaccessibles aux électrosensibles, mais également à toute personne qui souhaite vivre dans un « environnement respectueux de la santé », selon l’article 1 de la Charte de l’environnement, principe à valeur constitutionnelle.

C’est sur ce point qu’insiste Janine Calvez : « On demande l’accessibilité, c’est-à-dire l’obligation de prendre en compte ce handicap, qui est reconnu comme tel. Les électrosensibles ont déjà la reconnaissance de travailleurs handicapés ou d’invalidité, par des attestations médicales. Ils risquent de graves souffrances cérébrales et une aggravation de leur état de santé s’ils sont exposés aux ondes électromagnétiques. » De plus, elle dénonce le non-respect du « principe de sobriété », introduit par la loi Abeille du 9 février 2015 pour protéger les populations les plus sensibles. Cette loi encadre en effet l’exposition du public aux ondes électromagnétiques générées par les technologies sans fil.

Et c’est d’ailleurs la justification donnée par le responsable du pôle associations nationales de consommation et relations institutionnelles de la SNCF, Reinhard Runne, dans son courrier du 10 mars : « Les résultats des tests par sonde montrent que les valeurs de rayonnement sont inférieures aux valeurs limite d’exposition. […] Il n’est pas question de transiger avec la santé des voyageurs et des agents de l’entreprise. » La société de transport parle en effet de « défi technologique, qui est de proposer une connexion de qualité, tout en s’assurant du respect des normes en vigueur sur le rayonnement électromagnétique » et affirme qu’il s’agit de la « meilleure solution pour limiter l’effet des ondes puisque les ondes wifi sont bien inférieures à celles des téléphones portables, car conçues pour transmettre des données à courte distance ». Pourtant, pour la présidente de Priartem, « la réponse est à côté de la question. La société se réfugie derrière le respect des normes réglementaires, mais elles ne permettent pas une totale garantie sanitaire ».

« C’est l’État qui vend ces ondes, donc il ne va pas dire que c’est dangereux » 

L’association rappelle à la SNCF qu’« il ne faut pas nier l’accumulation des signaux et risques ». En 2009, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), signalait déjà les dangers sur l’organisme et notamment sur le système nerveux central. En 2011, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) classait les radiofréquences comme « potentiellement cancérigènes pour l’homme ». Les femmes enceintes et les enfants en seraient les premières victimes. Depuis, après deux années de débats, la proposition de loi de Laurence Abeille encadrant l’exposition du public aux ondes électromagnétiques générées par les technologies sans fil (antennes relais, téléphones mobiles, tablettes…) a été adoptée en 2015. Cependant, le texte a été très profondément remanié et vidé de sa substance par rapport à la version initiale, notamment quant aux éléments d’information transmis au public. Selon la députée écologiste, « ce texte ne répond pas pleinement à tous les enjeux, mais il constitue cependant une première étape essentielle ».

Les électrosensibles ne comptent pas en rester là et réfléchissent à d’autres moyens d’action. L’un des partenaires de Priartem dans les luttes contre les ondes électromagnétiques, Agir pour l’environnement, va également lancer la pétition sur son propre réseau. « Nous attendions les résultats de l’élection présidentielle pour que la situation institutionnelle se clarifie. Le bouche-à-oreille doit encore faire son effet pour récolter davantage de signatures. Comme une partie des électrosensibles ne peut même pas utiliser son ordinateur du fait des ondes, c’est forcément plus long », précise Janine Le Calvez, présidente de l’association Priartem, avant d’ajouter : « Ensuite, nous reprendrons contact avec le Comité interministériel du handicap et avec la direction de la SNCF. »

Pour Jacqueline Crozet, l’une des initiatrices de la pétition, le problème est plus profond. « C’est l’État qui vend ces ondes, donc il ne va pas dire que c’est dangereux. Je suis devenue électrosensible à force d’exposition répétée et permanente. J’ai été déclarée travailleuse handicapée par la Maison départementale des personnes handicapées et ce que je demande, c’est juste de pouvoir préserver mon droit à voyager dans des conditions qui ne nuisent pas à ma santé. Le combat est difficile parce que les citoyens manquent d’information concernant les dangers qu’ils encourent, mais nous n’allons pas baisser les bras. »




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Lire aussi : Electro-sensibilité, le cri d’alarme des médecins

Source : Margaux Desdet pour Reporterre

Dessin : © Red !/Reporterre

Photos :
. image : Tom’s guide

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