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Les multinationales tentent de vampiriser le sommet sur le climat de Paris

21 avril 2015 / Nicolas de La Casinière (Reporterre)



Les sommets mondiaux sont une aubaine pour les multinationales soucieuses de verdir leur image. Le grand marché au greenwashing est ouvert pour la Conférence de Paris, qui pourrait être en partie financée par des firmes comme BMW ou GDF Suez, largement responsables du changement climatique.

La grande conférence de Paris sur le climat sera-t-elle sponsorisée par un constructeur automobile, par une société scandinave d’électricité à 45 % d’option charbon, et par un géant de la moissonneuse batteuse productiviste ? Oui - mais non.

Jeudi 16 avril, Europe 1 annonce que BMW, Vattenfall, Suez Environnement et LVMH seront les parrains de la COP 21, la conférence des Nations unies pour le climat qui se tiendra en décembre au Bourget, près de Paris.

Mais Pierre-Henri Guignard, secrétaire général pour la France de la COP21, dément partiellement l’information, et la radio corrige : seuls Suez Environnement et LVMH sont bel et bien sponsors. On y reviendra. Mais les suites et démentis de cette info de la radio privée sont aussi intéressants que la révélation légèrement à coté de la plaque.

Au départ, il y a une confusion, savamment entretenue par les communicants et les multinationales très intéressées à bien apparaître en ces lieux de serments et professions de foi. Europe 1 a confondu la conférence officielle et le « Sustainable Innovation Forum », sixième édition, les 7 et 8 décembre, soutenue très officiellement par les Nations Unies, et dont le site internet (www.cop21paris.org) arbore un nom de domaine très proche de www.cop21.gouv.fr, celui de la « vraie » COP21, la seule, celle des négociations, 21e édition de la Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 2015 (COP21/CMP11), aussi dénommée « Paris 2015 » et qui se tient aux mêmes dates, du 30 novembre au 11 décembre 2015.

Recherche sponsor climato compatible, urgent

L’instance gouvernementale qui organise le sommet parisien a donc démenti. Mais le problème reste entier. « Sur le budget annoncé de 187 millions d’euros, pour l’organisation de la COP21 (location et aménagement du lieu, sécurité, communication, etc.), le gouvernement a fixé un objectif de 20 % de financements privés, venant d’entreprises françaises ou étrangères », explique Maxime Combes, membre du conseil scientifique d’Attac, auteur sur son blog d’un billet épinglant les sponsors inavouables.

La vigilance des ONG et la cohérence de ces apports financiers posent problème. L’organisation peine à réunir ces 20 % de sponsors « propres », puisqu’il faut bien, pour éviter les critiques trop acerbes, exclure les grandes entreprises climato-incompatibles, pourtant mobilisables avec l’appui de l’État : Areva, Total, Renault ou autres offriraient des « cibles trop faciles ».

Une BMW exposée à la Conférence de Varsovie en 2013

Le démenti partiel du secrétariat général a donc préservé LVMH et Suez Environnement qui n’est pourtant pas indemne de critiques, « se positionnant sur le traitement des eaux pour l’extraction d’hydrocarbures de schiste et de charbon en Australie, et cautionnant la fuite en avant extractiviste », analyse Maxime Combes, qui s’interroge, puisque la liste des co-financeurs privés de ces 20 % devrait déjà être publique : « Soit il n’y a pas le compte, soit il y a une entreprise qui pose problème... ».

Ça roule pour le sponsor platinum

Si les financeurs du sommet officiel doivent montrer patte aussi blanche que possible, le tri est moins sélectif au Forum de l’innovation soutenable. Il suffit de se pencher sur les logos des généreux bienfaiteurs du « Sustainable Innovation Forum » pour mesurer la contradiction entre un rassemblement sur les méfaits de l’industrie sur le climat et son financement par des acteurs économiques contributeurs au gaz à effet de serre.

Le constructeur automobile allemand BMW y figure comme « headline sponsor » ou « platinum sponsor ». Selon le dir-com de BMW France interrogé par Reporterre, Jean-Michel Juchet : « Oui il y a des discussions mais rien n’est encore signé. On verra plus clair à la mi mai. Mais c’est dans la continuité de ce qu’on a déjà fait pour la COP 20, COP 19 et avant : on participe à l’élaboration de tables rondes sur le développement durable, on intervient et on sponsorise ces tables rondes. »

Lobbying et greenwashing en façade, défense de ses intérêts carbonés en coulisse : en juillet 2012, The Guardian relevait que BMW exerçait des pressions sur Bruxelles pour assouplir les normes d’émissions des véhicules à partir de 2020, tout en vantant parallèlement sa « green attitude » et la conscience environnementale de ses modèles.

En octobre 2013, les constructeurs automobiles allemands, et spécialement BMW, ont ainsi obtenu le report d’un vote de l’Union européenne prévoyant de limiter les rejets en CO2 des voitures européennes.

Tout cela en arrosant de 690 000 euros le CDU, le parti d’Angela Merkel qui a soutenu la levée de boucliers des firmes automobiles claironnant pourtant leur engagement plus vert que jamais.

Les logos soufflent le froid et le chaud

Parmi les autres sponsors dont le logo apparaît déjà sur le site, des producteurs de froid et de chaud. Pour un sommet sur la dégradation du climat, voilà des financeurs rêvés. Parmi les partenaires institutionnels les plus choquants, figure l’IETA, International Emissions Trading Association, qui gère notamment le marché mondial des émissions carbone.

On y retrouve des représentants des plus grosses firmes pétrolières (Chevron, Shell), minières (Rio Tinto), mais aussi Alstom et GDF Suez – GDF Suez et Shell ont reçu en 2014 le prix Pinocchio du greenwashing (hypocrisie verte). De surcroit, GDF-Suez est membre du lobby pro-gaz de schiste (Centre des hydrocarbures non conventionnels), alors que l’exploitation du gaz de schiste est une source importante de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

L’électricien italien Enel, qui prospecte pétrole et gaz en Grèce, et fait partie des trois plus grosses entreprises d’énergie européennes en terme de profits tirés du gaz et du charbon : 18 milliards d’euros pour Enel en 2011 (23 milliards pour GDF Suez, 36 milliards pour E.ON, selon un rapport de Greenpeace d’octobre 2014), est aussi dans cette bande de financeurs.

GDF Suez lauréat du Prix Pinocchio 2014 décerné par Les Amis de la Terre

Le cache sexe des industries fossiles

Pour Maxime Combes, l’IETA, « c’est le cache sexe des industriels des énergies fossiles, tous ceux qui extraient et qui brûlent le carbone » et qui ont droit de cité dans ces sommets ou ces à-côtés.

Le tour d’horizon des logos repère aussi New Holland, géant de la moissonneuse batteuse productiviste, du machinisme agricole et des gros engins de chantier du BTP, passé aux mains de Ford, puis de Fiat. Ou Vattenfall, société d’État suédoise qui produit de la chaleur et de l’électricité provenant à 45 % de l’énergie fossile, à 33 % du nucléaire. Ce qui n’empêche cette entreprise d’énergie influente dans le nord de l’Europe de faire campagne pour un manifeste pour le climat en faisant appel à ses clients usagers d’énergie.

Greenpeace Allemagne avait dénoncé cette manipulation (Lire The Handbook of Communication and Corporate Social Responsibility, de Øyvind Ihlen, Jennifer Bartlett, Steve May, Edition Wiley Blackwell, décembre 2013). Vattenfall intente aussi un procès à la ville de Hambourg qui lui impose des normes environnementales pour sa centrale à charbon.

Le dossier de présentation pour les sponsors de ce forum de l’innovation soutenable vante « le plus grand nombre et le mélange de parties prenantes mondiales, pour optimiser l’engagement ». Comprendre « engagement » comme investissement financier. Ces parties prenantes annoncées sont des « PDG de grandes firmes, ONG, membres de l’ONU, investisseurs, responsables de villes, gouvernements nationaux et locaux », 50 % européens, 20 % nord américains, idéal pour du « networking » annonce la brochure.

A Lima déjà

Les sommets mondiaux sur le climat sont très suivis par les multinationales qui calculent avec gourmandise les bienfaits d’image d’apposer leur logo auprès d’un tel événement. Exemple à Lima pour la COP20.

Outre Alstom et Philips, on y retrouvait le Carbon Trust, organisation d’experts en réduction de gaz a effet de serre, conseillant les multinationales et gouvernements, dirigé et présidé par d’anciens dirigeants de Shell.




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Lire aussi : Pourquoi y aura-t-il des entreprises à la conférence sur le climat ?

Source : Nicolas de La Casinière pour Reporterre

Images :
. Dessin enfant : © Nicolas de La Casinière/Reporterre
. Voiture : Réseau Action Climat
. Dessin GDF Suez : Prix Pinocchio (Planète Amazone/Sandrine Taclet)

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