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Les squatteurs de la Marquise expulsés par la police


« Y’a les CRS qui veulent un logement ! » L’humour n’efface pas la douleur, mais les squatteurs de l’hôtel particulier de la « Marquise », au cœur du Marais à Paris, n’en ont pas pour autant perdu l’usage, après que les CRS les ont expulsés ce samedi à l’aube.

A 7 heures, la trentaine d’occupants ont été remis à la rue par la force, sans même avoir le temps de réunir leurs affaires. Ne leur restait qu’à occuper la proche rue Saint-Antoine pour se faire entendre et attirer l’attention. Une ultime tentative de revenir dans les lieux n’y changera rien et se finira sous les gaz lacrymogènes.

Les membres du collectif des mal-logés Jeudi Noir avaient investi en octobre 2009 la bâtisse du XVIIe siècle, inoccupée depuis 1965. S’en est suivie une année rythmée par la bataille judiciaire qui les a opposés à la propriétaire, Béatrice Cottin, âgée de 88 ans.

Une bataille qui a pris fin vendredi, avec la décision de la cour d’appel de Paris d’ordonner leur expulsion sans délai, assortie du versement d’indemnités d’environ 80 000 euros. Et ce à une semaine de la trêve hivernale, qui ne s’applique cependant pas aux « occupants sans droit ni titre », comme c’est leur cas.

« En matière de logement, c’est la honte »

Jeudi Noir et les autres collectifs de mal-logés, tels le DAL ou Macaq, réclament depuis de longues années l’application de la loi de réquisition des logements vides datant de 1945. Il y a 1,8 million de logements vacants en France, dont 330 000 en Ile-de-France et 122 000 à Paris, selon les chiffres 2009 de l’Insee.

D’où la volonté concertée de nombreux étudiants et travailleurs précaires de les investir. C’est la lutte de l’illégalité : violation du droit propriété contre non-application de la loi de réquisition. « Rien n’est fait » pour sortir de cette situation, déplore Julien Bayou, membre de Jeudi Noir et conseiller régional Europe Ecologie : « On peut dépenser trois milliards d’euros pour baisser la TVA, on peut rendre 35 millions d’euros à Bettencourt qui a artificiellement baissé ses revenus, mais en matière de logement, c’est la honte. »

Les squatteurs, qui auraient aimé aussi recevoir ce samedi matin la visite des dirigeants socialistes de Paris et de la région, Bertrand Delanoë et Jean-Paul Huchon, ont été autorisés à récupérer leurs affaires à 15 heures. Mais pour les mettre où ?


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