Mégabassines : une semaine de lutte pour faire pression pour le moratoire
Le Convoi de l’eau, opposé aux mégabassines et prônant un juste partage de l’eau, vers Poitiers (Vienne) le 20 août 2023. - © Pierre-Yves Lerayer / Reporterre
Le Convoi de l’eau, opposé aux mégabassines et prônant un juste partage de l’eau, vers Poitiers (Vienne) le 20 août 2023. - © Pierre-Yves Lerayer / Reporterre
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Face au projet du gouvernement de démultiplier le nombre de mégabassines en France, les opposants s’organisent. Plusieurs mobilisations vont avoir lieu cette semaine dans l’ouest du pays.
Alors que le gouvernement souhaite construire toujours plus de mégabassines et que le nouveau Front Populaire promet un moratoire, plus de 120 organisations écologistes, paysannes et syndicales organisent une semaine de mobilisation du 16 au 21 juillet.
L’évènement, lancé à l’initiative du collectif Bassines non merci (BNM), entend dénoncer « l’accaparement de l’eau » et « l’industrialisation de l’agriculture » portés par le modèle des mégabassines. Les organisateurs (Les Soulèvements de la Terre, Attac, CGT, Confédération paysanne…) réclament l’arrêt des chantiers.
Plusieurs mobilisations sont organisées. Un Village de l’eau prendra place à Melle (Deux-Sèvres) du 16 au 21 juillet, et des manifestations auront lieu les 19 et 20 juillet en Nouvelle-Aquitaine, territoire où de nombreuses retenues sont également construites.
Une première manifestation aura lieu vendredi 19 sur la commune de Saint-Sauvant (Vienne), où le prochain chantier de bassine pourrait démarrer en septembre, malgré un recours juridique contre le permis d’aménager dont l’audience se tiendra justement le 16 juillet. Ce chantier serait le premier d’une série de trente bassines prévues sur le bassin du Clain dans la Vienne, dont six ont été annulées par la justice à l’automne dernier.
Trois chantiers sont en cours dans les Deux-Sèvres, sur les communes d’Épannes, Priaires et Sainte-Soline. Ces futures retenues viendront s’ajouter à celle de Mauzé-sur-le-Mignon, la seule en fonctionnement sur les seize réserves prévues par la Coop de l’eau 79 sur le bassin de la Sèvre Niortaise-Marais poitevin (Vienne, Deux-Sèvres et Charente-Maritime). Toutes sont contestées par les antibassines qui mènent une bataille juridique sans relâche.
Malgré quelques défaites, comme la validation en appel de vingt-et-une mégabassines du bassin de la Boutonne (Deux-Sèvres et Charente-Maritime) en mai dernier, leurs efforts ont été récompensés par plusieurs victoires.
La dernière date du 9 juillet : les juges du tribunal administratif de Poitiers ont réduit drastiquement le volume d’eau pompable pour remplir les mégabassines du Marais poitevin, considérant qu’elles entraînaient « une augmentation nette des prélèvements annuels ».
En 2023, c’est le Conseil d’État qui avait confirmé l’interdiction de remplir cinq mégabassines déjà en fonctionnement en Charente-Maritime. La cour administrative d’appel de Bordeaux avait également retoqué un projet de six réserves dans ce même département. La justice administrative a fait subir le même sort à quinze retenues de Nouvelle-Aquitaine quelques mois plus tard.
Une centaine de bassines annoncées en 2024
Cette offensive juridique des opposants inquiète visiblement les autorités. Lors de son discours de clôture du congrès de la FNSEA, en mars dernier, le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau a promis de faire sortir de terre une centaine de mégabassines d’ici à la fin de l’année. Pour tenir cet objectif, le gouvernement tente de contourner la contestation.
Le 11 mai, alors que des milliers d’opposants se réunissaient dans le Puy-de-Dôme pour protester contre le plus grand projet de France, constitué de deux « gigabassines », un décret a été publié pour limiter les possibilités de recours contre les bassines. Concrètement, les associations et riverains n’ont plus que deux mois, contre quatre auparavant, pour déposer leur recours et le tribunal administratif de Paris devient seul juge de la légalité des projets.
Ce décret s’inscrit dans le « choc de simplification » annoncé par le gouvernement pour répondre à la crise agricole du début d’année, appelé à se poursuivre à travers la loi d’orientation agricole, votée en première lecture par les députés le 28 mai. La loi devait être examinée au Sénat, mais la dissolution de l’Assemblée nationale a rebattu les cartes.
Des manifestations à l’Assemblée
Après les manifestations, les sabotages et les recours, c’est désormais aussi sur les bancs de l’Assemblée que se joue la lutte pour éviter l’adoption de cette loi, mais aussi pour appuyer la mise en œuvre d’un moratoire immédiat sur les bassines, promis dans le programme du nouveau Front Populaire, arrivé en tête aux élections législatives.
Pour faire monter la pression, des convois issus de toute la France, mais également d’Italie, d’Allemagne et de Belgique, doivent converger dans le Poitou cette semaine. Au programme du Village de l’eau, des ateliers, des formations à l’action militante, des tables rondes et des assemblées autour des luttes pour la défense de l’eau, en France et à l’international. Compte tenu du contexte politique, « ce village se propose également d’être un moment de construction d’une riposte antifasciste », annoncent les organisateurs.
La semaine s’achèvera le samedi par une manifestation en direction du port de La Pallice, à La Rochelle. Kayaks, paddles et autres bateaux gonflables sont appelés à bloquer le terminal agro-industriel. C’est la nouvelle cible des antibassines : les grosses coopératives comme Limagrain, Sica-Atlantique, Invivo-Soufflet ou Terrena, qui profitent des mégabassines pour faire fructifier leur juteux business d’import-export de produits céréaliers, pesticides et engrais chimiques.