Motion de censure : « Le NFP doit obtenir la responsabilité de gouverner »
Le Premier ministre Michel Barnier à l'Assemblée nationale, le 3 décembre 2024. - © Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Le Premier ministre Michel Barnier à l'Assemblée nationale, le 3 décembre 2024. - © Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Durée de lecture : 5 minutes
Le gouvernement Barnier a été renversé par le vote d’une motion de censure. À l’Assemblée, le groupe Écologiste et Social se présente déjà comme une alternative, avec « onze mesures prioritaires », détaille le député Charles Fournier.
Michel Barnier et ses ministres sont tombés. 331 députés ont voté mercredi 4 décembre en faveur de la motion de censure déposée par le Nouveau Front populaire contre le gouvernement. Quelques heures plus tôt, les 38 députés du groupe Écologiste et Social — membres du Nouveau Front populaire — ont présenté une « feuille de route pour gouverner », composée d’un « socle de onze mesures prioritaires ».
Depuis l’Assemblée nationale, Charles Fournier, député d’Indre-et-Loire (1re circonscription) et membre de ce groupe, explique à Reporterre les raisons pour lesquelles il défend cette alternative politique axée sur la transition écologique, la justice sociale et un renouvellement démocratique.
Reporterre — Pourquoi avez-vous décidé de porter et de voter une motion de censure contre le gouvernement de Michel Barnier ?
Charles Fournier — Nous avons trois raisons principales. D’abord, le Premier ministre avait promis un changement de méthode, mais les copies budgétaires ont été élaborées sans réelle concertation avec la gauche, réduite à la marge. Ensuite, le budget proposé est une attaque directe contre les services publics et les droits sociaux, tout en ignorant les priorités écologiques essentielles à la bifurcation tant attendue. Enfin, Michel Barnier a choisi de négocier ouvertement avec le Rassemblement national (RN), de lui faire la courte échelle, ce qui est profondément inquiétant pour notre démocratie.
Que répondez-vous aux critiques sur le fait que la motion du Nouveau Front populaire soit soutenue par l’extrême droite ?
Nous ne recherchons pas les voix du Rassemblement national, ni ne négocions avec lui. S’ils soutiennent la motion, c’est pour des raisons qui leur sont propres, et qui n’ont rien à voir avec nos motivations. Notre objectif est clair : porter une alternative politique crédible et cohérente. Nous ne transigeons pas sur nos valeurs. Après, chacun fait ce qu’il veut de ses votes.
Certains accusent les députés soutenant la motion de censure d’irresponsabilité, évoquant des risques économiques et financiers que ferait peser la chute du gouvernement. Qu’en pensez-vous ?
Ce discours alarmiste vise à faire peur. Nous disons aux Français qu’une autre voie est possible. Les constitutionnalistes confirment d’ailleurs qu’il existe des solutions viables pour éviter tout chaos à court terme. Par exemple, appliquer le budget 2024 en prorogation serait moins néfaste que d’appliquer celui actuellement proposé.
« Nous voulons une VIe République, où le présidentialisme ne serait plus au centre »
Nous vivons une situation inédite, qui n’est pas catastrophique, et pensons que le Nouveau Front populaire, arrivé en tête des élections législatives de juillet dernier, doit désormais se voir confier la responsabilité de gouverner. À charge pour nous d’être capables de trouver des majorités parlementaires, et c’est ce que nous faisons en mettant dans le débat nos onze propositions prioritaires. Nous souhaitons, à travers elles, incarner une véritable alternative, montrer que nous sommes prêts à gouverner.
Quelles sont vos priorités pour ce programme de gouvernement ?
Je peux en citer quatre majeures. D’abord, abroger la réforme des retraites et travailler à une réforme alternative concertée. Ensuite, si nous voulons réussir, il faudra générer de nouvelles recettes en taxant davantage les grandes entreprises et les plus riches, au lieu de toujours demander des sacrifices aux mêmes. Nous voulons aussi, face à l’effondrement industriel qui est à l’œuvre, stopper les licenciements boursiers et engager un Grenelle pour la réindustrialisation, en planifiant une transition industrielle se souciant de notre avenir et de la planète. Enfin, nous proposons une gouvernance démocratique et participative, qui inclut pleinement les corps intermédiaires, les collectivités locales et les citoyens.
Lors de la conférence de presse de présentation de ces priorités, vous évoquiez une méthode de gouvernance différente. Quelle est-elle ?
Nous voulons gouverner sans recours au 49.3, en construisant des majorités parlementaires autour de projets concrets. Cela peut paraître anodin, mais ce serait un changement extrêmement profond. Cela implique de discuter avec tous les partenaires du Nouveau Front populaire, mais également avec des députés d’autres horizons prêts à travailler sur nos propositions. Nous verrons s’ils sont prêts à avancer à partir de ce que nous mettons sur la table. Il ne s’agit pas de perdre notre identité, nos convictions, mais d’avancer, d’imaginer une culture politique qui évolue.
Ces propositions émanent uniquement du groupe Écologiste et Social. Le Nouveau Front populaire peut-il réellement se reconstruire après les tensions récentes ?
Je le crois, en tout cas, j’en suis un ardent défenseur. Le Nouveau Front populaire existe toujours, et sa force réside dans sa capacité à se concentrer sur le fond, sur les propositions concrètes. Nous, Écologistes, avons été le trait d’union pendant les législatives et continuons à l’être en mettant nos priorités sur la table. Pour moi, éviter les querelles de personnes, toute forme de prise de pouvoir quelle qu’elle soit, est essentiel : c’est le contenu qui doit guider nos coalitions, être le ciment de nos accords.
Qu’attendez-vous d’Emmanuel Macron ? La France insoumise (LFI), de son côté, demande sa démission...
Nous défendons une VIe République où le présidentialisme n’est plus au centre. Emmanuel Macron, président ou pas, ce n’est pas l’essentiel, mais sa façon de gouverner de manière verticale et autoritaire. Il doit ouvrir la voie à une gouvernance parlementaire, et confier au Nouveau Front populaire le soin de former un gouvernement. Il serait absolument catastrophique qu’il campe sur ses positions. Sans cela, il risque de continuer à perdre la confiance des Français et ils seront de plus en plus nombreux à vouloir, effectivement, sa démission. Nous sommes prêts à avancer texte par texte, à discuter.
Il est primordial, aussi, de redonner leur place aux corps intermédiaires : syndicats, associations, collectivités territoriales, méprisés pendant sept ans. Gouverner autrement, c’est s’appuyer sur eux et intégrer leurs contributions à la décision publique. Nous avons besoin d’une démocratie plus participative et délibérative, d’une démocratie permanente, pour relever les défis colossaux de notre époque.