Naturaliste agressée : « Les personnes comme toi méritent d’être égorgées »
- © Juan Mendez / Reporterre
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Une jeune technicienne naturaliste a été agressée par un agriculteur, ancien patron de la FNSEA de Loire-Atlantique. Un nouvel incident dans la guerre de l’agro-industrie contre les acteurs de l’environnement.
C’est un épisode de plus dans le face-à-face délétère installé par des agriculteurs face aux professionnels de l’environnement, régulièrement insultés et menacés sur fond de contestation des normes écologiques. Le 4 février, à Missillac (Loire-Atlantique), une jeune technicienne naturaliste venue faire des relevés sur une parcelle agricole dans le cadre d’un inventaire des zones humides a été agressée verbalement et menacée de mort par le chef d’exploitation, Alain Bernier, ancien président de la chambre d’agriculture et de la FNSEA 44, accompagné de son fils, révèle Médiacités.
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L’agriculteur — bien connu dans la région depuis qu’il a organisé un lâcher de ragondins dans les rues de Nantes — accusait la technicienne d’effectuer des prélèvements sur une zone exclue de l’inventaire qu’elle réalisait. Une information exacte, mais que la jeune femme n’avait pas reçue, rapporte Médiacités. Cette dernière et le bureau d’études pour lequel elle travaille ont immédiatement déposé plainte. Après trois mois de silence, elle a accepté de parler à Reporterre, de façon anonyme.
Reporterre — Alain Bernier, l’agriculteur mis en cause dans votre plainte, évoque un simple échange « courtois mais tendu ». Comment se sont déroulés les faits ?
J’étais garée sur le bord d’une parcelle le temps de faire trois ou quatre sondages et quelques photographies techniques. En sortant, je retourne à mon véhicule, je fais demi-tour et, à ce moment-là, je vois deux tracteurs avec deux hommes qui m’attendent au bout du chemin, les bras croisés. Je m’apprête à sortir de ma voiture, mais ils ouvrent violemment la porte, je suis encore attachée. L’agriculteur m’interpelle vivement, il arrache mon bonnet de ma tête, me tutoie et me demande ce que je fais là, me prend mon stylo et commence à hachurer toutes les parcelles sur ma carte.
Il vous reproche d’avoir effectué ces prélèvements sur sa parcelle alors qu’elle était exclue de l’inventaire. Qu’en était-il ?
Sur mon carnet de terrain, toutes les parcelles hachurées sont celles dont les agriculteurs ont refusé l’inventaire. Or, celle-ci n’était pas hachurée, je n’ai pas eu l’information. J’essaye donc de leur expliquer, je leur fais part de ma bonne foi, mais rapidement, je m’aperçois qu’il n’y a rien à en tirer. Ils me disent que je suis entrée en toute connaissance de cause, à aucun moment ils ne m’écoutent.
« Il a dit que les personnes comme moi méritaient d’être égorgées »
Quand je leur suggère d’appeler mon employeur, ils refusent en me disant que c’est moi qu’ils ciblent. Et quand je leur propose de supprimer tout ce qui concerne la parcelle, cela ne leur suffit pas. Il [Alain Bernier] me dit aussi qu’il est sûr que je ne mange pas de viande, je ne me souviens pas de tout dans le détail, mais il mélange alors beaucoup de choses. Ce sont des phrases qui s’enchaînent et qui n’ont pas forcément de lien entre elles.
Alain Bernier vous accuse d’être une militante.
Non. Moi, je fais juste mon métier.
Sur le procès-verbal de votre plainte, il est question de menaces de mort. Que vous a-t-il dit ?
Il a dit que les personnes comme moi méritaient d’être égorgées. Je pense que cela comprenait tous les agents qui travaillent dans le milieu de l’environnement. Il m’a traitée d’écolo, avec beaucoup de préjugés, m’a dit que si je faisais ce métier c’est parce que mes parents devaient être profs, ce genre de choses. Je n’ai pas bien compris le lien.
Votre employeur a également déposé plainte, notamment pour vol de matériel.
En fait, ce jour-là, les deux agriculteurs me demandent de supprimer toutes les preuves de mon passage sur leur parcelle et ils croient que j’ai récolté des échantillons de terre dans ma voiture. Ils commencent donc par vider toutes les photos de mon appareil. Cela représente deux jours de travail, que l’on réussira finalement à récupérer.
« Ce déferlement de violence et d’agressivité me faisait trembler et ils semblaient s’en réjouir »
Ils se mettent ensuite à fouiller partout dans ma voiture, le plus âgé me crie dessus sans discontinuer et son fils ouvre et ferme brutalement les portières, fouille partout dans mes affaires personnelles à la recherche d’échantillons ou d’indices. À un moment, il prend ma tarière [outil permettant de percer le sol] et menace de frapper ma voiture avec. Et ils finissent par me prendre mon matériel, l’appareil photo et la tarière.
Combien de temps a duré cet échange tendu ?
Une quinzaine de minutes. Ce déferlement de violence et d’agressivité me faisait trembler et ils semblaient se réjouir de cette situation. Ils me disaient « Tremble, ça va te faire une bonne leçon ».
Avez-vous élevé la voix ?
En fait, comme ils ne m’écoutaient pas, j’ai vite compris que cela ne servait à rien d’essayer de parler. Je voulais vite que cela s’arrête, donc je les ai laissés s’énerver, et à la fin, ils sont partis.
Avez-vous été mise en arrêt de travail après cet épisode, comme le prétend Alain Bernier ?
Non. En revanche, je ne suis plus retournée sur ce secteur. J’ai aussi peut-être un peu plus d’appréhension qu’avant quand je vais sur le terrain.