Niger : à Arlit, l’insécurité grandissait depuis plusieurs mois

Durée de lecture : 5 minutes

23 septembre 2010 / Aghir In Man

EXCLUSIF : Une lettre d’Almoustapha Alhacen, président d’Aghir In Man, décrit l’atmosphère tendue qui régnait à Arlit depuis quelques temps. En mai, un agent d’Areva avait été tué par balles.


Lettre à :

Le Directeur général d’AREVA NC- Niger

Objet : La sécurité dans les zones d’exploitation minière d’Arlit.

Monsieur le Directeur Général,

Le jeudi 16 septembre 2010, cinq employés d’Areva et sous-traitants ont été kidnappé à leur domicile dans la cité Somaïr. Cet acte criminel perpétré sur des ressortissants étrangers sur le sol nigérien, est ressenti par l’ensemble de la population comme un poignard dans le dos de la nation.
Nous exprimons à cette triste et malheureuse occasion, notre compassion et solidarité aux familles des victimes, nos vœux de bon rétablissement à tous ceux qui ont été brutalisés et tous les encouragements aux forces de défenses et de sécurité nigériennes qui sont à la poursuite des malfrats.

Monsieur le Directeur général, les questions de sécurité ne sont généralement pas dans nos habitudes d’intervention, mais notre ressentiment comme nous l’avons dit plus haut, nous oblige à nous exprimer après avoir consulté et écouté les organisations de la société civile nigériennes.
Comme vous le savez, le 11 mai 2010, un agent d’Areva a été tué par balles sur son lieu de travail pendant que d’autres sous traitants et agents de sécurité ont été blessés. Cette agression mortelle s’est aussi soldée par un vol de véhicule. Depuis donc, la zone d’exploitation est sujette à des vols, des rançonnage des passagers et autres actes à l’intérieur de la cité minière.

Il ya environ trois mois, à l’initiative du Préfet s’est tenu un forum sur la paix et la sécurité dans le département d’Arlit, nous devons constater hélas aussi que le résultat de cette initiative noble, a été laissé dans les bras de son promoteur parce que sa mise en œuvre nécessite un changement de mentalité et moins de cupidité.

Aussi comme tous les acteurs de la vie d’Arlit, nous avons été destinataires d’une lettre du Préfet d’Arlit daté du 1er septembre 2010, informant qu’une colonne de véhicules avec des hommes armés rodait dans les environs, attirant l’attention des uns et des autres sur la possibilité d’actes crapuleux dans la zone, nommant implicitement les fondamentalistes. Hélas la mauvaise foi intellectuelle a prévalu partout et surtout chez ceux qui ont les moyens et aucune disposition n’a été envisagée.

Nous sommes scandalisés de voir que durant toute cette période, le système de sécurité s’est limité à sortir des notes de procédure pour circuler avec les véhicules d’Areva et à designer quelques chefs habilités à signer des laissez-passer pour véhicule, comme si le malfaiteur connaissait la signature des chefs.

Nous avons aussi constaté que vos services de sécurité ont désigné une zone dite sécurisée qui comprend notamment les cités minières, excluant une partie de la ville d’Arlit et ignorant totalement les zones extérieures de la ville.
On a aussi noté que les actes de vol et brigandage sont plus fréquents dans les cités minières dite zone sécurisée durant cette période.

Avec le rapt crapuleux du jeudi 16 septembre 2010, l’évacuation des ressortissants étrangers d’Arlit, nous nous interrogeons sur la sécurité des autres travailleurs et estimons qu’un changement de mentalité et des stratégies de sécurité est nécessaire et qu’il n’y a pas de prix pour la sécurité.
Désormais nous devons considérer que le moindre acte de braquage de route, ou de dépouillement des passagers quelque soit la distance où il a lieu dans cette zone nous concerne et devons agir conséquemment pour retrouver et punir les auteurs. C’est dire que la sécurité des cités minières dépend de la sécurité dans le département d’Arlit sinon de la région d’Agadez.

C’est pourquoi nous estimons que les mesures suivantes doivent être prises sans tergiversation :
- augmentation du nombre des vigiles dans les cités minières avec pour obligation des sociétés des vigiles de répondre par rapport à chaque acte suspect de vol, brigandage.
- Se mettre en rapport avec les forces de défense et de sécurité nigériennes en vue de dégager les moyens humains, matériels et financiers à la hauteur de la lutte qui doit être menée contre un ennemi motivé par l’endoctrinement qui nous a délocalisé cette guerre.
- Nous engager résolument dans des actions des développement durable comme alternative d’accompagnement pour faire face à cet ennemi.
- Organiser les actions de contrôle des travailleurs à la montée et descente du travail en évitant les tracasseries inutiles qui sapent de leur moral tout en les sensibilisant sur la prise en charge collective de la sécurité dans ce domaine.

Monsieur le Directeur général, outre ces mesures, toutes les sociétés sous-traitantes d’Areva, doivent impérativement reprendre leurs activités notamment la SATOM, car dans cette affaire, des milliers des Nigériens sont en proie au chômage, fléau dont peut se nourrir l’insécurité et le terrorisme, aucun découragement ne doit être accepté car c’est dans le moment difficile que l’on reconnait les vrais amis, diront les Nigériens.

Dans l’espoir d’avoir apporté notre contribution à travers nos avis et suggestions pour surmonter cette épreuve, veuillez recevoir l’expression de nos salutations distinguées.

Signé : Le Président de la coordination, Almoustapha Alhacen



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Source : Courriel à Reporterre

L’auteur : Almoustapha Alhacen est président de l’association Aghir In Man, basée à Arlit, au Niger.

Contact : http://www.cooperation.net/aghirinman

Lire aussi : La malédiction d’Arlit http://www.reporterre.net/spip.php?...

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