On peut stopper les projets inutiles : la station de ski d’Elancourt, près de Paris, est abandonnée

6 novembre 2014 / Flora Chauveau (Reporterre)



Le maire d’Elancourt (Yvelines) a annoncé le gel du projet de station de ski sous dôme à une trentaine de kilomètres de Paris. La cause : le manque de financement. Installée sur une friche végétale, le projet aurait consommé beaucoup d’énergie. Une alternative existe : soigner la forêt naturelle en croissance sur le site.

Le maire UMP d’Elancourt (Yvelines), Jean-Michel Fourgous, a annoncé le 5 novembre le "gel" du projet de skidôme. Reporterre avait fait connaitre en juillet ce projet d’une station de ski près de Paris. C’est le manque de financement qui explique la décision : « Nous ne pouvons pas, dans ces temps d’insincérité [sic] budgétaire du gouvernement, prendre le risque d’investir cinq millions d’euros, indique M. Fourgous, selon le site TLN. La communauté de communes doit déjà trouver cinq à sept millions d’euros d’économie pour compenser le désengagement de l’Etat des collectivités territoriales ».


- Jean-Michel Fourgous -

Nous republions notre reportage sur ce projet.


- Elancourt (Yvelines), reportage - Publié le 24 juillet 2014

L’ambiance est survoltée, ce jeudi 3 juillet 2014, dans la petite salle de la mairie d’Elancourt, une des sept communes de Saint-Quentin-en-Yvelines. La salle est comble, nombreux sont ceux qui n’ont pas pu s’asseoir sur les chaises installées pour l’occasion. La chaleur de l’été a chauffé les murs et pourtant, c’est de neige dont on parle.

Il s’agit de la première réunion de concertation publique sur le projet d’aménagement de la colline d’Elancourt, anciennement appelée colline de Revanche, point culminant d’Île-de-France (230 mètres). Elle pourrait accueillir, dans les prochaines années, une station de ski sous dôme de 22 000 mètres carrés, avec hôtels, magasins, bars et restaurants.

Bernard Desbans, adjoint à l’urbanisme, présente devant l’auditoire le projet de ski dôme. Plus exactement, il présente la manière dont la communauté d’agglomération pourrait réaménager la colline, autour du ski dôme : parcours de santé pour la famille, vue à 360 degrés au sommet, activités de loisir, etc.


- Jean Lambret, président d’Ensemble pour Elancourt, intervient. -

Le maire à ses concitoyens : Mais enfin, "essayez d’être constructifs"...

La salle proteste : « Vous ne nous dites rien de précis ! » L’élu tente, tant bien que mal, de faire taire les voix contestatrices qui se font de plus en plus fortes : « Vous m’avez mal compris, je n’ai pas assez d’informations techniques sur le ski dôme pour vous répondre ! »

Pendant qu’une technicienne de la Communauté d’agglomération de Saint-Quentin (Casquy) énumère les caractéristiques de la colline – un espace boisé protégé, des espèces florales invasives, des espèces animales protégées, des traces de pollution – le maire d’Elancourt arrive.

Jean-Michel Fourgous est premier magistrat de la ville depuis 1996, vice-président de la communauté d’agglomération et député des Yvelines jusqu’en 2012. Les interventions des opposants ne le déstabilisent pas le moins du monde. Yeux bleus, sourire en coin, il fait penser à un présentateur télé : « De vous à moi, on se connait bien. Je vous trouve un peu dur, essayez d’être constructifs. Il faut bien en faire quelque chose, de cette colline ! »


- Le maire d’Elancourt, Jean Michel Fourgous, répond aux questions. -

300 000 skieurs par an

La colline en question, c’est la partie centrale d’une zone d’une soixantaine d’hectares, dont une grande partie est boisée, le reste en friche. Elle appartient à la communauté d’agglomération de Saint-Quentin. Il y a quelques années, son entrée principale a été fermée – probablement pour empêcher les gens du voyage de s’y installer – mais elle est accessible par des entrées secondaires.

Elle est parcourue de chemins piétons et VTT mais est plutôt investie par les lapins et toutes sortes d’oiseaux. Ça et là, on remarque des restes de béton armé, car la colline est complètement artificielle : elle est le résultat de l’amoncellement des déblais issus de la construction, dans les années soixante-dix, de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines.


- Déblais sur la colline d’Elancourt. -

C’est cette colline que la société hollandaise Snowworld a choisie pour implanter sa troisième structure de ski en intérieur. Le 24 septembre dernier, elle présentait son projet au Codesqy. L’ambition : créer un dôme skiable occupant quinze des cinquante-deux hectares de la colline. A l’intérieur, plusieurs pistes de ski (pour le débutants, les confirmés, etc.) sur une longueur de 320 mètres, un télésiège et une école de ski.

Au pied des pistes, un bâtiment comprenant un hôtel trois étoiles de cent chambres, un magasin spécialisé dans les articles de sport d’hiver, un service de location de matériel, des bars accessibles depuis les pistes, une salle de fitness, un spa et un centre de conférence.

A l’extérieur, un parc de loisir – tyrolienne, luge sur rail, parcours de promenade, etc. – et un grand parking. Le site serait ouvert toute l’année et accueillerait 300 000 visiteurs par an, le même nombre que dans l’un des deux autres ski dômes gérés par Snowworld, Landgraaf, ouvert en 2001 aux Pays-Bas.

Deux cents emplois – dont cent saisonniers - seraient créés dans la structure et deux cents autres chez les sous-traitants. Le prix à la journée, location du matériel compris, s’élèverait à cinquante-trois euros.


- La station de Zoetermeer aux Pays-Bas. -

« Trente ans qu’on en entend parler »

Le projet d’aménagement de la colline n’est pas nouveau. « Cela fait trente ans qu’on en entend parler » déclare Olivier Pareja, conseiller municipal EELV de Guyancourt (qui fait partie de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin). Selon plusieurs sources, Robert Cadalbert, ancien président socialiste de la communauté d’agglomération (1996-2014) serait à l’origine de l’idée du ski dôme. Mais, faute d’investisseur, rien n’a été entrepris.

Jusqu’à l’arrivée de la société Snowworld, il y a quelques années. La suite est floue : luttes internes au parti socialiste local, désaccords entre le maire d’Elancourt, à droite, et la communauté d’agglomération, à gauche… Lors des dernières élections municipales de mai 2014, celle-ci a basculé à droite. Et a repris le dossier.

L’aménagement de la colline a toujours été sujet à controverses. Le projet de ski dôme ne plait pas à tout le monde. A l’issue de la réunion publique du 3 juillet, les opposants se sont réunis dans un collectif, les Amis de la Revanche. Une pétition, en ligne depuis avril 2013, a recueilli plus de mille signatures. Jean Lambret, président de l’association Ensemble pour Elancourt, en est à l’origine.

Contribuer au changement climatique

« Ce projet va contribuer au réchauffement climatique, alors qu’il n’y a déjà plus de neige à la montagne ! » s’exclame-t-il. Olivier Pareja, lui, déclare : « Maintenir un hangar à moins deux degrés toute l’année, c’est du gaspillage d’énergie. Le développement économique ne peut pas justifier n’importe quel projet. »

Michel Besseau, conseiller municipal PS et opposé au maire, soulève plusieurs problèmes : « L’accès n’est pas garanti à tous, vu le prix. La colline est polluée, nous demandons un diagnostic par un organisme indépendant. Et il va y avoir une grande fréquentation, il va forcément falloir aménager les routes. »


- Fleurs sur le sommet de la colline. -

« C’est jeter l’argent par les fenêtres ! »

De son côté, Jean-Michel Fourgous, maire d’Elancourt, explique à Reporterre : « Nous voulons enfin valoriser cette colline, qui est laissée à l’abandon : mettre en avant la randonnée pédestre et permettre l’installation d’activités sportives qui complètent l’offre. » La communauté d’agglomérations accueille déjà un vélodrome, piste de BMX (vélo cross), une base de loisir avec voile, golf et accrobranche.

Pourtant, sur place, les quelques habitants interrogés ne sont pas très enthousiastes. « De toute façon, ce sera trop cher pour nous, une famille d’ouvriers », déclare Monique, habitante d’Elancourt, qui se promène avec ses trois petits enfants, cet après-midi de vacances. « C’est jeter l’argent par les fenêtres ! », s’exclame Thaïs, originaire des lieux. « Ils feraient mieux de refaire le Village » (le cœur historique de la ville).

La société Snowworld investirait cinquante-cinq millions d’euros dans ce projet (ski dôme, hôtel, parking, etc.). Elle louerait le terrain à la communauté d’agglomération, qui en est propriétaire. La Sodearif (Société d’étude, d’aménagement et réalisations immobilières et foncières), filiale de Bouygues Bâtiment Île-de-France, serait le promoteur.

La communauté d’agglomération, elle, financerait pour « quelques millions d’euros » - selon le maire d’Elancourt – l’aménagement du reste de la colline. Un flou qui inquiète les opposants. « On va forcément devoir payer », a-t-on pu entendre à la réunion publique du 3 juillet.

Un projet pas vraiment vert

La consommation en énergie du ski dôme s’élèverait à près de cinq millions de kilowatt-heures par an, soit un peu moins que la consommation annuelle de deux piscines (piscine de référence EDF). « Pourtant, l’agglomération a adopté un Plan climat » dénonce Olivier Pareja, en référence à la démarche qui vise notamment à maîtriser les consommations d’énergie.

Néanmoins, le projet a été doté d’un volet développement durable, qui comprend, entre autres : constructions en bois, toits végétalisés, nombreux arbres sur le parking, accessibilité en transports en commun, etc.

Le projet pourrait bien voir le jour à l’hiver 2017, selon le maire d’Elancourt. D’ici là, les opposants comptent mobiliser leurs troupes. Pour le moment, la communauté d’agglomération s’emploie à modifier le plan local d’urbanisme (PLU) qui empêche, sur la colline, de construire des infrastructures de plus de 8 000 mètres carrés (surface hors œuvre nette). Une seconde réunion publique, probablement plus axée sur le ski dôme, aura lieu à Elancourt en septembre.


LA FRÉNÉSIE DU SKI EN INTÉRIEUR

La France compte pour le moment un seul ski dôme à Amnéville, en Moselle. Plusieurs se sont implantés en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique, etc. Plus étonnant encore, les pistes de ski implantées dans des pays chauds comme l’Espagne et… Dubaï.

Cette dernière a ouverte en 2005, dans un grand centre commercial, dans cette ville des Emirats arabes unis où la température hivernale la plus basse est 12 °C et peut atteindre, en plein été, les 45 °C.




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Lire aussi : Dossier GPII : Grands projets inutiles imposés

Source et photos à Elancourt : Flora Chauveau pour Reporterre

. Chapo : en Allemagne, à Neusse : Wikipedia
. Maire d’Elancourt : TV Fil 78
. Ski-dôme de Zoetermeer aux Pays-Bas : Snowworld

DOSSIER    Grands projets inutiles

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