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ReportageCOP29

En images : on vous embarque dans les coulisses de la COP29

La COP29 à Bakou en Azerbaïdjan.

Voilà dix jours que Reporterre est à Bakou, en Azerbaïdjan, pour couvrir la COP29. On vous propose une visite des coulisses de ce sommet international pour le climat.

Bakou (Azerbaïdjan), reportage

Messes basses diplomatiques, dénonciation des lobbyistes fossiles, témoignages de Palestiniens ou portrait d’élue autochtone… Voilà bientôt dix jours que Reporterre sillonne les allées de la COP29, en Azerbaïdjan. Mais peut-être vous est-il difficile de vous imaginer à quoi ressemble un tel raout international. On vous embarque pour une visite des coulisses du sommet.

La salle médias. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Ici, commence, pour moi, chaque journée. Un open space vertigineux, où déambulent dès l’aurore les journalistes lève-tôt. Celui-ci, affecté à la presse écrite, dégage la même ébullition que celle des grandes rédactions étasuniennes. À ceci près que toutes les langues y sont parlées. Quelque 3 574 confrères et consœurs figurent dans les registres des accréditations. Les envoyés spéciaux des plus grands médias et agences, que sont l’AFP, la BBC ou encore Reuters, disposent, eux, de box privatifs.

Amy Goodman, animatrice phare de l’émission étasunienne «  Democracy Now  !  ». © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Une vingtaine de plateaux TV éphémères ont aussi été installés aux abords du Media Center. Un brin de poudre aux joues, un ultime réglage millimétré des projecteurs… Et voilà Amy Goodman fin prête pour le direct. L’animatrice phare de l’émission étasunienne « Democracy Now ! » a délocalisé son studio new-yorkais en Azerbaïdjan, le temps de la COP29.

L’antre dans laquelle se déroulent les négociations est une sorte de Parc des expositions interminable. Les halls se succèdent, toujours plus grands les uns que les autres. Y défilent par dizaines de milliers des lobbyistes, des journalistes, des diplomates… ainsi que de drôles de personnages.

Philip McMaster, alias Sustaina Claus, le «  Père Noël durable  ». © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Comme Philip McMaster, alias Sustaina Claus, le « Père Noël durable ». Ancien professeur de marketing, le barbu s’est mué en activiste chevronné « des droits civiques » au lendemain de la COP21, à Paris, en 2015. Un homme visiblement pétri de contradictions : il vante son ascension de L’Everest tout comme la beauté de l’Azerbaïdjan, dont il porte avec fierté les couleurs sur un pin’s. Regrettant l’absence de nombreux chefs d’État européens, il ajoute qu’à ses yeux, « les COP ne devraient pas être une affaire de politiques ».

L’emplacement de l’Arabie Saoudite demeure le plus scotchant, avec sa panoplie d’écrans lumineux à mille lieux de la sobriété. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Accrochez-vous, le pavillon des délégations est un sacré numéro. Soyons honnêtes : la promesse d’un café gratuit au comptoir allemand a été le premier motif de ma venue. Trop tard, à en croire l’affichette m’accueillant : « Fermé : désolé pour votre manque de caféine. »

Ici, chaque nation s’enorgueille de son leadership en matière de climat. Du moins, chacun à sa manière. Côté russe, le géant des hydrocarbures, Gazprom, met en vente un livre de coloriage pour les enfants, détaillant comment sauver la planète. Autre ambiance une trentaine de mètres plus loin, où le pavillon ukrainien affiche en grandes majuscules blanches sur fond noir : « 1000 jours de guerre. » L’emplacement de l’Arabie Saoudite demeure le plus scotchant, avec sa panoplie d’écrans lumineux à mille lieux de la sobriété.

La fresque lumineuse des Israéliens, illustrant une Terre «  du désert à l’oasis  », apparaît comme un terrifiant écho aux massacres commis par le régime de Benyamin Netanyahou en Palestine. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Hormis les absurdités écologiques — des climatiseurs fixés en alternance sur 16 et 23°C par exemple — le pavillon des délégations est aussi une triste peinture de la géopolitique internationale. La fresque lumineuse des Israéliens, illustrant une Terre « du désert à l’oasis », apparaît comme un terrifiant écho aux massacres commis par le régime de Benyamin Netanyahou en Palestine. Dans l’allée voisine, une grande banderole arbore le portrait froid de « son Excellence le Général d’Armée, Assimi Goïta », auteur d’un putsch au Mali en mai 2021. Les Iraniens ont, eux, déserté leur espace. Une femme au tailleur ceintré y vend désormais des produits de luxe.

Pourquoi n’y a-t-il jamais la queue aux stands de restauration ? À vrai dire, même sur la question du casse-croûte, la COP29 n’a pas échappé aux critiques. L’encre de Damian Carrington, journaliste au Guardian, a coulé au sujet « des prix scandaleux ». Dix dollars pour un café Americano (9,5 euros), cinq pour une modeste barre chocolatée. Difficile d’y échapper, à moins de perdre 1h30 dans un aller-retour en ville. Rassurons toutefois les milliardaires : une bouteille de vin rouge à 1 940 dollars (1840 euros) est en vente au bar.

Manger végétarien ou végane à la COP : une mission presqu’impossible. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Et si vous êtes végétarien ou végane, merci pour la planète mais tant pis pour vous. Le 14 novembre, face à l’afflux de critiques, le comité organisateur a écrit un courriel à l’ensemble des participants pour assurer que maintes options non carnées existaient. Faux. Elles ont été ajoutées en catimini, petit à petit, au menu originel.

Le stade olympique de Bakou, construit il y a dix ans. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Où diable sont les bureaux des diplomates ? J’ai mis quatre jours à comprendre qu’il suffisait de pousser une petite porte anonyme, presque dérobée. Avant de grimper les escaliers des gradins du stade olympique de Bakou, construit dix ans plus tôt. D’olympique, il n’a que le nom. Jamais la flamme, ni les Jeux, n’ont atterri ici.

En 2019, le terrain a toutefois accueilli une finale de Ligue Europa. Le Chelsea de l’attaquant français, Olivier Giroud, avait botté les fesses aux Guners d’Arsenal, dans un derby londonien délocalisé. Le reste du temps, le gazon accueille l’équipe masculine de football de l’Azerbaïdjan… que la Suède vient d’étriller d’un modeste 6 buts à 0, en Ligue des nations, le 19 novembre.

Les diplomates internationaux travaillent «  d’arrache-pied  », dit l’un d’eux. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Dans l’ombre des habituelles loges sportives, les diplomates travaillent « d’arrache-pied » : « La preuve, s’amuse un diplomate français. Regardez mes pieds, je suis en basket. Je cours toute la journée. » Il s’agirait de courir plus vite. À moins de trois jours de la clôture de la COP29, les négociations sont toujours au point mort. L’espoir d’un élan politique insufflé par le G20, tenu à Rio de Janeiro ces 18 et 19 novembre, ne s’est pas concrétisé. Alors les petites mains de la diplomatie — ici celle de l’Allemagne — s’activent autant que possible.

Le privilège des diplomates  ? Leur accès direct à la terrasse du stade olympique. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Quel est le privilège des diplomates ? À coup sûr, leur accès direct à la terrasse du stade olympique. Pour cramer une cigarette ou simplement inspirer une grande bouffée d’oxygène. À ceci près que flotte ici une forte odeur d’huile. Les effluves, dit-on, des torchères des raffineries encerclant la capitale, en mer Caspienne. À Bakou, même la skyline est une ode aux hydrocarbures. Les Flame Towers, en forme de flamme, étant un clin d’œil à l’héritage pétrogazier de la métropole.

La maquette géante de la Baku White City, un quartier côtier en cours de luxueuse métamorphose. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Sortez de l’enceinte, traversez la 3x3 voies en empruntant la passerelle, et vous débarquerez dans une COP parallèle. La « Green zone » doit-elle son nom au greenwashing ambiant qu’elle abrite ? Mystère. Une chose est sûre, elle est la vitrine du business vert du pays hôte.

Les émissaires de Socar, la compagnie pétrolière à qui le président de la COP29 doit une grande partie de son CV, s’y bousculent aux côtés du cabinet de conseil McKinsey et de la compagnie Silk Way Airlines, défendant un projet « d’aéroport vert du futur ». La maquette géante de la Baku White City, un quartier côtier en cours de luxueuse métamorphose, reste l’élément le plus photogénique de cet univers désolant, parsemé des portraits du dictateur Ilham Aliyev et de son père Heydar, ancien agent du KGB et président de l’Azerbaïdjan.

La grande plénière «  Nizami  » est l’épicentre de cette COP29. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

La grande plénière « Nizami » est l’épicentre de cette COP29. L’endroit même où un bataillon de quatre-vingt-deux chefs d’État, vice-présidents et autres princes héritiers ont empoigné le micro à l’ouverture du grand raout. Elle fut aussi le théâtre des envolées lyriques de l’autocrate Ilham Aliyev, qualifiant les fossiles de « don de Dieu » et dénonçant les « crimes » du « régime d’Emmanuel Macron » en Nouvelle-Calédonie. Depuis lors, s’y déroulent d’interminables discussions sur telle virgule de tel article de tel accord. Les journalistes y sont rarement les bienvenus, à l’exception de cette session nocturne sans grand intérêt.

Samir Bejanov, négociateur en chef adjoint de la COP29. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Difficile pour Samir Bejanov d’échapper aux meutes de journalistes, micros et caméras tendus. L’Azerbaïdjanais, négociateur en chef adjoint de la COP29, doit commenter l’impasse dans laquelle s’embourbent les négociations. Dès le 16 novembre, le politicien s’alarmait : « Il reste beaucoup, beaucoup à faire. » Et force est de constater le statu quo. À moins de trois jours du clap de fin, le projet d’accord reste truffé d’options sans queue ni tête. Même le montant de l’enveloppe destinée à aider les pays les plus vulnérables à entamer leur transition demeure inconnu. Tic-tac, tic-tac.

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