Palestine : « La COP29 doit agir »
Manifestation à la COP29, en Azerbaïdjan, le 14 novembre 2024 par des défenseurs de la cause palestinienne. - UN Climate Change / CC BY-NC-SA 2.0 / Anar Bayramli
Manifestation à la COP29, en Azerbaïdjan, le 14 novembre 2024 par des défenseurs de la cause palestinienne. - UN Climate Change / CC BY-NC-SA 2.0 / Anar Bayramli
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Quelques dizaines de défenseurs de la cause palestinienne ont manifesté à la COP29, à Bakou en Azerbaïdjan. « Les pays riches ferment les yeux sur cette crise comme ils refusent de les ouvrir devant la crise climatique », dit l’un d’eux.
Bakou (Azerbaïdjan), reportage
« Cessez-le-feu maintenant. » Un cri, un autre et encore un. Le 14 novembre, un vent de révolte a percuté les murs polis et aseptisés d’une aile passante de la « blue zone » de la COP29, en Azerbaïdjan. Brisant l’écho feutré d’interminables négociations, quelques dizaines d’activistes ont dénoncé les massacres en cours perpétrés par l’armée israélienne en Palestine.
Un élan de colère chronométré et scruté par une gardienne des Nations unies, à la chemise azur boutonnée jusqu’au col ornée d’un écusson métallique à l’allure d’étoile de shérif.
Slogans, pancartes, manifestations... Les autorités locales n’ont pas leur mot à dire. Seules priment les lois de l’ONU, mais celles-ci sont strictes : interdiction formelle de nommer des pays, des chefs d’État ou dictateurs, ni même de citer des entreprises.
Les drapeaux, eux aussi, ne peuvent flotter dans l’air. Un an plus tôt, dans les allées de la COP28 à Dubaï, les militants avaient contourné ces étranges codes de conduite à l’aide de pastèques, un fruit aux couleurs du drapeau palestinien. Cette fois-ci, le dress code est le keffieh noir et blanc, autrefois porté par l’ancien leader, Yasser Arafat. Aujourd’hui, elle est l’armure silencieuse de cette poignée de femmes et d’hommes déterminés à briser la passivité coupable de la conférence internationale.
Embargo sur les fossiles
« Ce qu’il se déroule là-bas est d’une violence inimaginable, s’émeut Akram Al Khalili, défenseur de la cause palestinienne. Et comme personne n’agit pour empêcher matériellement l’orchestration de ce génocide, il se poursuit inlassablement depuis plus d’un an. » Au 7 octobre 2024, près de 42 000 morts avaient déjà été recensés à Gaza, par les autorités de santé de l’enclave palestinienne.
Parmi eux, 33 % sont des enfants [1]. Des chiffres jugés fiables par les Nations unies. « À défaut de pouvoir écouter leurs voix, il est grand temps que la communauté internationale entende les nôtres et s’interpose immédiatement », tonne Balqees Shaheen, Palestinienne originaire de Bethléem en Cisjordanie.
Les poings brandis vers le ciel, les activistes ont accusé les forces de Benyamin Netanyahou d’assoiffer la bande de Gaza, d’y délocaliser des activités polluantes ou encore de contrôler les terres arables pour priver les Palestiniens de nourriture. « Autant d’intersections entre ce massacre et l’écologie sur lesquelles la COP29 se doit d’agir », poursuit l’activiste climatique.
Certaines entreprises climaticides sont d’ailleurs impliquées dans « la terrifiante réalité qu’affronte notre peuple », assure Akram Al Khalili à Reporterre : « Des pétroliers entiers partent de Corpus Christi, au Texas, pour ravitailler en kérosène les F-15 et les F-35 [des avions militaires] pilonnant de bombes les Palestiniens. Sans ce carburant, le génocide ne serait pas. » Comme ses camarades, il appelle à un embargo sur les fossiles : « Les négociateurs de Bakou ont ce pouvoir-là. »
Une COP au carrefour des guerres
D’après le décompte de Reporterre, Israël a envoyé dans la capitale azerbaïdjanaise une délégation de 302 personnes. Celle de la Palestine en compte seulement 26. Une bataille inégale qui rend une observatrice, hissée sur ses orteils pour mieux percevoir les banderoles, pessimiste : « Les pays riches ferment les yeux sur cette crise humanitaire historique, comme ils refusent de les ouvrir devant la crise climatique. Tant que le Sud global en est la victime principale, j’ai peu d’espoir d’un véritable sursaut. »
Au carrefour de la guerre bouleversant le Proche-Orient et de celle dans laquelle s’enlise l’Ukraine depuis bientôt trois ans, le pays hôte de la COP29 ne pouvait échapper aux appels à cessez-le-feu et aux accusations de crimes de guerre. Il a toutefois réduit au silence une autre question de droits humains, que personne n’évoquera dans les couloirs du stade olympique : celle de l’invasion du Haut-Karabagh par l’armée du président-dictateur Ilham Aliyev, en septembre 2023, quelques jours à peine avant que Bakou n’hérite de l’organisation du grand raout sur le climat.
« Il est incompréhensible que la communauté internationale fasse comme si les Arméniens n’existaient pas »
Aucun défenseur de cette cause n’a pu atteindre Bakou, par mesure de sécurité mais aussi faute d’attribution de visa. « Il est incompréhensible que la communauté internationale s’aligne sur ces pratiques de musellement et décide de faire comme si les Arméniens n’existaient pas, alors même que 23 d’entre eux sont emprisonnés et torturés à quelques minutes de là où la COP se tient », déplore Anahit Akopian, activiste française de la diaspora arménienne, jointe au téléphone par Reporterre.
Le 14 novembre, à Erevan, la capitale du pays, la suédoise Greta Thunberg a d’ailleurs appelé à leur libération et qualifié « d’absolument inacceptable » le silence de la diplomatie internationale, laissant « l’Azerbaïdjan blanchir ces crimes ».