Paul Ariès fera campagne pour la décroissance mais sans candidat

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28 juin 2011 / Paul Ariès

« Nous ferons campagne sans candidat en reconnaissant à chacun le droit de voter pour son champion préféré ou celui du moindre mal, en reconnaissant aussi la légitimité de refuser de voter. »


La décroissance n’est pas un dogme à prendre ou à rejeter en bloc. Elle est du côté du questionnement. Elle rime avec la dé-croyance.

Nous disons simplement que la solution à la crise n’est pas dans la croissance, dans le « toujours plus » (de production et de consommation). Nous savons bien que le capitalisme repose sur l’accumulation et le profit. Nous ne croyons pas dans un capitalisme vert et sans croissance. Nous savons que le bilan des socialismes réels fut aussi effroyable. Il est cependant possible de penser un socialisme sans croissance.

Nous sommes des empêcheurs de développer mais aussi de voter en rond. Nous ne croyons pas plus dans ce système politique qu’économique. De la même façon que nous boycottons l’économie de croissance, nous ne présenterons pas un candidat providentiel de la décroissance. Nous ne tromperons pas nos proches en laissant croire que cette stratégie est possible.

Nous ne diviserons pas nos proches qui se reconnaissent dans d’autres mouvances antiproductivistes des gauches. Nous savons cependant que le combat contre le productivisme et le consumérisme n’est pas gagné. Nous savons que les petits pas faits à gauche et dans l’écologie sont encore fragiles.

Nous ferons donc campagne durant les présidentielles avec notre escargot. Nous ferons campagne avec la décroissance pour peser sur les débats d’ici 2012 et au-delà.

Nous ferons campagne pour dire que la décroissance est obligatoirement anticapitaliste, immanquablement des gauches mais d’une autre gauche. Nous ferons campagne pour dire « Non au capitalisme vert » et « Oui au Bien Vivre », oui au projet d’inventer un socialisme autogestionnaire de la décroissance.

Nous ferons campagne pour dire que ce n’est pas en culpabilisant les gens qu’on changera la société, mais en suscitant le désir, le grand désir de vivre. Nous ferons campagne pour dire que l’urgence sociale épouse l’urgence environnementale pour rendre nécessaire et possible, dès maintenant, l’adoption d’un revenu garanti. Nous lançons au débat l’idée d’une dotation inconditionnelle d’autonomie voisine du SMIC qui permette d’avancer vers la gratuité du bon usage face au renchérissement du mésusage mais aussi de développer la « démonétarisation », la « déséconomisation » de nos modes de vie.

Nous ferons campagne pour la gratuite de l’eau vitale, des transports en commun urbains, de la restauration scolaire et de logement social, des services funéraires. Nous ferons campagne pour une décroissance qui ne soit pas celle du « ni gauche ni droite », qui ne prône pas le « tous pourris », « tous pareils », nous ferons campagne pour une décroissance non sectaire, qui cherche la convergence entre tous ceux qui résistent, entre tous ceux qui créent. Nous ferons campagne sans candidat en reconnaissant à chacun le droit de voter pour son champion préféré ou celui du moindre mal, en reconnaissant aussi la légitimité de refuser de voter.

Nous ferons campagne sans candidat parce que nous savons que si nous sommes parvenus à imposer nombre de nos thèmes dans le débat public comme la relocalisation contre le mondialisme, le ralentissement contre la culte de la vitesse, la coopération contre l’esprit de concurrence, la gratuité contre la marchandisation, le choix d’une vie simple contre le mythe de l’abondance, une planification autogestionnaire contre le libre marché, etc., la décroissance n’est pas la petite grenouille qui aurait vocation à devenir aussi grosse que le boeuf. Je salue donc cette initiative comme je soutiendrai toutes celles qui permettront de faire converger les antiproductivsites des gauches et les écologistes antilibéraux.

La décroissance ira divisée en 2012. J’ai choisi mon camp. Celui d’un socialisme autogestionnaire de la décroissance. Pas celui d’une décroissance du « ni gauche ni droite », jamais celui d’une droite décroissante honteuse. A l’heure de la droitisation de la société (écologie et gauche souvent comprises), j’appelle les Objecteurs de croissance à participer à notre campagne, à le faire, là où ils sont, comme ils le souhaitent, c’est à dire y compris en pesant sur les autres campagnes, en obligeant leur candidat à bouger encore.



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Source : http://bellaciao.org/fr/spip.php?ar...

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