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Pour ou contre le golf immobilier près d’Alès ? Les habitants ont tranché : c’est non

17 octobre 2016 / Marie Astier (Reporterre)



Un golf, un hôtel de luxe et des lotissements neufs : ce projet, prévu sur une petite commune de l’agglomération d’Alès, promet emplois et touristes. Les opposants y voient un projet immobilier détruisant des terres agricoles. Les habitants se sont prononcés contre, dimanche 16 octobre.

- Actualisation - Lundi 17 octobre 2016 - Les résultats de la consultation sont tombés dimanche 16 au soir : le projet alliant golf et complexe immobilier a été rejeté par 60,02 % des votants, alors que 39,8 % ont voté pour. La participation a atteint 47,8 %, soit plus qu’espéré. La question, proposée par le maire de Saint-Hilaire-de-Brethmas à ses administrés, était : "Êtes-vous favorable à l’implantation sur notre commune du complexe immobilier et golfique d’Alès Agglo ?"

"C’est une belle victoire de cette lutte citoyenne engagée depuis plusieurs années, où nous avons dépensé une énorme énergie face aux moyens financiers et humains de l’Agglo" s’est félicité l’association Saint-Hilaire Durable, qui porte l’opposition à ce projet. "Les habitants ont voté sans ambiguïté. On ne va pas se battre contre leur avis. On prend acte et on valide, mais c’est regrettable", a déclaré au journal Objectif Gard Patrick Guy, conseiller municipal d’opposition qui défendait le projet. Le principal promoteur de cet aménagement, l’agglomération d’Alès, ne s’est pas encore exprimée.

Ce résultat ouvre un nouveau contentieux entre la commune et l’Agglo : le pré-achat des terrains et les études ont déjà coûté 3 millions d’euros. L’agglomération entend les faire payer à Saint-Hilaire-de-Brethmas, qui se défend d’avoir à récupérer ce passif que les comptes de la municipalité ne pourraient assumer. Le maire de Saint-Hilaire Jean-Michel est pourtant optimiste : "J’espère rencontrer rapidement Max Roustan [président d’Alès Agglo, NDLR] pour lancer une grande consultation et réfléchir sur le futur de ces propriétés foncières. Pourquoi pas la création d’un IUT, il y a un manque à combler sur ce territoire", a-t-il déclaré à Objectif Gard.


- Saint-Hilaire-de-Brethmas (Gard), reportage

Entre les champs fraîchement moissonnés de l’été, les lotissements de maisons individuelles se dispersent. Par-ci par-là, aussi, un vieux mas de pierre. En toile de fond, au-delà des collines, les montagnes du massif des Cévennes dessinent un large panorama surmonté de ciel bleu. On comprend pourquoi Saint-Hilaire-de-Brethmas, petite ville du Gard en périphérie d’Alès, accueille toujours plus d’urbains ravis d’avoir maison et jardin à la campagne tout en n’étant qu’à dix minutes en voiture de la grande ville. Et c’est dans ce paysage que devrait prendre place l’« écosite des Hauts-de-Saint-Hilaire ».

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Le massif des Cévennes vu de Saint-Hilaire-de-Brethmas.

Distribué dans toutes les boîtes aux lettres des habitants par l’agglomération d’Alès, qui regroupe 50 communes, un document de huit pages en couleurs sur papier glacé présente le projet : un « écogolf » de 18 trous, un « écohôtel » haut de gamme, près de 400 logements — dont un « écohameau », des « villas golfiques », des résidences pour seniors et des HLM —, un centre équestre et des équipements de loisir, ainsi que 155 hectares réservés à la « préservation et la valorisation de l’activité agricole ». Soit 308 hectares en tout, presque un quart de la surface de la commune. But de ce projet, selon l’agglomération d’Alès : « Compléter l’offre touristique et de loisirs du bassin alésien », « générer de l’emploi » (80 créations sont annoncées) et « renforcer l’offre d’hébergement, en préservant les espaces naturels ». Le site sera conçu « selon les normes écologiques », promet le document, et coûtera 18 millions d’euros. Pour convaincre, l’agglomération a mis les moyens, car les habitants de Saint-Hilaire sont appelés à se prononcer sur le projet ce dimanche 16 octobre.

À qui appartient l’eau ?

Le projet date de 2004. « On l’a découvert par hasard », se rappelle Béatrice Bernard Chamson, alors élue d’opposition au conseil municipal de Saint-Hilaire. Il est notamment porté par le premier adjoint de l’époque, Jacques Bueno, joueur de golf et responsable de l’antenne alésienne d’une société spécialisée dans le BTP (bâtiment et travaux publics) et l’installation de réseaux, Spie. Se rendant compte que la commune ne pourrait pas porter le projet toute seule, elle demande alors à l’agglomération d’Alès de le reprendre. Le président de l’« agglo » et maire d’Alès, Max Roustan, approuve l’idée. L’affaire est lancée, l’agglomération commence à acheter les terrains nécessaires.

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Le plan du projet, fourni par l’association Saint-Hilaire durable.

Mais aux élections municipales de 2015, une nouvelle majorité remporte la mairie de Saint-Hilaire. « Ce projet n’apportera rien à la commune ni à l’agglo. Il est mal pensé, estime Jean-Michel Perret, le nouveau maire. Mais Max Roustan refusait d’admettre notre victoire et notre positionnement. Alors, pour sortir du blocage, j’ai décidé de proposer un référendum sur la commune. » Pour des raisons légales, ce sera en fait une « consultation ». Dans la campagne qui dure depuis quelques semaines, chaque partie affûte ses arguments.

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« Tout projet a un impact sur l’environnement, admet Patrick Cathelineau, directeur général adjoint d’Alès agglomération. L’essentiel est de compenser, de montrer que l’écologie peut être compatible avec un aménagement. »

« En zone méditerranéenne, un golf est un gaspillage d’eau », avance Rémi Coulet, président de l’association Saint-Hilaire durable. Le dossier du projet annonce donc la création d’un bassin de huit hectares qui permettrait de stocker l’eau des abondantes pluies des « épisodes cévenols » en automne et en hiver, pour ensuite arroser l’été. En outre, seuls quatre hectares de « green » nécessiteraient une irrigation. « S’ils comptent sur la pluie, ils se trompent, s’étonne Bernard Vayssade, un hydrogéologue consulté par l’association. Les épisodes cévenols sont bien trop aléatoires, et l’évaporation sera très importante. Il va falloir pomper dans la nappe de la rivière du Gardon. Mais nous avons déjà des arrêtés sécheresse tous les étés, et le changement climatique risque d’accentuer cela. La question sera alors : à qui appartient l’eau ? »

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En bordure des chemins, les opposants ont signalé la ZAD, la zone d’aménagement différée, dessinée par l’agglo.

Toujours côté environnemental, l’association dénonce aussi une curieuse destruction, à l’hiver 2013. Une prairie d’une biodiversité particulière, accueillant une orchidée et un papillon rares, a été retournée… À son emplacement, la carte du futur golf situe justement l’un des dix-huit trous. La plainte déposée par les associations naturalistes a été classée sans suite. La nouvelle mouture du projet assure protéger la prairie, qui sera tout de même incluse dans le golf. En tout, 67 hectares « d’espaces naturels protégés » seront créés, assure la plaquette de présentation. « Tout projet a un impact sur l’environnement, admet Patrick Cathelineau, directeur général adjoint d’Alès agglomération. L’essentiel est de compenser, de montrer que l’écologie peut être compatible avec un aménagement. »

« La pression est forte pour rendre les terrains constructibles »

Autre questionnement, les terres agricoles. Le projet annonce la valorisation de 155 hectares où de jeunes agriculteurs seraient installés. « Mais il y a au départ bien plus de 200 hectares de terres agricoles, c’est l’une des dernières zones préservées autour d’Alès », rappelle Louis Julian. Vigneron dans une commune voisine, il suit le dossier pour son syndicat, la Confédération paysanne. « On passe à 155 hectares annoncés dans le projet, desquels il faut déduire les 15 hectares du centre équestre, poursuit-il. La situation de Saint-Hilaire est typique d’une commune en périphérie d’un centre urbain : la population augmente, les lotissements poussent comme des champignons, la pression est forte pour rendre les terrains constructibles. »

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L’équipe de l’association Saint-Hilaire durable. De gauche à droite : Joseph Varéa, Jean Sagnol, Norbert Michel, Jean Dizier, Béatrice Bernard Chamson, Rémi Coulet.

Le maire, Jean-Michel Perret, s’inquiète de l’équilibre économique : « Ce qui fait marcher un golf à l’année, ce sont les séminaires d’entreprise. Pour cela, il faut un aéroport international à moins de 30, 45 minutes. Ce n’est pas du tout le cas à Alès. » En face, les promoteurs du projet vantent le nombre d’adhérents à l’association sportive du Golf du Grand-Alès, qui sont plus de 400. « Les seuils de rentabilité pour notre golf sont très bas, se défend Patrick Cathelineau. Il y aura suffisamment de fréquentation. Et nous comptons aussi sur les touristes des Pays-Bas, nombreux dans la zone et très friands d’installations respectueuses de l’environnement, comme un écogolf. » Patrick Guy, dans l’opposition municipale à Saint-Hilaire et défenseur du projet, complète : « Le golf est un produit d’appel, un attrait touristique supplémentaire. Il sera complémentaire de la station thermale des Fumades. »

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Les limites du futur golf passeraient dans le jardin de Jean Dizier. Son vieux mas est au coeur de la zone d’aménagement.

Il s’agit donc d’aller chercher l’argent là où il est. « C’est vrai qu’un golf est un équipement qui ne profite pas à tous, reconnaît-il, mais à des gens qui ont un pouvoir d’achat. Il y a une forte migration de jeunes retraités, d’anciens cadres, dans le Languedoc-Roussillon. C’est cette clientèle-là que l’on cible. » « Dans un territoire sinistré comme le nôtre, tout projet est bon à prendre », ajoute Patrick Cathelineau. Mais à Saint-Hilaire durable, on s’interroge sur l’intérêt de faire financer par le public un tel équipement. Un des ses membres, Claude Taton, résume le sentiment général : dans une zone où le taux de chômage est déjà monté à 19 %, « la priorité est-elle de permettre à des gens aisés de taper la balle ? Les listes d’attente pour les places en crèches et en maisons de retraite sont très longues, n’a-t-on pas besoin d’autres équipements publics ? » s’interroge-t-il.

Un vaste projet immobilier

Au-delà de l’aménagement des « Hauts-de-Saint-Hilaire », ce sont donc des visions du développement du territoire, dont la population augmente, qui s’affrontent. Alès agglomération veut poursuivre les constructions avec une 2X2 voies, une nouvelle gare, d’autres zones d’activité économique. « Ce n’est qu’une pièce d’un énorme projet. Les derniers terrains agricoles et naturels du secteur vont disparaître sous l’urbanisation », s’inquiète Claude Taton. « C’est un vaste projet immobilier déguisé », enchérit Louis Julian. « L’agglomération achète des terrains à deux euros le mètre carré et les revend au prix du terrain constructible [de 30 à 100 euros selon les sources], elle dépossède les gens de leur propriété pour faire de la spéculation et financer le golf, ce n’est pas honnête ! » Les opposants pointent aussi les personnes à l’origine du projet : Jacques Bueno travaillait donc dans le BTP, et avec l’ex-maire de Saint-Hilaire Gérard Roux ils sont mis en examen, soupçonnés de ne pas avoir respecté les procédures d’appel d’offres pour certains travaux.

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Un potager a été créé sur l’une des parcelles menacées.

Reste que le défenseur actuel du golf immobilier est le président de l’Agglo, Max Roustan. « Au conseil d’agglomération, les maires ne disent rien, ils votent tous les projets. Chacun a peur que ceux financés sur sa commune ne se fassent pas, ils le craignent tel un petit seigneur », regrette Béatrice Bernard Chamson, qui est aussi déléguée communautaire. Jean-Michel Perret fait partie des rares qui ne se laissent pas faire : « C’est de l’esbroufe », affirme-t-il.

Dimanche, les électeurs trancheront donc le duel entre les deux élus. Le président de l’Agglo s’est engagé à respecter le résultat de la consultation si au moins 20 % des Saint-Hilairois y participent. Le projet sera retiré si le "non" gagne. Quant au maire de la commune, il n’entravera pas le projet si le "oui" l’emporte.

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La réunion d’information de la population organisée par l’agglomération d’Alès.



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Source : Marie Astier pour Reporterre

Photos : © Marie Astier/Reporterre

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