Près de Toulouse, des habitants font reculer le promoteur d’un énorme centre commercial

Durée de lecture : 5 minutes

16 septembre 2015 / Marine Vlahovic (Reporterre)

La construction de Val Tolosa, projet de centre commercial démesuré aux portes de Toulouse, semble s’accélérer. Le promoteur veut passer en force. Malgré la demande du Conseil départemental de suspendre l’aménagement des routes d’accès, les promoteurs tentent de mener les travaux. Mais les opposants au projet ont bloqué mardi, une nouvelle fois, l’accès au chantier.

- Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne), reportage

Ils ont déployé leurs banderoles bien avant l’aube ce mardi 15 septembre. Encore tout engourdis de sommeil, une quarantaine de membres du collectif Non à Val Tolosa se sont plantés à 5h30 du matin à l’entrée du chantier. « On a cru que les machines n’allaient pas venir, finalement elles sont arrivées à sept heures et elles ont vite rebroussé chemin », s’amuse Jacques sous le regard des gendarmes déployés pour l’occasion. Derrière les clôtures qui entourent le terrain, des moutons utilisés pour entretenir la Zone d’aménagement concertée (ZAC) paissent. Les herbes hautes recouvrent le plateau de la Ménude. C’est ici, à dix kilomètres de Toulouse, que le méga-centre commercial Val Tolosa devrait voir le jour.

« Un temple obsolète de la consommation »

Porté par le maire de Plaisance-du -Touch et aménagé par le géant de l’immobilier commercial Unibail-Rodamco, le projet Val Tolosa voit les choses en grand. 115 000 m2 dont 93 000 m2 de surface commerciale, 150 boutiques, 2 000 arbres plantés pour un projet présenté comme HQE (Haute Qualité Environnementale) de 350 millions d’euros..

Ces chiffres à faire tourner la tête ne sont pas du goût de Françoise. Solidement accrochée à sa banderole « Touche pas à nos routes », la militante de la première heure contre ce « temple obsolète de la consommation » lance le bonjour à tout va aux automobilistes qui passent au pas. « Même si ça fait dix ans que ça dure, il faut encore sensibiliser la population. Et comme on ne peut pas empêcher le promoteur de construire sa route chez lui, notre seul moyen d’action est de stopper les machines », dit-elle.

C’est sur les 44 hectares du plateau de la Ménude qu’est censé s’ériger Val Tolosa

Ces engins ont fait leur apparition sur le plateau le 31 août dernier, accélérant d’un coup le projet sans cesse reporté. Multipliant les recours en justice, les opposants ont été plusieurs fois déboutés au fil des ans. Faisant fi du recours concernant le permis de construire en examen par la Cour d’appel de Bordeaux et profitant de l’article 29 de la loi Macron (qui interdit la destruction des bâtiments jugés illégaux a posteriori), le promoteur aurait pu poser la première pierre de son mall controversé sur sa parcelle. Mais cet été, c’est aux routes censées desservir la future zone commerciale qu’Unibail a décidé de s’attaquer.

Les veilleurs guettent l’arrivée des engins de chantier... et lancent l’alarme

C’est que le réseau routier prévu pour charrier 20 000 véhicules par jour est un préalable au chantier. En 2008, le Conseil général de Haute-Garonne avait donné un accord de principe pour céder des routes existantes et en construire une nouvelle. Or, cette entente n’a jamais été officialisée. La collectivité tient le sort de Val Tolosa entre ses mains…. et traine des pieds depuis des années.

S’il avoue avoir hérité d’une situation floue, le président du Conseil départemental Georges Méric (PS), élu au printemps dernier, refuse d’exprimer clairement sa position. L’ombre de la ZAD de Sivens plane sur le plateau de la Ménude et l’élu semble décidé à noyer le poisson en invoquant un « audit financier et juridique en cours sur la nature et le niveau des engagements pris par son prédécesseur ». Une telle expertise serait utile pour mesurer les dommages financiers qui incomberaient au département si les protocoles d’accord étaient définitivement enterrés.

Le nouveau patron de la Haute-Garonne a pourtant été obligé de briser son silence la semaine dernière après une première opération du blocage du chantier par le collectif Non à Val Tolosa. Dans un tweet laconique, il a appelé le 7 septembre à la suspension immédiate des travaux… dans l’attente des conclusions de ce fameux audit. Un vœu pieux. Sur la parcelle, le terrassement d’une route d’accès s’est poursuivie toute une semaine durant. « Pourquoi le promoteur continue-t-il ces travaux alors qu’il n’a pas encore l’accord pour le raccordement avec la route qui dépend de la collectivité ? » demande Françoise avant de trouver la réponse : « C’est pour mettre le Conseil Départemental au pied du mur, voilà tout. »

Le plateau de la Ménude est aujourd’hui entièrement grillagé

« C’est pour nous mettre tous devant le fait accompli », renchérit Michel. L’habitant de La Salvetat, l’une de ces cinq communes impactées par le projet, fait partie des « veilleurs ». Ces citoyens-opposants prennent leur tour de garde chaque matin pour signaler toute activité suspecte sur le plateau de la Ménude. A plusieurs reprises cette année, ils ont déjà alerté les pouvoirs publics sur le début de travaux qu’ils jugent illégaux.

Le militant ne décolère pas : « Le promoteur a détruit des espèces protégées. Il présente son projet comme écolo mais n’a rien à faire de la sauvegarde de l’environnement, la seule chose qu’il vise, c’est se faire du fric en louant des espaces à des commerçants ».

Sollicité par Reporterre, Unibail n’a pas souhaité donné suite à notre demande d’interview. Idem pour le Conseil Départemental.

« Où voulez-vous qu’on installe une ZAD ? »

Des exclamations de joie jaillissent derrière la banderole. Les opposants viennent d’obtenir une audience auprès du cabinet du président du Conseil Départemental. Jutta Dumas, présidente du collectif Non à Val Tolosa n’a pas beaucoup d’espoir : « La situation n’a jamais été aussi bloquée mais on ne va pas passer la nuit ici », souffle celle qui n’a jamais exclu la possibilité de faire appel à des zadistes. « Mais où voulez-vous qu’on installe une ZAD ? Dans le fossé ? » s’exclame-t-elle en désignant les grillages qui cernent le plateau.

Jutta Dumas la présidente du collectif - Non à Val Tolosa -

Malgré leur action, Jutta Dumas avait vu juste : leur entretien d’une heure et demi avec le représentant de Georges Méric n’a abouti à aucune position tranchée. « Alors nous allons essayer avec nos moyens de suspendre les travaux, peut-être que nous serons plus forts que le département », affirme la porte-parole. Quitte à occuper de nouveau l’entrée du chantier sur le plateau de la Ménude dès aujourd’hui et ces jours prochains. En attendant l’organisation d’une manifestation sur le site le samedi 26 septembre.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : Le préfet employé par un trust immobilier dicte la loi contre l’environnement

Source et photos : Marine Vlahovic pour Reporterre

DOSSIER    Grands Projets inutiles

20 septembre 2019
La fonte accélérée des glaces fait monter les océans plus vite que prévu
Info
19 septembre 2019
En France, une sécheresse qui n’en finit pas
Info
20 septembre 2019
Philippe Martinez : « Avec les écologistes, on se parle ; ce n’était pas le cas avant »
Entretien


Dans les mêmes dossiers       Grands Projets inutiles





Du même auteur       Marine Vlahovic (Reporterre)