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Pollutions

« On n’a pas d’autre choix » : 400 personnes saisissent la justice contre les PFAS

Lors d'une manifestation contre les PFAS à Oullins-Pierre-Bénite (Rhône), le 26 mai 2024.

400 habitants, associés à sept communes, ont saisi le tribunal administratif de Strasbourg, le 9 juin. Le but, contraindre l’État à mesurer les risques sanitaires encourus par la population exposée aux PFAS depuis des années.

Dans ce territoire à cheval entre les Ardennes et la Meuse, confronté à une pollution majeure aux PFAS — des composés toxiques et persistants — c’est une revendication qui est toujours restée lettre morte. Alors, le 9 juin, plus de 400 habitants, associés à sept collectivités, ont saisi le tribunal administratif de Strasbourg pour contraindre l’État à réaliser ce qu’ils demandent depuis des mois : une étude épidémiologique [1]. Une démarche qui « permettra de caractériser l’ampleur du risque [...] et de protéger effectivement la population », affirme la requête en référé, que Reporterre a pu consulter en exclusivité.

Lire aussi : PFAS : boire l’eau du robinet est interdit dans 12 communes des Ardennes

En juillet 2025, 3 500 habitants, répartis dans seize communes des deux départements, se sont vus privés d’eau du robinet en raison d’une contamination hors normes aux « polluants éternels ». « Cela fait un an que les habitants sont inquiets pour leur santé, qu’ils ne savent pas l’impact que la consommation de cette eau pendant des décennies a pu avoir sur leur corps, sur les enfants », retrace Laure Abramowitch, l’avocate des requérants.

« Saisir la justice pour se faire entendre »

À l’origine de la contamination : l’épandage de boues industrielles sur les champs locaux, qui a disséminé des PFAS jusque dans les terres agricoles et les denrées alimentaires. Cette action juridique vient s’ajouter à de multiples plaintes déjà déposées à la suite de révélations publiées en février par les médias Disclose et France 3, en partenariat avec Reporterre.

« La gravité exceptionnelle de la contamination aux PFAS […] est désormais amplement documentée », argue Me Abramowitch dans le référé. Pourtant, les autorités sanitaires se sont toujours refusées à mettre en place une étude épidémiologique, au motif que l’échantillon de population serait trop réduit pour obtenir des conclusions robustes.

Un argument que conteste l’avocate, évoquant l’étude Perfao, conduite sur un panel de 300 personnes surexposées aux PFAS dans le sud de Lyon, avec le soutien financier de l’Agence régionale de Santé (ARS). « On nous dit qu’on n’est pas assez nombreux, comme si, en ruralité, on était des sous-citoyens, déplore Annick Dufils, maire de Malandry, l’une des communes touchées. On n’a pas d’autre choix que de saisir la justice pour se faire entendre. »

Une urgence à agir

La requête déposée mardi est surtout motivée par « l’urgence » à agir. « Plus on attend pour faire ces tests, plus les traces de polluants dans les corps s’estompent et plus on risque de passer à côté du niveau réel d’exposition », justifie Me Abramowitch.

Plusieurs habitants ayant pris l’initiative de tester leur sang présentent des « niveaux d’imprégnation extrêmes ». Selon un avis de Santé publique France daté d’avril, « les effets sanitaires potentiellement associés aux PFAS sont nombreux : cancers, atteintes immunitaires, maladies endocriniennes, troubles métaboliques, ou neurodéveloppementaux ».

« On veut savoir si tout ça a un impact sur notre santé », explique Catherine Boutefroy, habitante d’Haraucourt (Meurthe-et-Moselle) et requérante. « Depuis le début du scandale, on discute dans le village, détaille-t-elle. On découvre des problèmes de santé chez les gens, des cancers, deux chats qui meurent de tumeur dans une même famille, des jeunes couples qui ont des problèmes de fertilité. Tout ça mis bout à bout, c’est troublant. »

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Laure Abramowitch propose, dans son référé, un protocole « clé en main, pour montrer que cette étude est faisable et pertinente ». La première phase consisterait à comparer les pathologies observées, sur la base de données rétrospectives, entre la population de 3 500 personnes exposées à l’eau polluée et un groupe de taille équivalente non exposé. La seconde, à pratiquer des dosages sanguins de PFAS pour chaque participant, suivis d’un questionnaire.

L’avocate espère que ce référé conservatoire, une procédure juridique habituellement jugée en quelques semaines, puisse permettre aux requérants qu’elle représente d’obtenir des réponses rapidement.

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