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Des PFAS dans les champs : le gouvernement fixe des seuils qui « évitent le pire »

Épandage de boues d'épuration en 2024, au cœur de l'Auvergne, dans le département du Puy de Dôme, en 2024.

Reporterre a analysé, avant sa publication, le projet de circulaire encadrant la présence de PFAS dans les boues d’épuration destinées à fertiliser les champs. Un document très attendu, qui va fixer des seuils limites.

Au vu de l’enjeu — des tonnes de déchets toxiques épandus dans des champs agricoles — les détails sont attendus. Le 9 avril, le gouvernement officialisait, enfin, la mise en place d’une campagne nationale d’analyses de PFAS dans les boues d’épuration issues des stations de traitement des eaux usées urbaines et industrielles. Celles-ci sont couramment utilisées en agriculture comme fertilisants et contiennent des polluants dits éternels, car ils ne se dégradent pas, et dangereux pour la santé humaine.

Reporterre et Disclose ont analysé le document de travail du gouvernement, un projet de circulaire — également obtenu par Contexte — dont la date de publication est encore inconnue. Le texte doit permettre de lutter contre cette source potentielle « de contamination des sols, […] des denrées alimentaires et des ressources en eau », sur laquelle la connaissance reste « très parcellaire ».

Des seuils limites

Le document clarifie les seuils retenus pour juger de la qualité des boues, calqués sur ceux fixés en Wallonie (Belgique). « C’est une bonne nouvelle, dit un cadre d’un groupe spécialisé dans le traitement des déchets, sous anonymat. Nous avions peur que les seuils soient trop hauts pour être efficaces. » Selon lui, cette avancée se faisait attendre de longue date. « Il est clair que la récente campagne médiatique a tout débloqué », affirme-t-il.

En février, une enquête de Disclose et France 3, publiée en partenariat avec Reporterre, révélait que près d’un quart des plus gros émetteurs de PFAS ont valorisé (épandage, compostage...) leurs déchets en agriculture [1].

Le projet de circulaire indique que si la concentration dépasse 40 microgrammes par kilo (µg/kg) pour la somme des 6 PFAS jugés les plus dangereux, ou 400 µg/kg pour un ensemble de 22 PFAS, les boues devront être incinérées ou enfouies. Cette limite est temporaire : le Haut Conseil de la santé publique travaille à l’élaboration de valeurs de gestion pérennes. Elles devraient être entérinées dans un arrêté ministériel applicable à compter du 1er janvier 2027.

« Les pires scénarios » pourraient être évités

« Ce seuil transitoire pourrait être plus protecteur, mais il va au moins permettre d’éviter les pires scénarios, comme dans les Ardennes », juge Sébastien Sauvé, professeur en chimie de l’environnement à l’université de Montréal, spécialiste du sujet. Dans ce département, comme dans la Meuse ou les Vosges, l’épandage de boues industrielles polluées a provoqué des contaminations de masse, au point de rendre l’eau potable impropre à la consommation.

Lire aussi : « On met des déchets sur des cultures qu’on va manger » : comment des PFAS contaminent des terres agricoles

La campagne d’analyses concernera les stations d’épuration urbaines de plus de 10 000 équivalents-habitants (EH), ainsi que les installations industrielles, à l’origine de la majorité des flux de boues destinées à « l’épandage, au compostage et à la méthanisation », précise la circulaire. L’enjeu est de taille : « en France, environ 75 % des boues de stations d’épuration urbaines et environ 60 % des boues de stations d’épuration industrielles sont valorisées en agriculture », d’après le texte.

« 60 % des boues de stations d’épuration industrielles valorisées en agriculture »

Selon le syndicat professionnel pour le recyclage et l’élimination des déchets dangereux, joint par Reporterre, « la mise en place de ce seuil devrait interdire le retour au sol d’environ 10 % des boues d’épuration produites en France, soit 400 000 tonnes par an ». Contacté, le syndicat des professionnels du recyclage par valorisation agronomique n’a pas donné suite.

« Ça va avoir un impact », confirme Serge Michel, gestionnaire de la station d’épuration de Graulhet (Tarn), pointée dans l’investigation de Disclose et France 3. « Pas plus tard que ce matin, on a refusé des effluents car, en termes de PFAS, ce n’était pas du tout approprié. »

Une protection des sols à construire

La circulaire prévoit enfin la « mise en place d’un cadre de gestion de la qualité des sols ». Les PFAS étant extrêmement persistants, ils peuvent contaminer le sol via les boues et y perdurer pendant des décennies. Il faut donc limiter leur accumulation. « Les seuils retenus sont valables pour des sols propres, pointe Sébastien Sauvé. Avant d’apporter de nouvelles boues, il faudrait vérifier que le sol est encore en capacité d’absorber des PFAS. »

À compter de 2028, des campagnes de mesure de PFAS dans les sols ayant déjà reçu des boues provenant de stations d’épuration de plus de 50 000 EH seront imposées. Ces travaux devront notamment permettre de définir à terme des « concentrations admissibles [de PFAS] dans les sols après épandage ».

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