123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

En brefAnimaux

« Une hécatombe invisible » : près de 6 milliards de poissons et crustacés tués par les centrales nucléaires

Au moins 5,9 milliards de poissons, de crustacés et de méduses, aspirés dans les systèmes de refroidissement des réacteurs nucléaires, meurent chaque année. Ici, une méduse photographiée en 2012 au large des îles Baléares (photo d'illustration).

Dans un rapport, publié le 15 juin, le réseau Sortir du nucléaire révèle qu’au moins 5,9 milliards de poissons, de crustacés et de méduses, aspirés dans les systèmes de refroidissement des réacteurs, meurent chaque année. En moyenne, chaque jour, 16 millions d’animaux aquatiques sont les victimes collatérales du parc nucléaire français. C’est, selon l’association, « une hécatombe invisible » qui frappe les fonds aquatiques.

Ces chiffres importants et inédits viennent de documents internes d’EDF que l’association a réussi à obtenir. Contrairement à EDF, l’organisation a préféré communiquer sur le nombre d’individus plutôt que sur des volumes de poissons morts. « Personne ne se rend compte de ce que représentent 46 tonnes ou 600 tonnes de poissons », précise ainsi au Monde Marjorie D’Agostino, chargée de la surveillance citoyenne et de la veille technique au sein de Sortir du nucléaire. Insister sur le nombre d’individus tués permet de mieux se rendre compte des dégâts engendrés et de la valeur écologique et écosystémique d’une espèce.

« Une stratégie d’invisibilisation du phénomène »

« En plus dans les communications D’EDF, les bancs de poissons ou les méduses sont qualifiés d’“agresseurs” lorsqu’ils risquent d’obstruer les prises d’eau, renversant la question de la responsabilité environnementale », poursuit l’association dans un communiqué. C’est « une stratégie d’invisibilisation du phénomène », dénonce-t-elle.

Concrètement, comment cela se passe ? Pour assurer leur refroidissement, les centrales nucléaires prélèvent d’immenses quantités d’eau. Chaque minute, l’équivalent d’une piscine olympique. La faune aquatique, prise au piège, est aspirée, elle va passer par les mailles d’un tambour filtrant, connaître des chocs thermiques, chimiques et mécaniques. Les organismes les plus grands vont être coincés, subir des traitements à l’eau de Javel et potentiellement mourir de suffocation à l’air libre.

L’association pointe « un angle mort réglementaire ». « Alors que ce phénomène d’aspiration était identifié comme un “impact environnemental majeur” lors du développement du programme nucléaire français dans les années 1970, aucune obligation systématique de suivi des animaux capturés n’est aujourd’hui imposée aux exploitants », écrit-elle.

legende