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Quand des militants d’EELV cherchent à réinventer leur parti

24 mars 2016 / Barnabé Binctin (Reporterre)



Militants et sympathisants du parti écologiste ont passé une journée à réfléchir à la façon de « hacker » les structures d’EELV pour les transformer. Nourris de la culture du logiciel libre, ils ont parlé de « démocratie réelle », VIe République, revenu de base et statut de l’élu.

- Paris, reportage

Hacker, n. m. (de l’anglais to hack into, entrer par effraction) : Personne qui […] cherche à contourner les protections d’un logiciel, à s’introduire frauduleusement dans un système ou un réseau informatique. (Recommandation officielle : fouineur.) Dictionnaire Larousse »

Hackers, militant écogistes ? Le rapport n’est pas évident. Julien Bayou, porte-parole d’EELV (Europe Écologie-Les Verts), explique : « Le hack, c’est différent ducracken informatique. Dans la culture du libre, le hack encourage les gens à améliorer les outils disponibles. » Modèle de l’encyclopédie libre sur Internet, Wikipedia en offre d’ailleurs une définition plus précise : « Un hacker désigne un virtuose pouvant intervenir dans différents domaines […] de l’informatique. » Ainsi, le hacking est défini comme « un bricolage créatif visant à améliorer le fonctionnement d’un système ». « C’est changer un petit paramètre pour transformer la réalité », résume Mathieu Baudin, de l’Institut des futurs souhaitables.

Alors, quand un groupe de militants d’EELV organise le « hacklab » du parti, samedi 5 mars, le sens du mot ne fait guère débat chez les participants. « Un parti reste un outil, mais on n’est pas obligé de s’en saisir de la façon dont il est actuellement constitué », explique Vincent M., jeune militant encarté écolo. S’agit-il de boycotter EELV ? « Non, de le transformer avec des méthodes nouvelles. »

« Changer le logiciel face aux défis à venir »

Pour cela, toute une journée de réflexion pour parler VIe République, revenu de base et statut de l’élu. Animateur de la table-ronde intitulée « À quoi ressemblerait un pays gouverné par les écologistes ? », Vincent L. souligne l’importance accordée au thème de la « démocratie réelle » : « C’est la première des revendications des participants : les institutions, le non-cumul des mandats, l’égalité homme-femme dans la représentation. » Quand Léa teste son idée d’un mandat unique de sept ans, Ben propose le mandat semi-impératif et révocable, contrôlé par une assemblée locale.

« La méthode est très importante à l’heure où notre appareil est en panne pour produire du collectif, se félicite Sylvain, adhérent à EELV depuis 2009 et membre d’un bureau exécutif local. Le collaboratif et le participatif doivent être les piliers d’un parti politique au XXIe siècle », affirme-t-il, en soulignant la ressemblance avec certaines campagnes municipales capables de réunir plusieurs collectifs autour d’un même projet.

Quelques figures connues du parti, telles David Cormand, nouveau secrétaire national, ou Yves Contassot, conseiller de Paris, ont passé une tête au cours de la journée. Sur la centaine de participants, les organisateurs estiment qu’il y avait une moitié de militants d’EELV et une moitié de curieux, ceux-ci incluant une vingtaine d’adhérents des trois derniers mois.

« J’en avais marre du levier de la peur dans le contexte actuel », explique Bénédicte, venue d’Argenteuil. Elle suivait EELV « de loin » et veut « dépasser le clivage gauche-droite et changer le logiciel face aux défis à venir ». Elle a participé à l’atelier « Repenser la stratégie et élargir la base électorale » : « Il y a aujourd’hui des gens à qui plus aucun parti politique ne parle. Mais, plutôt que d’y réfléchir en termes de cible, il faut défendre notre projet de société et s’attacher à porter des solutions ! »

C’est toute l’ambition de ce mouvement qui se veut « humble, après avoir touché le fond de la piscine », dixit Julien Bayou, un des ses organisateurs. « Il faut retrouver le dialogue avec l’extérieur, confronter les bonnes idées. En politique, on parle toujours d’entrisme. On veut faire l’inverse, de l’“extrisme”  : se replonger dans le mouvement social pour s’en irriguer. »

« Le parti est dans un tel état de déprime » 

« Cela devient un marronnier de la vie politique, cette idée de l’ouverture », juge Ben avec scepticisme, en égrenant la liste de ses adhésions : aux Verts, au Parti de gauche, à Nouvelle Donne… Aujourd’hui, il se considère comme un citoyen-hacker de l’ensemble des partis : « Ils doivent se remettre en cause pour parvenir à leur véritable vocation. Un parti politique n’est pas un club ni une écurie, mais un animateur pour ceux qui veulent prendre en charge la vie publique. » Pour lui, l’alternative passe par le changement de mode de désignation des candidats électoraux : « Des élections sans candidat, ou bien le tirage au sort d’un jury qui étudiera les candidatures. »

Cette journée se situait dans la perspective du congrès d’EELV, qui doit se tenir fin mai. Elle se prolonge avec un site Internet, sur lequel chacun est encouragé à s’exprimer. « C’est un moyen d’ancrer ces échanges dans le réel et de préparer la réparation du parti », dit Julien Bayou.

Venu en observateur, Mathieu Baudin se réjouit de l’entreprise de hacking du monde politique : « Le seul monde qui n’a pas encore été bouleversé par la disruption numérique. Pourtant, il en aurait bien besoin. Le système politique actuel est la prolongation d’un siècle qui est révolu. »

Cela peut-t-il encore passer par EELV ? Mathieu, non encarté, hésite : « L’objectif étant que les gens se reprennent en main, je ne sais pas s’il faut rester dans le périmètre d’EELV… Mais comme la structure est presque morte, il y a peut-être une opportunité à essayer d’en faire quelque chose. Sinon, il faudra aller voir ailleurs. » Thierry confirme : « Le parti est dans un tel état de déprime qu’il faut inventer autre chose. » Ce militant des Yvelines, actif contre le projet de centre d’entraînement du PSG, appelle à une « métamorphose » de la gouvernance : « EELV, c’est la Ve République : ils reproduisent dans leur fonctionnement les mêmes problèmes que le système national ! »

Face à l’avenir incertain du parti écologiste, certains préfèrent la dérision : « Pour entrer dans le parti, on ouvre les fenêtres maintenant, parce que la porte, tout le monde l’a prise pour sortir. »




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Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Photos : © Éric Coquelin

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