Sauver le climat ? un jeu d’enfants... désobéissants !

Durée de lecture : 4 minutes

10 décembre 2015 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Défendre la justice climatique par des actions artistiques et décalées, dans le cadre d’un grand concours planétaire. Voilà l’enjeu des Climate Games, auxquels participent déjà plus de 300 équipes dans le monde. Chacun a jusqu’au 12 décembre pour contribuer. Et, grâce au jeu, faire grandir son envie de désobéir.

Il y a ceux qui se déguisent en orangs-outans au milieu de l’aéroport de Doha pour dénoncer la destruction des forêts tropicales pendant que d’autres ensemencent des champs transgéniques avec des « bombes à graines » paysannes. Il y a ceux qui ornent les distributeurs d’essence de panneaux « hors-service pour cause d’état d’urgence climatique », et ceux qui vont taguer en pleine nuit les abords du pont d’Austerlitz d’un immense « L’état d’urgence pour cacher les tas d’urgence ». Depuis le début de la Conférence climat, des centaines de citoyens participent aux Climate Games, « le plus grand jeu d’action-aventure désobéissant du monde ». Leur but : faire pencher le jeu international en faveur de la justice climatique. Leurs armes : la créativité et la désobéissance civile.

Blocage de convois ou d’entreprises, tags en tout genre, flash mobs... « Chacun agit à son niveau, selon ses idées et ses possibilités », explique Isabelle Frémeaux, sociologue, activiste et coorganisatrice de ces jeux. « Les équipes sont en autogestion, ça permet à tous d’explorer notre propre créativité. » Près d’une centaine d’actions ont déjà eu lieu à travers la planète, menées par 300 équipes. « Il y a une soif d’agir, les gens veulent reprendre le pouvoir entre leurs mains », estime-t-elle.

 « Renouveler les formes de mobilisation »

Les Climate Games sont nés en 2014, à Amsterdam. Pour protester contre l’industrie du charbon, un groupe d’activistes néerlandais, Groenfront !, lance un défi citoyen. Le but : aller planter un drapeau le plus prêt possible du siège de multinationales du charbon. L’opération remporte un vif succès : près de 200 personnes y participent. « Ces jeux permettent de renouveler les formes de mobilisation, explique Isabelle Frémeaux. Des actions moins ennuyantes, plus surprenantes et donc plus efficaces. »

La prise de l’Arche de la Défense, début décembre.

« Nous voulons donner envie aux gens de désobéir, sourit Isabelle Frémeaux, qui a également cofondé le Laboratoire de l’imagination insurrectionnelle. L’avortement, la grève... tous nos droits ont été acquis par la désobéissance civile. » Sur le site des jeux, l’équipe « C’est maintenant ou jamais » fait part de son enthousiasme : « On discute beaucoup, et finalement, on ne fait pas grand chose. Mais cette fois, on va monter sur Paris et c’est sûr, on va faire un truc. »

Ne pas se prendre au sérieux

Ne pas mobiliser que par le biais de la catastrophe, « car la politique de la peur nous paralyse ». Ne pas se prendre au sérieux, « tout en faisant les choses sérieusement ».Tels sont les leitmotivs de ces Climate Games. Et ce, malgré l’état d’urgence et les répressions policières. « Il y a une atmosphère arbitraire qui rend les choses difficiles, reconnaît la sociologue. Tout est devenu désobéissant. »

Détournement de publicités ou graffitis en mousse végétale.... Nombre des « aventures » en cours rapprochent art et activisme. Une idée défendue de longue date par le Laboratoire d’imagination insurrectionnelle. « Les artistes sont créatifs mais bien souvent égocentriques et peu engagés. Les militants sont au contraire très engagés, mais ils manquent d’imagination, note Isabelle Frémeaux. Donc, on a tout à gagner d’une synergie entre les deux. »

Détournement de publicité.

Face au « bunker du Bourget », face à la « déconnexion » des gouvernements, les organisateurs des Climate Games placent leurs espoirs dans la « capacité de créativité et de résilience des mouvements sociaux ».


COMMENT JOUER ?

- Créer une équipe. De deux membres à une trentaine, avec des novices ou des activistes chevronnés, « les inscriptions sont totalement ouvertes, et totalement anonymes ».

- Se former à l’action de désobéissance civile non-violente. Des stages sont proposés pendant toute la COP 21, notamment au 104 à la Zone d’action climat.

- Inscrire un terrain de jeu. Sur le site des Climate Games, une carte interactive et participative répertorie l’ensemble des « terrains de jeu » possibles : sièges de firmes multinationales, lieux publics, aéroports ou centres commerciaux.

- Réaliser une action, appelée « aventure ». Avec deux règles : « Personne ne doit être mis en danger » ; pas de compétition entre groupes, sauf contre « l’équipe bleue », celle des forces de l’ordre.

- Télécharger sur le site un compte-rendu de l’aventure : vidéo, photo, texte ou dessin.

- Une cérémonie pour remettre les 16 prix est prévue à la fin de la COP 21. Parmi les récompenses, « la coupe du courage qui se propage », « l’insigne de l’invention insurrectionnelle », ou encore « la cape d’invisibilité ».


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Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : Climate Games