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Luttes

Tunnel France-Italie : de coûteux travaux au détriment du train

La commune de Breil-sur-Roya, où aura lieu la manifestation, mène au tunnel en travaux et craint une augmentation exponentielle du trafic de poids-lourds.

« Moins de routes, plus de trains » : une mobilisation nationale, les 30 et 31 mai, appelle à investir dans le ferroviaire plutôt que dans l’automobile. Dans l’arrière-pays niçois, les militants dénoncent le coûteux chantier du tunnel de Tende, entre la France et l’Italie.

Nice (Alpes-Maritimes), correspondance

L’histoire semble sans fin. Reliant le Piémont aux Alpes-Maritimes, le tunnel de Tende cristallise les tensions. Il relie la France et l’Italie par la route. Mais les travaux de doublement de ce tunnel sont un gouffre financier. Autant d’argent qu’il faudrait investir dans les trains, clame un collectif.

Les 30 et 31 mai, à l’occasion de la mobilisation nationale « Moins de routes, plus de trains », le collectif 1 tunnel e basta organise un rassemblement à Breil-sur-Roya, l’une des communes menant à l’infrastructure.

Inauguré en 1882 après quatre ans de travaux, ce tunnel routier de 3 182 m de longueur était le plus long de son temps. Mais voilà treize ans qu’un chantier est en cours. En 2013, la fin de la première phase — la création d’un nouveau tube — était annoncée pour 2017. Puis, trois ans plus tard, devait s’achever la rénovation du tunnel historique. Le tout pour un budget de 170 millions d’euros. Mais en 2020, la tempête Alex a ravagé l’arrière-pays niçois, chamboulant une partie des plans.

« Le train, c’est une ligne de vie »

Aujourd’hui, les travaux entrepris semblent interminables. Malversations, problèmes avec la justice, déboires… Le projet, cofinancé par l’Italie et la France mais dont les travaux sont effectués par l’Italie, est pris en étau.

Le second tube, ouvert en juin 2025 en grande pompe, est désormais accessible, mais avec une circulation alternée à sens unique et seulement à certaines heures. « C’est source de beaucoup de pollution. Des files de véhicules en attente se forment avec des moteurs qui tournent, détaille Sébastien Olharan, maire sans étiquette de Breil-sur-Roya. Et ça engendre des comportements dangereux. »

Le collectif 1 tunnel e basta, fraîchement créé, veut stopper cette « débâcle financière ». Les militants proposent d’investir les 140 millions d’euros promis à la rénovation du tunnel historique dans la modernisation du ferroviaire. « Le train, c’est une ligne de vie. Ça nous a sauvés lors de la tempête Alex, il faut développer nos lignes », dit Joëlle Chemallé, membre du collectif.

Aujourd’hui, le premier train reliant directement Tende à Nice part quotidiennement à 12 h 59, le second part à 15 heures, mais c’est aussi le dernier. Et le trajet est trente minutes plus long qu’en passant par la route. « Évidemment que ça donne envie de privilégier la voiture », ajoute-t-elle.

Le lobby des camions

La septuagénaire s’inquiète : « Avec les travaux d’agrandissement du tube historique et la circulation en double sens, c’est certain qu’on va se retrouver avec des poids lourds. » Mais selon le maire de Breil-sur-Roya, cette problématique n’a pas lieu d’être.

Depuis un arrêté pris en 2017 par les cinq maires des villages et villes de la vallée ainsi que par le conseil départemental, les camions de plus de 19 tonnes ont interdiction de traverser les communes. « On a bien l’intention de maintenir cet arrêté, assure l’élu. Tous les maires sont d’accord là-dessus. Nous avons gagné devant le tribunal administratif lorsque le préfet et les transporteurs italiens l’ont contesté. » « Que valent cinq maires de villages face au lobby des camions ? » souffle la militante.

« La situation actuelle est pire qu’avant le début des travaux, on ne va quand même pas se contenter de ça », martèle le maire. Avant, le tunnel était ouvert en double sens avec un alternat pour les bus et les poids lourds.

Prochaine étape du chantier : la transformation des 4 lacets menant au tunnel côté français en 2 lacets, prévue pour fin 2026. Sébastien Olharan y voit une bonne nouvelle pour faciliter le passage des bus scolaires. Joëlle Chemallé prédit, à terme, une facilitation du passage des poids lourds. À la fin des travaux, le second tunnel ne sera plus interdit aux plus de 3,5 tonnes, comme c’est le cas aujourd’hui.

Elle s’inquiète que sa vallée suive la même évolution que Chamonix avec le tunnel du Mont-Blanc : « IIs sont dans la panade dans laquelle on ne veut pas être. »

D’autres mobilisations sont prévues en France le weekend du 30-31 mai. Devant la gare de Saint-Martin-de-Crau, le collectif En travers de la route invite à une déambulation pour demander le développement du train pour l’acheminement des marchandises qui arrivent au port de Fos-sur-Mer. En Normandie, les militants parcourront le trajet du train/tram qu’ils souhaitent voir s’installer entre Granville et Pontorson. Et dans le massif central, un rassemblement de La colère des sans trains est prévu samedi 30 mai à Clermont-Ferrand pour demander un plan rail plus développé.

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