BASF encore pris la main dans le sac : deux pesticides interdits découverts dans une usine française
Un activiste à la recherche de produits interdits dans l'usine BASF de Genay (Rhône), le 29 juin 2026. - © Alexandre Bagdassarian / Reporterre
Un activiste à la recherche de produits interdits dans l'usine BASF de Genay (Rhône), le 29 juin 2026. - © Alexandre Bagdassarian / Reporterre
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Des militants des Faucheurs volontaires se sont introduits sur le site de BASF, près de Lyon. En inspectant les produits stockés par l’entreprise, ils ont découvert deux pesticides dont le commerce est interdit en France, un an après une trouvaille similaire.
Genay (Rhône), reportage
Il était 10 heures, lundi 29 juin, quand une trentaine de Faucheurs et faucheuses volontaires d’OGM se sont introduits, en blouses blanches, dans un entrepôt du site Seveso seuil haut de BASF à Genay, au nord de Lyon. Ils y ont réalisé une nouvelle « inspection citoyenne ». Un an après une première « inspection » sur le site de l’entreprise allemande, les militants sont revenus pour découvrir, à nouveau, des pesticides interdits en France. Il s’agit du Versys, un insecticide formulé à base d’afidopyropen, non approuvé au niveau européen, et de l’Efficon, un autre insecticide contenant, lui, du dimpropyridaz.
L’action n’a duré que quelques minutes. À l’intérieur du bâtiment, les activistes ont pris en photo les étiquettes sur les bidons. Sur l’un d’eux, il était inscrit « Versys ». Cet insecticide contre les pucerons contient de l’afidopyropen, qui n’est pas approuvé au niveau européen. Il est destiné à être commercialisé au Canada. Au titre de la loi Egalim, il est pourtant interdit en France de produire, stocker et faire circuler — donc exporter — un produit phytosanitaire contenant une substance active non approuvée au niveau européen. « BASF est donc, à nouveau, dans l’illégalité », s’indigne Jean-Luc, membre des Faucheurs volontaires.
« Ces lois sont faites pour que les industriels puissent utiliser leurs failles »
Un peu plus loin, les activistes ont trouvé de l’Efficon, qui contient du dimpropyridaz. Ce pesticide est exporté par BASF vers le Brésil pour être utilisé dans les cultures de maïs, de coton et de soja. « C’est ce qu’on appelle du colonialisme chimique : on se permet de commercialiser dans d’autres pays des produits qu’on interdit chez nous », estime Fanny Métrat, porte-parole de la Confédération paysanne.
Sur d’autres bidons encore, il était écrit « Stedfast ». La substance active qui entre dans la composition de cet insecticide, l’alpha-cyperméthrine, présente une toxicité aiguë et n’est plus approuvée au niveau européen depuis 2021. Cela justifie son interdiction en France dans les produits phytosanitaires, au titre de la loi Egalim. Le Stedfast ne tombe toutefois pas sous le coup de cette interdiction, car il n’est pas utilisé en agriculture, mais seulement contre les termites. Il est donc considéré comme un biocide, et pas un phytosanitaire.
« Tout est fait pour faciliter ces pratiques des entreprises : ces lois sont faites pour que les industriels puissent utiliser leurs failles, et continuer à produire et exporter ces substances toxiques », réagit Annick, des Faucheurs volontaires.
« On y va parce que les démarches légales ont toutes été tentées et ne donnent rien. L’État ne nous donne pas le choix », estime Jean-Luc, des Faucheurs volontaires. Plusieurs militants participant à l’action ont été soumis à des contrôles d’identité et ont été emmenés à la gendarmerie de Neuville-sur-Saône, pour y être entendus en audition libre. L’entreprise BASF n’a pas répondu à nos questions, adressées par e-mail.
Une première « inspection » sans suite pénale
À la suite de la première découverte des Faucheurs, en 2025, l’industriel avait été contraint, sur injonction de l’État, de détruire son stock de Fastac, un produit phytosanitaire à base d’alpha-cyperméthrine, mais aussi d’Alert 10 SC, un insecticide contenant une autre substance active non approuvée en Europe, le chlorfénapyr. L’État avait en effet estimé que le retrait européen de l’approbation de ces substances relevait bien de « motifs liés à la santé humaine ou à l’environnement ».
Depuis, « aucune suite administrative ou pénale n’a eu lieu, s’étonne le collectif. Les géants de l’agrochimie, dont BASF, continuent de s’enrichir en exportant leurs substances interdites “made in France”, malgré tous les dégâts humains et environnementaux que leur utilisation occasionne ».
Des « dérégulations » en série
Réunis dans l’après-midi à Lyon à la suite de l’action, des militants de plusieurs organisations (Faucheurs volontaires, Confédération paysanne, Cancer Colère, Générations futures…) ont pris la parole. Toutes et tous déplorent les nombreuses « dérégulations » en cours concernant les pesticides.
Il y a bien sûr l’amendement, déposé par le sénateur Les Républicains Laurent Duplomb, à la loi d’urgence agricole, examinée depuis lundi au Sénat. Il y demande, à nouveau, la réautorisation à titre dérogatoire de deux pesticides prohibés en France, dont l’acétamipride, totalement interdit depuis 2020. Une mesure qui avait déjà été rejetée à l’été 2025, à la suite d’une mobilisation d’ampleur contre la loi Duplomb.
Des produits interdits dans l’Union européenne font par ailleurs régulièrement l’objet de dérogations, valables pour une durée de 120 jours. C’est le cas par exemple du dimpropyridaz, une substance active contenue dans des insecticides commercialisés par BASF, le Verseon et le Kadrion, utilisés contre les pucerons sur les betteraves sucrières et en vergers de pommiers. On en trouve aussi dans l’Efficon, trouvé par les militants dans les locaux de l’entreprise. « Le dimpropyridaz est une matière active qui n’a jamais été autorisée en Europe, (...) c’est donc maintenant le ministère de l’Agriculture qui se décrète agence d’évaluation », s’indignent les Faucheurs volontaires dans un communiqué.
« On en rajoute toujours plus, alors que la France est déjà le premier pays d’Europe et le troisième mondial en ce qui concerne l’utilisation de pesticides », rappelle Fanny Métrat. L’éleveuse s’inquiète également de l’autorisation européenne accordée aux « nouvelles techniques génomiques » (NGT), « des nouveaux OGM ».