Si les glaces continuent à fondre, les ours polaires auront disparu à la fin du siècle

Durée de lecture : 5 minutes

9 avril 2014 / Bénédicte Martin (Reporterre)



L’Arctique subit fortement le changement climatique. Une de ses conséquences en est de menacer la survie des ours polaires, affaiblis aussi par la pollution venue du sud.


Malgré son image de région immaculée, l’Arctique et ses habitants sont fortement menacés par la pollution. C’est ce que montrent avec précision les chercheurs qui étudient l’impact des changements climatiques et des polluants sur les ours de la mer de Barents.

Les scientifiques de l’Institut polaire norvégien ont notamment analysé des échantillons prélevés sur cent douze femelles capturées en avril et en mai de 2012 et 2013. Les résultats ont été présentés lors d’un colloque sur l’ours polaire, tenu récemment à Paris, par Sophie Bourgeon, une chercheuse française travaillant à l’Institut Norvégien à Tromsø.

- Sophie Bourgeon -

Elle a expliqué comment la biologie de cette espèce la fragilise face aux phénomènes qui affectent maintenant la région arctique. Les ours blancs atteignent leur maturité sexuelle vers quatre ans et se reproduisent au printemps. Chez la femelle, la croissance du fœtus ne débutera qu’à l’automne et elle mettra bas dans une tanière après une période de gestation très courte entre fin décembre et début janvier.

Les oursons, généralement au nombre de deux, doivent être protégés et allaités par leur mère jusqu’au printemps où ils sortiront ensemble de la tanière. Les oursons restent deux ans avec leur mère. De fait, l’ours polaire se reproduit tous les trois ans.

Entre le moment où la femelle est enceinte et le moment où elle sort de sa tanière avec ses petits, huit mois peuvent s’écouler sans qu’elle puisse chasser et manger. Elle n’aura que quatre mois pour s’alimenter dans l’année. Pour tenir le long jeûne qui l’attend, elle doit faire des réserves et accumuler des graisses dans lesquelles elle ira puiser quand elle sera immobilisée avec ses oursons. Elle doit donc se nourrir d’une grande quantité de phoques pendant l’été.

Si les glaces continuent à fondre, les ours polaires auront disparu à la fin du siècle

Cette situation physiologique extrême des ours est encore tendue par les changements climatiques. En effet, même s’ils sont bons nageurs, les ours n’attrapent pas les phoques dans l’eau mais chassent leurs proies depuis la glace qui flotte sur l’océan. Si bien que car la fonte des glaces réduit leurs terrains de chasse de plus en plus tôt.

Comme l’a indiqué le rapport du GIEC, l’Arctique subit de manière accélérée le réchauffement. L’augmentation des températures de l’air et des océans entraine plus de pluies, qui font fondre la couverture neigeuse et réduire la glace de mer, essentielle pour les ours.

La fonte de la glace de mer a un impact considérable sur les populations d’ours polaires. Une étude canadienne a montré que dans la baie de Hudson, “28 % des femelles enceintes ont échoué à se reproduire par manque de ressources au début des années 1990, mais 40–73 % pourraient échouer si la débâcle printanière se produit un mois plus tôt que pendant les années 1990, et 55–100 % si la débâcle se produit deux mois plus tôt.” (Molnar et al., Nature)

Des ours affamés et intoxiqués

Le jeûne prolongé des ours a une autre conséquence : en puisant dans leurs réserves de graisses les plus anciennes, ils s’intoxiquent avec les polluants présents dans leurs corps. Sophie Bourgeon précise que « tant que les polluants sont stockés dans la graisse, il n’y a pas d’impact majeur, mais dès lors qu’ils sont libérés dans l’organisme par le foie, ils sont toxiques pour le système immunitaire. »

Des taux élevés de polluants ont pu être identifiés et leurs effets étudiés. « On trouve parfois des oursons qui ont des malformations, il y a aussi des perturbations endocriniennes qui sont bien documentées maintenant » raconte Sophie qui a participé à toutes les captures depuis le début du projet.

En 2005, Marla Cone avait alerté l’opinion avec son livre Silent Snow. Dans une enquête minutieuse, elle montrait que des tonnes de produits chimiques dangereux et des pesticides arrivent en Arctique par les vents et les océans. Ces flux toxiques venant des Etats Unis, d’Europe et d’Asie ont des conséquences dramatiques sur l’écosystème.

Le lait des femmes Inuits qui mangent du phoque présente des concentrations plus élevées en PCB et en mercure que les femmes vivant dans les milieux les plus industrialisés.

De même les ours sont au sommet de la chaîne alimentaire. Prédateurs se nourrissant presque exclusivement de phoques, ils accumulent des polluants dans leurs organismes dès leur plus jeune âge.

En 2009, la Convention de Stockholm a interdit l’usage de nombreux polluants reconnus particulièrement toxiques.

La convention vise la santé humaine, mais les prescriptions en sont aussi bénéfiques pour les autres prédateurs – tels que les ours polaires. Mais de nouveaux polluants sont inventés chaque jour et leur présence en Arctique augmente.





Source : Bénédicte Martin pour Reporterre.

Photos :
. chapô : Sophie Bourgeon.
. portrait : Bénédicte Martin.

Lire aussi : Le trafic maritime en Arctique va aggraver le changement climatique.


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