Suite aux attentats, le nouveau visage de la mobilisation citoyenne

21 novembre 2015 / par Emilie Massemin (Reporterre)



La Marche mondiale pour le climat du 29 novembre et les rassemblement citoyens du 12 décembre ont été annulés par le gouvernement, suite aux attentats du vendredi 13 novembre. La Coalition Climat 21 n’a que très peu de temps pour se retourner. Quels sont les plans B envisagés ? Reporterre fait le point.

Comment faire pression sur les négociateurs de la COP 21 sans manifester physiquement ? C’est ce casse-tête qu’affronte la Coalition Climat 21, depuis l’annonce mercredi soir 17 novembre de l’interdiction de la Marche mondiale pour le climat du 29 novembre et des rassemblements citoyens du 12 décembre. Une décision gouvernementale communiquée par le ministère des Affaires étrangères, suite aux attentats du vendredi 13 novembre à Paris et à Saint-Denis.

La Coalition n’entend pas baisser les bras. « On nous demande parfois si l’on peut toujours parler de climat dans un tel contexte, rapporte vendredi matin Juliette Rousseau, coordinatrice de la Coalition Climat 21, lors d’une conférence de presse. Oui, plus que jamais, pour deux raisons. D’une part, la crise climatique est liée à des enjeux énergétiques, sources de conflits. Elle va entraîner des guerres, des déplacements de population, et une aggravation de la situation dans laquelle nous nous trouvons. D’autre part, les attentats de vendredi ont attaqué un ’nous’, un collectif. Pour y faire face, il faut une résilience collective. »

La conférence de presse de la Coalition Climat 21

Si la Coalition Climat 21 accepte la décision gouvernementale d’interdire ces deux grandes manifestations, ce n’est pas sans amertume. « Mardi matin, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius nous a laissé entendre que des alternatives nous seraient suggérées. Mais le lendemain, la préfecture de police a renouvelé l’interdiction sans rien nous proposer, alors que d’autres événements comme le marché de Noël des Champs-Élysées ont été maintenus, regrette Juliette Rousseau. Manuel Valls a déclaré que la négociation serait réduite à l’essentiel. Visiblement, nous ne faisons pas partie de cet essentiel. »

Reste alors à reformuler les mobilisations des 29 novembre et 12 décembre, une lourde tâche à laquelle les organisations de la société civile s’attellent depuis jeudi matin.

→ La Marche mondiale pour le climat du 29 décembre

Plusieurs pistes sont envisagées pour que la problématique du climat soit présente dans l’espace public le dimanche 29 novembre à Paris. L’ONG Avaaz envisage de « faire exister le parcours de la marche grâce aux créations réalisées par les artistes depuis des mois, utilisées ingénieusement entre République et Nation », décrit Marie Yared, responsable des campagnes France de l’organisation. Ces installations visuelles pourraient se doubler d’un « parcours sonore ».

Un « signe de ralliement dans tout Paris » pourrait être adopté, comme le slogan « ça marche toujours pour le climat ». « En terrasses de café, dans les boulangeries, les coins de rue, les balcons et les fenêtres, et même sur les vêtements, un symbole sera proposé pour exprimer son engagement pour le climat », complète un communiqué de la Coalition Climat 21.

Avaaz travaille également à un « appel aux chaussures » pour recouvrir la place de la République et les rues avoisinantes, et ainsi symboliser les pas des marcheurs. « La négociatrice en chef de la délégation française Laurence Tubiana a même prévu d’envoyer ses Converse », sourit Marie Yared.

Un site internet baptisé March 4 Me sera mis en ligne mercredi 25 novembre, pour « faire que ceux qui ne peuvent pas marcher puissent marcher symboliquement », explique Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement. Il sera complété sur Twitter du hashtag #March4Me. L’objectif est de mettre en relation les Franciliens privés de manifestation, avec des marcheurs d’autres villes voire d’autres pays, qui pourraient arborer leurs photos et prénoms sur leurs défilés. En effet, « 57 très grandes marches sont prévues dans des grandes villes du monde les 28 et 29 novembre, et 2 176 mobilisations dans le monde entier », selon Marie Yared.

Le collectif Les Désobéissants a pour sa part appelé à manifester malgré l’interdiction du gouvernement, dans un communiqué. « Nous refusons la stratégie du choc qui consiste à utiliser les attentats tragiques de ce vendredi 13 novembre pour restreindre les libertés », écrivent-ils. Vendredi soir, 2 900 personnes s’étaient déjà inscrites à cette marche sur la page Facebook de l’événement.

→ Les rassemblements citoyens du 12 décembre

Avant les attentats, deux temps forts étaient prévus : un encerclement du Bourget avec des structures gonflables rouges symbolisant les « lignes rouges » franchies par les négociateurs, et des chaînes humaines place de la République.

Pour l’instant, les organisateurs restent énigmatiques sur les plans B envisagés. « On réfléchit à des mobilisations ingénieuses pour que des dizaines de milliers de personnes soient dans la rue, mais sans rassemblements », indique seulement Malika Peyraut, des Amis de la Terre. « Certains pensent que la désobéissance civile est un devoir. Nous lançons un appel à la désobéissance civile, tout en tenant compte du contexte », complète Eros Sana, du mouvement de désinvestissement des énergies fossiles 350.org.

« Il ne faut pas céder à la peur »

Les autres manifestations ne changent pas. Les 5 et 6 décembre à Montreuil, se tiendront comme prévu le Village mondial des alternatives organisé par Alternatiba, le marché paysan des Amis de la Confédération paysanne et le Forum climat de la Coalition Climat 21.

La Zone d’Action Climat, du 7 au 11 décembre au CentQuatre dans le XIXe arrondissement de Paris, est également maintenue telle qu’elle avait été imaginée avant les attentats.

Reporterre reviendra sur ces événements dans les prochains jours.

« Partout à Paris, nous rencontrons cette idée qu’il ne faut pas céder à la peur et qu’il faut continuer à boire, danser et se mobiliser, souligne Eros Sana. Nos mobilisations sont une forme de résistance à la peur, à la terreur engendrées par les attentats. La résistance ne s’organise pas seulement autour de cacahuètes et de bières, mais aussi autour du climat. »




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Lire aussi : La Coalition Climat maintient la mobilisation pour la COP 21, mais les manifestations à Paris sont interdites

Source : Emilie Massemin pour Reporterre

Photos :
. chapô : © Tanya Ross / Greenpeace
. conférence de presse : Coalition climat 21 (Twitter, @climat21, 20 novembre)
. « Soyons le changement » : Désobéir

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