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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Une nuit sur la Zad du Testet

Alors qu’opposants et pro-barrages attendent la décision du Conseil général du Tarn quant à l’avenir du barrage de Sivens, la tension monte sur la zone humide du Testet. Les pro-barrages bloquent la Zad. Il y a quelques jours, Reporterre a passé une nuit avec les zadistes qui veillent face aux provocations.

-  Zad du Testet, Lisle-sur-Tarn (Tarn), reportage

1 h 30 du matin, la température extérieure tombe à -7 degrés. Une poudre glacée recouvre la vallée du Tescou. Il fait à peine plus chaud dans la guérite du checkpoint « Barikade », une cabane construite en bois, isolée par des couvertures et des bâches en plastique. Cette nuit de février, ils sont cinq zadistes dont une femme, âgés de 19 à 23 ans. Groupés autour d’un petit poêle centenaire, ils sirotent du thé à la menthe. Ils scrutent les environs avec leurs lampes frontales, guettant la moindre anomalie, les oreilles rivées au talkies-Walkies.

Bienvenue au principal point d’entrée de la ZAD du Testet. Tous les autres sont condamnées par des barricades et des ravins. Situé sur la départementale D999, on y pénètre après le passage de cinq chicanes et en attendant l’ouverture d’une lourde porte en métal.

Vingt-quatre heure sur vingt-quatre, des groupes se relaient à ce poste stratégique : c’est ici que se situe le dernier accès encore praticable par des véhicules. Militants, ravitaillements ou policiers et « pro-barrage »... tous passent par ici. « On observe qui entre sur la zone, car on est jamais à l’abri des infiltrés », expliquent les veilleurs, qui souhaitent garder l’anonymat. « On repère tout de suite les gens à leur attitude, on se rend vite compte s’ils connaissent les lieux et les usages. » En cas de problème, les veilleurs lancent une alerte par talkies-walkies. La nuit, toutes les heures, un « check radio » permet de vérifier que les autres postes de surveillance reçoivent bien les communications... et qu’ils ne dorment pas. Les noms de code sont d’usage, comme « Espion », « Stardust » ou « Kebab ».

"Des locaux nous soutiennent en apportant matériel et nourriture"

« Ici on est la première ligne. S’il y a une attitude agressive sur la barricade, même si on lance une alerte aux talkies et que les renforts arrivent vite, les premiers sur la zone, ce sont nous. » Boucliers, barrières, cailloux, bâtons. Les zadistes préfèrent garder quelques armes de fortune, au cas où. Pour la surveillance, ils élèvent aussi des chiens. « Certains sont particulièrement attentifs et arrivent à repérer des mouvements et des bruits à plusieurs centaines de mètres la nuit. Mais la plupart du temps, ils pensent surtout à manger. »

Les veilleurs nocturnes restent souvent au check point plus de dix heures. La cabane dispose donc d’une cuisine, et un lieu pour dormir est en construction. « C’est aussi un lieu de vie », précisent les zadistes. Le poêle permet de maintenir un peu de chaleur, mais rien à faire contre l’humidité. « On a beau mettre des sacs en plastique dans nos chaussures ou fabriquer des sur-chaussures en couverture, la flotte est partout », soupirent-ils.

Quand des visiteurs surgissent sur le chemin, ils se retrouvent nez-à-nez avec les veilleurs munis de masques et de boucliers. « Ceux qui viennent pour la première fois sont parfois perturbés, mais il y a surtout des locaux, qui nous soutiennent en nous apportant du matériel et de la nourriture. Il y a un même un groupe qui vient de Montpellier tous les jeudi avec du tabac, du vin et des bougies ! »

Des provocations fréquentes

Soudain on entend une, puis deux explosions, comme des coups de feu, provenant de l’autre bout de la vallée. Les talkies-walkies ne tardent pas à crépiter de tous les indicatifs. « Vous avez entendu ça ? Ça vient d’où ? » La réponse ne se fait pas attendre et arrive du poste avancé sur la D999 : « La barricade du pont est en feu ». Tout le monde pense immédiatement à une action nocturne des pro-barrages. « On a besoin de soutien sur la barricade du pont, la situation n’est pas claire et on voit des mouvements de lampes frontales dans les bois ».

Immédiatement une partie de l’équipe du checkpoint Barikade saute dans une vielle 106 déglinguée, fonçant toutes lumières éteintes à travers la ZAD. En chemin, ils se masquent et éteignent leurs lampes frontales. Une fois sur place, la barricade a été éteinte à grand renfort de neige et d’eau du Tescou. Ça sent l’huile et l’essence à des centaines de mètres. Les zadistes découvrent des bonbonnes de peinture, hautement explosives, dans le brasier. Certains se lancent à la poursuite des « assaillants ». On entend des cris, « Sortez de mon champ ! », et des imitations de hurlements de loups.

Si les actions de pro-barrages sont très fréquentes, les policiers semblent plus discrets. « Ils viennent jeter un coup d’œil, mais ils s’arrêtent à la première chicane. Et en général si on s’avance avec les boucliers et les masques, ils s’en vont. » Mais depuis quelques jours, la situation se tend à nouveau.

- La zad du Testet vue du ciel -

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