Valognes, nouveau départ de la lutte antinucléaire

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8 décembre 2011 / Collectif Valognes stop castor



"Il nous faut perturber par tous les moyens les flux d’uranium et
de déchets qui tissent le fonctionnement régulier et soigneusement occulté
de l’industrie de l’atome aussi bien que son maillon faible. Il nous faut
empêcher la construction de l’EPR de Flamanville et déboulonner les lignes
THT qui doivent y aboutir, si nous ne voulons pas en reprendre pour 40 ans
de plus de soumission au chantage nucléaire."


À Valognes, le 23 novembre dernier, c’est un peu de l’arrogance du lobby
nucléaire qui a dû en rabattre, et c’est un peu du sentiment d’impuissance
qui poisse depuis tant d’années celles et ceux qui le combattent qui s’en
est allé. Alors qu’Areva se permettait la semaine précédente d’exposer aux
journalistes comme il leur avait été simple de faire retirer le paragraphe
sur le MOX de l’accord PS-EELV, dévoilant ainsi aux yeux de tous qui est
le maître en ces matières, ils offraient à Valognes l’image du plus
complet désarroi : ils hâtaient d’un jour, dans la précipitation, le
départ du train CASTOR, faisaient boucler par la préfecture tout le centre
de Valognes, fermer les collèges et lycée de la ville pour la journée et
dénonçait ensuite ces gens « qui ont perturbé le fonctionnement de toute
une région »
. Tout cela parce que 500 personnes venant de toute la France
s’étaient donné rendez-vous dans un camp pour bloquer un train et partager
leur désir d’en finir avec la mainmise du nucléaire sur leur vie.

L’efficacité véritable de l’action collective réside rarement dans ses
effets les plus perceptibles. Que nous ayons réussi par trois fois à
accéder en masse aux voies, à y soulever les rails, en ôter le ballast sur
plusieurs dizaines de mètres et finalement à retarder le départ du train
de plusieurs heures, et ce malgré l’énormité du dispositif policier, n’est
certes pas un résultat négligeable. Mais nous accordons plus d’importance
à la façon dont nous sommes parvenus à un tel résultat, à l’intelligence
collective qu’il faut avoir acquise pour arriver, par une marche nocturne
à travers champs, à prendre de court les forces adverses et, de là, à les
fixer en un point pour que d’autres trouvent les rails libres quelques
centaines de mètres plus loin.

Nous nous souviendrons pour longtemps du soleil qui se lève sur une brume à l’odeur de gaz lacrymogène, des habitants et habitantes de Flottemanville qui nous offrent spontanément du café et nous encouragent, de ces maires qui nous ouvrent leur mairie, réconfortent nos blessés, nous offrent le refuge. Et nous n’oublierons pas de sitôt ces cartouches de gaz CS qui pleuvent indistinctement sur tout le village, dans ses maisons, ses poulaillers, et qui témoignent assez de tout le respect que la police éprouve à l’endroit de la population. Qui a dit, d’ailleurs, que la population du Cotentin était uniformément favorable au nucléaire qui la fait vivre ? Nous avons, nous, croisé ce ce jour-là, de nombreux soutiens actifs dans la population, tout comme auparavant des voisins, des familles, étaient venues sur le camp pour
partager le repas.

Plutôt que de minorer le nombre des manifestants, de les traiter de
« casseurs », de se féliciter que le train soit tout de même parti, Areva et
sa préfecture feraient bien de s’inquiéter de la détermination de celles
et ceux qui ont agi là, comme de la solidarité qui s’est exprimée à leur
endroit, que ce soit localement ou en Allemagne. A combien de décennies
remonte, en France et toute proportion gardée, la dernière grande bataille
contre la pieuvre atomique ? Faut-il être aux abois pour inculper une
manifestante de 65 ans pour vol, parce qu’elle a prélevé quelques canettes
de soda sur un camion de livraison de repas de la gendarmerie en flammes
et nier devant les journalistes tout coup de matraques quand cela fait
plusieurs heures que les images de manifestants tabassés sont sur tous les
écrans ?

Le feuilleton national des dernières semaines autour du nucléaire ne peut
guère laisser de doute sur ce qu’il y a à attendre des gouvernements pour
ce qui est d’en sortir. En la matière, nous ne pouvons compter que sur nos
propres forces. Si Valognes nous a renforcés et a renforcé notre cause,
c’est en cela : que ce soit pour l’organisation du camp ou de l’action,
pour ce qui est de prendre les décisions justes ou d’exprimer nos idées,
nous n’avons attendu personne. Nous avons fait ce que nous pouvions, dans
la mesure de nos moyens certes limités, mais non dérisoires. Et en dépit
des manoeuvres d’Areva, de la SNCF et de leurs complices, nous avons
réussi à faire ce que nous nous étions proposés de faire. La chose n’est
pas si courante.

Qui plus est, nous savons que Valognes ne fut pas le seul point de blocage du CASTOR en France, et même si Areva et la SNCF tentent de taire le harcèlement dont ils font l’objet, nous sommes omniprésents et
irréductibles. Les retards du CASTOR, consécutifs à l’action de blocage de
la voie dans le sud-Manche et à l’usage de signaux d’alarme dans la région
de Rouen en sont la preuve. Nous espérons seulement que cet exemple
donnera de la force à toutes celles et tous ceux qui, ailleurs, brûlent
d’en faire autant.

Nous n’avons jamais envisagé Valognes comme un coup d’éclat, mais plutôt
comme un nouveau départ, un apport de vigueur, une contribution déterminée à tout ce qui, en France, veut s’affranchir de la fatalité nucléaire. Nous savons que le chemin sera long et âpre. En même temps qu’il nous faut nous arracher à la production électrique centralisée et retrouver dans notre
façon de vivre comme dans ce qui nous entoure l’énergie dont nous avons
besoin, il nous faut perturber par tous les moyens les flux d’uranium et
de déchets qui tissent le fonctionnement régulier et soigneusement occulté
de l’industrie de l’atome aussi bien que son maillon faible. Il nous faut
empêcher la construction de l’EPR de Flamanville et déboulonner les ligne
THT qui doivent y aboutir, si nous ne voulons pas en reprendre pour 40 ans
de plus de soumission au chantage nucléaire. Il y a tout un décrochage à
organiser, un décrochage technique et politique vis-à-vis de la normalité
nucléarisée.

Areva juge nos méthodes « inacceptables » ; nous jugeons que
c’est l’existence même d’Areva qui est, en chacun de ses détails,
inacceptable. Les milliards investis dans le lifting de son image, depuis
que la Cogema est devenue Areva, n’y changeront rien. Il faut que la
production d’énergie à partir de l’atome devienne partout visiblement le
problème qu’elle est essentiellement. Comptez sur celles et ceux de
Valognes pour y travailler.






Source : Le Libre Arbitre

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