Média indépendant, en accès libre pour tous, sans publicité, financé par les dons de ses lecteurs
Recevoir la lettre d'info

Reportage — Présidentielle

« Votez par conviction ! » : le cri du cœur de Yannick Jadot pour remonter la pente

Meeting de Yannick Jadot à Paris, le 27 mars 2022.

En rassemblant 4 000 militants au Zénith de Paris, Yannick Jadot a tenu dimanche 27 mars son unique grand meeting de campagne. Un rassemblement capital pour la dernière ligne droite.

Paris, reportage

« Le vote utile est un mirage. » Dimanche 27 mars, Yannick Jadot tenait son grand meeting de campagne, dans l’antre du Zénith de Paris. Désireux de rompre avec des mois de fâcheuse immobilité dans les sondages, le candidat écologiste à la présidentielle 2022 a jeté ses dernières forces dans la bataille, optant pour un discours offensif à l’égard d’Emmanuel Macron (La République en marche)... et surtout de Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise).

Les sympathisants verts auront laissé planer le suspense jusqu’au bout. À quelques minutes de l’ouverture du bal, les rangées de sièges sont encore à moitié vides. Sur la scène, un duo de chanteurs pop parisiens, Papooz, livre quelques notes de guitares. À son tour, la musicienne franco-israélienne Yael Naim interprète son single New Soul, sous la lumière tamisée violette des projecteurs. Et voilà que, maintenant, la salle de concert est comble. Les 4 000 personnes qu’espérait le parti ont bien fait le déplacement. « On me dit dans l’oreillette que nous vivons en ce moment le plus grand meeting de l’histoire des écologistes », se réjouit la députée Delphine Batho.

« J’espère simplement que si Jadot obtient un bon résultat, Macron arrêtera de tourner le dos à l’écologie. Et qui sait, il fera peut-être de Jadot un de ses ministres… » © Mathieu Génon/Reporterre

À 14 heures, la députée européenne Karima Delli s’empare du micro et ses premières paroles donnent le ton : « En ce moment trotte une petite musique selon laquelle il y aurait un vote utile... C’est faux ! Le vote utile est celui de vos convictions et le 24 avril, nous l’emporterons. » Montée du Var le matin même pour assister au rassemblement, Muriel n’a pas songé un instant faire faux bond à l’écologiste de Picardie : « Je suis totalement confiante. Il ne faut pas se fier aux sondages, il va y avoir un sursaut ! » Un peu plus loin, Cendrine, qui entame sa reconversion après des années passées dans un groupe du CAC40, garde aussi espoir : « J’espère qu’il y a un vote caché... mais pas pour Zemmour. »

Cet optimisme est cependant loin d’être partagé par toute l’assemblée : « Soyons réalistes ! C’est perdu d’avance », reconnaît Viktor, d’un sourire teinté d’amertume. Pour Damien, trentenaire venu à vélo, l’objectif n’est même plus d’atteindre le second tour : « J’espère simplement que si Jadot obtient un bon résultat, Macron arrêtera de tourner le dos à l’écologie. Et qui sait, il fera peut-être de Jadot un de ses ministres... »

La Russie, sujet cristallisant le plus de dissensions entre Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. © Mathieu Génon/Reporterre

Mélenchon en ligne de mire

Sur les coups de 16 heures, Yannick Jadot grimpe sur le podium, bras grands ouverts. Sans plus attendre, il ouvre son discours par l’invasion de l’armée russe en Ukraine, sujet cristallisant le plus de dissensions avec Jean-Luc Mélenchon : « Nous avons le souvenir du silence des tribuns, d’habitude si bavards en leçon de géopolitique, qui se réjouissaient que Poutine rétablisse l’ordre en Syrie. Les tribuns dont les contorsions actuelles dissimulent tellement mal leur abandon des Ukrainiens. L’histoire nous apprend que la lâcheté des uns fait l’impunité des autres », assure-t-il, la main tendue vers Elizaveta Dmitrieva. Militante franco-ukrainienne, celle-ci dénonçait quelques instants plus tôt, larmes aux yeux, la complicité de TotalÉnergies avec le régime de Poutine.

« La France est notre maison et l’Europe, notre village ! » © Mathieu Génon/Reporterre

Dans les gradins, toute de vert vêtue, une militante réagit : « Il a raison. Jean-Luc Mélenchon et son appétence pour les Russes, c’est non merci ! Jadot a toujours été constant vis-à-vis de Vladimir Poutine, qu’il a eu le courage de qualifier de dictateur. D’autres ne peuvent pas en dire autant. » Pour clôturer le chapitre de l’Ukraine, l’écologiste promet qu’il portera l’idée d’un embargo total sur le pétrole et le gaz russe devant l’Union européenne.

L’Union européenne, un second point de discorde avec Jean-Luc Mélenchon, sur lequel Yannick Jadot entendait convaincre en cette après-midi ensoleillée. Bien que moins radical qu’en 2017, le candidat de La France insoumise souhaite en effet renégocier les traités et créer l’opt out, un dispositif permettant aux États membres de ne pas adopter les politiques européennes.

Pour l’écologiste, qui siège au Parlement strasbourgeois depuis près de treize ans, il faut au contraire aller plus loin : « La France est notre maison et l’Europe, notre village ! Je propose qu’au lendemain de l’élection, le peuple français soit consulté par référendum sur une union approfondie des Européens, dit-il, applaudi par ses sympathisants. Je propose également une fédération européenne aux pays européens n’ayant pas encore rejoint l’Union et que l’expansionnisme de Vladimir Poutine menace. »

Yannick Jadot salue Noël Mamère, qui avait eu le meilleur score d’un écologiste aux présidentielles, en 2002. © Mathieu Génon/Reporterre

La séparation des lobbys et de l’État, un acte fondateur

« À combien de parties de cache-cache aura-t-on droit ? » De longues minutes durant, le candidat EELV a dénoncé le refus de débattre du président sortant. Il y voit là une tentative de « masquer l’inanité de son bilan et la brutalité de son projet » et appelle les Français ayant parié sur le progressisme d’Emmanuel Macron en 2017 à ne pas se tromper une seconde fois : « Vous vouliez une action résolue pour l’écologie, vous avez eu un quinquennat d’inactions climatiques. Vous vouliez une France apaisée, Macron n’a eu de cesse de souffler sur les braises de la division, méprisant les appels au secours des Gilets jaunes. Vous vouliez la justice sociale, vous avez la baisse des APL et la suppression de l’ISF. Vous vouliez que les droits des femmes soient enfin une grande cause nationale, plus de 600 féminicides ont été commis en cinq ans. »

À chaque déboire passé au crible, Yannick Jadot répond par une proposition. Reconnaissance du crime d’écocide, fin des OGM, ISF climatique, SMIC à 1 500 euros, enveloppe de 1 milliard d’euros pour protéger les femmes contre toutes les formes de violence... « Et puis évidemment, l’un des actes fondateurs de notre République écologique sera de voter, dès notre arrivée, une loi de séparation des lobbys et de l’État. Il y en a marre de leur arrogance ! »

Parmi les électeurs de Yannick Jadot venus au meeting, certains lui reprochent de ne pas tendre suffisamment la main aux plus précaires. © Mathieu Génon/Reporterre

Au pied de la tribune, Cédric Villani, mathématicien et ancien député LREM à la célèbre broche araignée, semble conquis : « Depuis trente ans, les scientifiques du Giec nous disent que le changement climatique est une question de vie ou de mort. La seule attitude rationnelle que l’on peut avoir en 2022, c’est de voter Yannick Jadot. »

Parmi les électeurs de Yannick Jadot venus assister au meeting, certains lui reprochent toutefois de ne pas tendre suffisamment la main aux plus précaires : « Il doit davantage s’adresser à eux, les rassurer et leur dire qu’ils seront accompagnés dans le changement de leur mode de vie. Le débat nucléaire contre éoliennes... Ils n’en ont rien à faire », regrette Diane, formatrice de travailleurs sociaux. Un avis partagé par Nicolas, informaticien vivant en proche banlieue parisienne : « J’aimerais le voir parler plus souvent de questions sociales. Dire qu’il faut arrêter la voiture et la malbouffe, c’est bien. Mais quelles solutions propose-il aux plus pauvres pour y parvenir ? »

Diane, formatrice de travailleurs sociaux, au meeting de Jadot. © Mathieu Génon/Reporterre

« On ne vote pas en oubliant le passé »

Pendant son intervention, Yannick Jadot parle peu des candidats d’extrême droite, dénonçant simplement « leur ignoble théorie du grand remplacement » à laquelle il répond par son « défi du grand réchauffement ». Non, l’enjeu est ailleurs.

Son « écologie pragmatique » étant souvent décrite comme trop timide, pas assez radicale, le candidat veut prouver que son clan et lui sauront ne pas reculer : « Eva Joly, Noël Mamère, Dominique Voynet et José Bové n’ont jamais rien cédé. Damien Carême, qui a refusé de laisser des exilés dormir dans la boue, n’a jamais rien cédé. Delphine Batho, à qui l’on a demandé de se taire quand elle était ministre, n’a jamais rien cédé. Marie Toussaint, avec l’Affaire du siècle, n’a jamais rien cédé », tonne-t-il enfin le doigt pointé vers la députée européenne.

Delphine Batho a été ministre de l’Ecologie sous François Hollande, poste dont elle a démissionné en 2013. © Mathieu Génon/Reporterre

Avant de quitter les militants sur l’hymne national, Yannick Jadot assène un dernier tacle au chef de file de La France insoumise : « On ne vote pas en oubliant le passé. On ne vote pas en oubliant les soutiens à l’intervention russe en Syrie ni les ambiguïtés face aux complotistes de la crise sanitaire. Renversez la table, votez par conviction et au soir du 10 avril, vous pourrez opposer Jadot à Macron ! »

Ce discours offensif suffira-t-il à déjouer les pronostics en quinze jours ? Pour Maryse, c’est une évidence : « Rappelez-vous la primaire de la droite. Ils donnaient Xavier Bertrand grand vainqueur, il a fini avant-dernier. On va gagner ! »


📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d'une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner
Fermer Précedent Suivant

legende