7e leçon des jeunes au gouvernement : place à l’éco-construction

19 avril 2019 / Les Camille de la grève de la jeunesse pour le climat

Face à un gouvernement qui « maintient ses notes proches de 0 », la mobilisation des jeunes pour le climat se poursuit. Dans cette tribune, une partie d’entre eux s’attaque au secteur du bâtiment et propose de passer à l’éco-construction. Sinon, rendez-vous vendredi 19 avril.

Ce texte a été écrit par les Camille du groupe « revendications » constitué à la suite de l’assemblée générale (AG) interfac rassemblée vendredi 8 février 2019 et comportant des étudiant.e.s et lycéen.ne.s de divers établissements de la région parisienne. Cette AG a été organisée par plusieurs associations étudiantes parisiennes écologistes en vue de lancer le mouvement de grève pour l’environnement de la jeunesse reconduite chaque vendredi à partir du 15 février.

Le 12 février 2019, Reporterre publiait leur manifeste pour le climat et leur premier ultimatum : déclarer l’état d’urgence écologique et sociale afin de débloquer un plan interministériel à la hauteur des risques encourus. Leur deuxième ultimatum concernait l’énergie, le troisième, l’alimentation, le quatrième l’écoféminisme, le cinquième l’organisation capitaliste mondialisée et, le sixième, la politique de transports.


Le sujet de ce vendredi 19 avril adressé au gouvernement concerne le secteur du bâtiment. Celui-ci est en effet une illustration stupéfiante de l’absurdité à laquelle mène souvent l’organisation capitaliste actuelle, et du gâchis écologique qu’elle engendre. En France, il représente à lui seul près de 40 % des émissions de CO2, en plus de concentrer un nombre considérable d’emplois socialement précaires, éprouvants voire dangereux, et qui sont presque exclusivement masculins. La production de ciment, matériau principal employé pour la plupart des constructions actuelles, est un scandale environnemental : alors même que le ciment ne constitue pas un bon isolant, l’industrie cimentière est extrêmement carbonée et engendre à elle seule plus de 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit plus que l’ensemble du trafic aérien international. De plus, l’ensemble de la production française est détenue par seulement cinq grands groupes, dont dépendent complètement la majorité des nouvelles constructions.

Des matériaux simples et abondants et un retour à l’échelle locale

À l’inverse du modèle de construction standard utilisé aujourd’hui, de nombreuses techniques d’éco-construction sont déjà développées, affichant de bonnes performances d’isolation, et permettant ainsi de diviser considérablement la consommation d’énergie de chauffage et de se passer de climatisation. Aussi, elles utilisent généralement des matériaux simples, abondants et disponibles presque partout, ce qui évite la dépendance aux grands groupes économiques et le transport sur de longues distances, en rendant possible un réel retour à l’échelle locale. Par exemple, la construction à base de la combinaison bois – terre – paille présente un fort intérêt écologique. La terre d’excavation et la paille sont à la fois bon marché et facilement disponibles puisqu’elles sont actuellement considérées comme des déchets. Elles sont produites en quantité largement suffisante pour bâtir les 400.000 logements construits en France annuellement.

De surcroît, en poussant, la paille ainsi utilisée puiserait dans l’atmosphère plus de 5,5 millions de tonnes équivalent CO2 tandis que, à titre de comparaison, la quantité de laine de verre ou de polystyrène nécessaire pour obtenir le même niveau d’isolation émettrait respectivement 370.000 et 1 million de tonnes équivalent CO2.

Enfin, ces matériaux sont recyclables ou compostables, et éviteraient de produire une grande partie des quelques 230 millions de tonnes de déchets générés chaque année par le secteur du bâtiment.

Après avoir réalisé ce constat édifiant, le gouvernement devra réagir sans attendre et prendre une série de mesures adaptées à l’ampleur du problème. Il faudra notamment :

  • Lancer un plan massif d’isolation des bâtiments déjà existants, par des méthodes à faible impact environnemental, conjointement à un plan de développement des compétences par des formations sur tout le territoire. Ces rénovations thermiques sont coûteuses, c’est pourquoi un plan de financement par création monétaire ou par un système de prêts à taux 0 à long terme peut être envisagé le temps d’effectuer les rénovations, à condition de veiller au risque que présentent ces méthodes d’établir un nouveau système capitaliste à l’apparence durable, mais anti-écologique.
  • Imposer des méthodes d’éco-construction pour tous les nouveaux bâtiments construits, pour lesquels les matériaux devront provenir de filières locales, en s’imposant pour objectif la division par dix du bilan carbone du secteur du bâtiment.
  • S’assurer que tous les nouveaux bâtiments publics soient passifs, c’est-à-dire qu’ils produisent au moins autant d’énergie qu’ils en consomment.

Puisqu’il persiste dans son manque de volonté et maintient ses notes aussi proches de 0 depuis plusieurs semaines, le gouvernement nous a prouvé qu’il n’était pas à la hauteur de la situation. Il n’y a plus rien à attendre de lui, tant il s’est appliqué à ignorer ses devoirs et à mentir. Nous continuerons donc à distribuer les sujets chaque semaine, mais sommes conscients qu’il ne travaillera bien souvent que sous la contrainte. Nous saurons la lui imposer.

Nous donnons rendez-vous à tous les grévistes, ce vendredi 19 avril, à l’action de désobéissance de masse « Bloquons la République des pollueurs » organisée notamment par ANV COP 21, pour le septième rendu des copies.



Lire aussi : 6e leçon des jeunes au gouvernement : arrêtons le désastre du transport

Source : Courriel à Reporterre

Dessin : © Jef Vivant/Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.



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