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6e leçon des jeunes au gouvernement : arrêtons le désastre du transport

Durée de lecture : 5 minutes

4 avril 2019 / Les Camille de la grève de la jeunesse pour le climat

Semaine après semaine, la mobilisation des jeunes pour le climat se poursuit en France. Dans cette tribune, une partie d’entre eux pose un 6e ultimatum punitif au gouvernement : une réorientation « drastique » de sa politique de transports ou la grève vendredi 5 avril.

Ce texte a été écrit par les Camille du groupe « revendications » constitué à la suite de l’assemblée générale (AG) interfac rassemblée vendredi 8 février 2019 et comportant des étudiant.e.s et lycéen.ne.s de divers établissements de la région parisienne. Cette AG a été organisée par plusieurs associations étudiantes parisiennes écologistes en vue de lancer le mouvement de grève pour l’environnement de la jeunesse reconduite chaque vendredi à partir du 15 février.

Le 12 février 2019, Reporterre publiait leur manifeste pour le climat et leur premier ultimatum : déclarer l’état d’urgence écologique et sociale afin de débloquer un plan interministériel à la hauteur des risques encourus. Leur deuxième ultimatum concernait l’énergie, le troisième, l’alimentation, le quatrième l’écoféminisme et le cinquième, l’organisation capitaliste mondialisée.


Pour ce vendredi 5 avril, nous proposons au gouvernement de travailler sur la question des transports. En plus d’être responsable de 39 % des émissions françaises de gaz à effet de serre et de 9 % de la mortalité nationale à cause des pollutions aux particules fines, ce secteur participe à la victoire toujours plus grande du bitume et des sols artificiels sur les terres naturelles et leur biodiversité, qui réquisitionne des surfaces immenses pour les transformer en chaussées et en parkings et qui accentue les vagues de chaleur en zones urbaines. Le réseau routier atteint une telle densité que les espaces naturels se trouvent fragmentés : les déplacements des animaux sauvages sont entravés et des dizaines de milliers d’entre eux (sans compter les insectes et autres petits animaux) sont tués chaque année par des collisions avec des véhicules, véritables meurtres d’une violence inouïe contre le vivant.

La structure du système de transport constitue également une illustration édifiante des inégalités mondiales générées par l’organisation économique : environ un tiers des voitures individuelles dans le monde circulent en Union européenne, qui ne représente pourtant que 7 % de la population. De même, le nombre de passagers aériens se compte chaque année en milliards, mais on estime que seulement 10 % de la population mondiale se partage l’ensemble de ces vols. La dernière proposition de taxe sur les carburants en France, simple élément déclencheur du mouvement des Gilets jaunes (qui témoigne en réalité d’une colère bien plus profonde), révèle toute l’injustice des politiques en matière de transport. Alors que les carburants des porte-conteneurs et des avions sont massivement détaxés, et que les vols low-cost sont même subventionnés par l’Union européenne, cette taxe touche directement les populations les plus précaires, victimes d’un système qui ne leur permet bien souvent pas de se passer de l’usage de la voiture.

Un odieux capitalisme vert ne serait pas écologique 

Mais le problème posé par la place actuelle des transports dans nos sociétés occidentales ne se résume pas à des statistiques ou à des données objectives. En réduisant toujours plus les temps de trajet à la surface de la Terre, en imposant à chacun un rythme de vie effrénée dans sa course vers la production de valeur, le capitalisme nous a arrachés à nos territoires. Nous n’habitons plus nulle part : la vie de village s’éteint lentement, nos voisin.e.s ne nous sont plus d’aucune utilité, nous n’éprouvons plus l’attachement qui peut nous relier à la Nature d’un lieu. Plus nous allons vite, et moins nous avons de temps pour vivre, c’est-à-dire pour vivre quelque part. À celles et ceux qui nous accuseraient d’être trop philosophiques, nous répondons que l’écologie ne se réduit pas à un alignement mathématique des indicateurs mondiaux vers les valeurs soutenables prévues par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), mais qu’elle constitue un véritable projet de société. Un odieux capitalisme vert ne serait pas écologique.

À la suite de ce constat accablant, le gouvernement devra prendre plusieurs mesures significatives pour réorienter drastiquement sa politique en matière de transport.

  • Annoncer la fin du trafic aérien et la réorientation de toutes les subventions publiques auparavant destinées aux trajets en avion vers les déplacements en train ;
  • Mettre fin aux importations et aux exportations maritimes lointaines ;
  • Interdire la circulation automobile en centre-ville des grandes agglomérations, et mettre en place le développement massif des transports en commun et des réseaux de pistes cyclables ;
  • D’une manière générale, la tâche fondamentale de l’État consiste à réorganiser la société autour de l’échelle locale, et à créer les conditions permettant à toutes et à tous d’adopter un mode de vie débarrassé de l’usage de la voiture, et à l’encourager fortement.

Puisqu’il persiste dans son manque de volonté et maintient ses notes aussi proches de 0 depuis plusieurs semaines, le gouvernement nous a prouvé qu’il n’était pas à la hauteur de la situation. Il n’y a plus rien à attendre de lui, tant il s’est appliqué à ignorer ses devoirs et à mentir. Nous continuerons donc à distribuer les sujets chaque semaine, mais sommes conscients qu’il ne travaillera bien souvent que sous la contrainte. Nous saurons la lui imposer.

Nous donnons rendez-vous à tous les grévistes, ce vendredi 5 avril, pour le sixième rendu des copies.



Source : Courriel à Reporterre

Photo :
. chapô : lors de la marche des jeunes pour le climat du 15 mars 2019. © Nnoman/Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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