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ReportageSocial

À l’hommage pour Mehdi Kessaci : « Il n’était coupable que d’être mon frère »

À Marseille, le 22 novembre 2025.

À Marseille, plus de 6 000 personnes ont rendu hommage à Mehdi Kessaci, tué par balles. « Il n’était coupable que d’être mon frère », a déclaré Amine Kessaci, écologiste engagé contre le narcotrafic.

4e arrondissement de Marseille (Bouches-de-Rhône), reportage

« Justice pour Mehdi ! » a scandé une foule dense, plus de 6 000 personnes, rassemblée le 22 novembre dans le vif froid du 4e arrondissement de Marseille. Le 13 novembre, Mehdi Kessaci, 20 ans, avait été assassiné sur le rond-point Claudi Darcy de plusieurs balles dans le thorax par deux hommes à moto.

« Il n’était coupable que d’être mon frère », dit Amine Kessaci, militant écologiste engagé pour dénoncer les causes du narcotrafic, dans un discours enregistré.

Amine Kessaci, sa soeur, et Ouassila Benhamdi, leur mère, déposent des fleurs en mémoire de Mehdi Kessaci. © Léonor Lumineau / Hans Lucas / Reporterre

Il s’agit du deuxième frère qu’Amine Kessaci, 22 ans, a perdu. En 2020, le corps de son aîné, Brahim, a été retrouvé carbonisé dans une voiture incendiée. Amine Kessaci a alors fondé l’association Conscience, pour soutenir les familles et dénoncer les racines de ce mal. Puis il a rejoint les Écologistes et a été candidat aux élections européennes et aux législatives anticipées de 2024, sans être élu.

Sous protection policière depuis cet été, Amine Kessaci craignait aussi pour ses proches. Début octobre, il a fait paraître Marseille essuie tes larmes (ed. Le Bruit du monde), un livre sur son combat.

Amine Kessaci, écologiste engagé contre le narcotrafic, a dénoncé quelques jours plus tôt «  un crime politique  » visant à silencier ceux qui se lèvent contre les trafiquants. © Léonor Lumineau / Hans Lucas / Reporterre

Pour des raisons de sécurité, la marche blanche prévue est finalement restée statique sous garde de policiers armés. Et la présence d’Amine Kessaci n’était pas garantie. Son arrivée aux côté de sa maman, Ouassila, a déclenché des applaudissement nourris.

Il furent entourés du maire de Marseille Benoît Payan (DVG, ex PS), de la présidente de la métropole et du département Martine Vassal (DVD, ex LR), du président de la région Renaud Muselier (Renaissance, ex LR), de la présidente de l’assemblée nationale Yaël Braun-Pivet (Renaissance) et de l’ancien garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti.

En face, siègeait un imposant parterre d’élus en écharpe, de tous bords et de tous territoires : quasiment l’ensemble des élus de la majorité municipale ; les députés Manuel Bompard, Sébastien Delogu (LFI), Laurent Lhardit (PS) ; les sénateurs Guy Benarroche (Écologistes), Marie-Arlette Carlotti (PS), Valérie Boyer (LR) ; ainsi que les chefs de partis des composantes du Nouveau front populaire et de LR.

De très nombreux élus locaux et nationaux étaient présents. © Léonor Lumineau / Hans Lucas / Reporterre

Dans l’assemblée, plusieurs citoyens grinçaient de voir tous ces élus, dont ils tiennent certains comme responsables de la catastrophe. « On n’a pas besoin de ces gens, c’est dégueulasse les rapaces comme ça. Il faudrait mettre le paquet sur la police de proximité et la prévention auprès des jeunes plutôt que de se battre pour 2027 ! », dit Nadia, 60 ans, qui réside à proximité.

« Mon frère est mort pour rien et on nous traite comme des moins que rien »

« Mon frère est mort pour rien et on nous traite comme des moins que rien, a assèné Amine Kessaci dans son discours. Chacun des reculs des services publics a favorisé le narcotrafic. La fin de la police de proximité, les moyens trop faibles des enquêteurs, les enseignants auxquels on demande tant en leur donnant si peu. Voilà, ce qui fait les affaires des trafiquants », a-t-il poursuivi.

Ahmed Kessaci, père de Mehdi et Amine Kessaci, devant les fleurs mises sur le lieu de l’assassinat de son fils. © Léonor Lumineau / Hans Lucas / Reporterre

« C’est exactement ça ! » a réagi la conseillère municipale écologiste Lydia Frentzel. Elle ajoute deux exemples : « Aux Flamants, [une cité du 14e arrondissement], les agents de la maison départementale des solidarités ont déclenché leur droit de retrait à cause d’un point de deal à leur porte. » Résultat : « Ce sont des assistantes sociales qui ne sont plus dans ce quartier. »

Et les missions locales qui « agissent en priorité auprès des 16-25 ans », risquent de voir leurs financements réduits dans la loi de finances 2026, « alors que nos jeunes ne vont pas bien du tout », regrette Lydia Frentzel.

«  Chacun des reculs des services publics a favorisé le narcotrafic  », a dénoncé Amine Kessaci. © Léonor Lumineau / Hans Lucas / Reporterre

Dans son discours à l’assistance, Ouassila Benhamdi Kessaci, la mère de Mehdi et Amine s’est adressée aux meurtriers : « Est-ce que vos mères sont fières de vous comme je suis fière de mes enfants ? Pensez à votre avenir ! Comment allez-vous vous construire ? »

« Trop d’innocents sont déjà tombés »

Puis l’émotion devint trop forte pour qu’elle puisse terminer son allocution. Alors, c’est l’ex-secrétaire d’État à la politique de la Ville et amie d’Emmanuel Macron, Sabrina Agresti-Roubache, qui en a poursuivi la lecture au micro, avec un message qui écornait sa propre responsabilité passée : « Je demande au gouvernement de prendre enfin la mesure. Trop d’innocents sont déjà tombés. »

Sabrina Agresti-Roubache, ancienne secrétaire d’Etat chargée de la Ville et de la Citoyenneté, a quitté le rassemblement sous les huées de plusieurs personnes. © Léonor Lumineau / Hans Lucas / Reporterre

À l’issue de la cérémonie, alors qu’elle tentait de développer un bilan de son action à des télévisions, l’ex-membre du gouvernement a été interrompue par des citoyens. « Arrêtez de parler pour ne rien dire. Elle est où la place nette, madame, la place elle est ensanglantée. Il y a un gamin qui est mort, respectez ça ! » lui lance un quadragénaire.

« Je porte une parole forte et je suis une enfant de Marseille comme vous », a rétorqué Sabrina Agresti-Roubache avant de partir sous les « Dégage ! » et « Honte à vous ! » d’une grosse dizaine de personnes.

«  Quand on a emprunté une impasse avec le tout répressif, il faut savoir faire demi-tour  », a déclaré Marine Tondelier. © Léonor Lumineau / Hans Lucas / Reporterre

Les responsables politiques de droite ont filé, tandis que les représentants de la gauche se sont attardés à échanger avec les journalistes. Pour le député François Ruffin (Debout !), la solution « marche sur deux jambes : donner plus de moyens à la répression, à la justice, pour aller chercher les gros bonnets jusqu’à Dubaï et plus de moyens pour la prévention. Les associations doivent être soutenues », dit-il.

Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Écologistes, propose elle de légaliser le cannabis. « La France est l’un des pays européens qui est parmi les plus répressifs et où il y a le plus de consommateurs. Ce sont toujours ceux qui sont en bas de la chaîne qui sont arrêtés et remplacés dans l’heure par les réseaux. Quand on a emprunté une impasse avec le tout répressif, il faut savoir faire demi-tour, analyse-t-elle. La prohibition pour faire de la prévention, c’est compliqué. »

© Léonor Lumineau / Hans Lucas / Reporterre

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